Critique de film

Town creek

"Blood creek"
affiche du film

Deux frères vont être pris dans l'étau d'une expérimentation occulte. L'un d'eux rejoindra son frère décidé à exterminer une communauté protégeant un vampire nazi qui l'avait retenu prisonnier afin d'épancher sa soif sanglante.

Les critiques à propos de ce film

Critique de Blood creek - Nazi vampire ... fuck off !
Par : Fred Pizzoferrato

Petite production horrifique surgie de nulle part, Blood creek porte pourtant la signature de Joel Schumacher. Cinéaste établi ayant débuté par deux films devenus cultes (St Elmo’s fire et Génération perdue) puis par l’efficace Expérience interdite, Schumacher alterna ensuite quelques thrillers rondement menés (8mm, Chute libre, Phone game) et des nanars divertissants (Batman forever et Batman & Robin qui lui mirent à dos 99,99% des fans du chevalier noir de Gotham). Après les médiocres Fantôme de l’opéra et Le nombre 23, le cinéaste, à présent âgé de 70 ans, se retrouve aux commandes de Blood creek, une petite série B sans grands moyens, relativement ambitieuse mais en partie ratée. Le tout reste cependant suffisamment distrayant pour valoir le coup d’œil, d’autant que la thématique choisie est intéressante.

L’intrigue de Blood creek tourne en effet autour de divers éléments plutôt originaux ou, à tout le moins, peu exploités dans le cinéma d’horreur actuel même si pas mal d’écrivains s’y sont intéressés, en particulier Brian Lumley et Graham Masterton. La base du scénario remonte aux activités occultes exercées par les Nazis durant la Seconde Guerre Mondiale. Blood creek débute dans les années ’30, aux Etats-Unis, alors que quelques Nazis tentent de découvrir d’antiques artefacts investis de grands pouvoirs surnaturels. En Virginie, un officier allemand met finalement la main sur une de ces sources de pouvoirs, laquelle le domine immédiatement et le change en une créature de cauchemar. Le film effectue alors un bond jusqu’à l’époque présente et introduit deux nouveaux personnages : Victor et Evan, deux frères séparés depuis deux ans. Victor, en effet, a disparu sans laisser de traces mais il explique à Evan qu’il a été durant tout ce temps retenu en captivité par des fermiers sadiques. Montant rapidement une expédition punitive, les frangins se retrouvent confrontés au mal, personnifié par l’officier Nazi possédé, devenu une sorte de vampire doté de terrifiants pouvoirs. L’évasion de Victor a libéré ce monstre de ses anciennes entraves et il s’apprête à conquérir le monde…

Blood creek brasse une série d’éléments propres à appâter l’amateur de fantastique lassé des sempiternels slashers et autres tortures porns récents : soldats nazis adeptes de l’occultisme, runes vikings destinées à contenir les forces du Mal, chevaux morts vivants surgis de l’enfer, variation sur le vampirisme, sacrifices humains, quête de l’immortalité, armure composée d’os, malédiction ancestrale, justice personnelle,…Le film rassemble cette foule d’ingrédients sans vraiment parvenir à en tirer un ensemble cohérent, tant le scénario s’évertue à toujours en rajouter, probablement dans le but de maintenir l’intérêt du spectateur. Hélas, cette bonne intention finit par provoquer l’effet inverse, Blood creek se montrant particulièrement confus et brouillon dans son déroulement, en particulier lors des trente premières minutes. Le principal protagoniste, le « Nazi mort vivant vampire », semble ainsi traité avec un manque de soin évident. Jamais ses pouvoirs ne seront véritablement clairs, non plus que ses faiblesses, l’introduction de celles-ci apparaissant d’ailleurs assez situationnelles, permettant au récit d’avancer lorsque les héros se retrouvent dans une impasse. Runes capables de l’emprisonner, armure d’os, crainte du sang de sa propre lignée,…le scénariste tente de créer une nouvelle mythologie mais y échoue en partie, en dépit d’un visuel attractif transformant le monstre en une créature iconique et effrayante particulièrement réussie. On espère donc que l’une ou l’autre séquelle, envisagée par une fin très ouverte, vienne enrichir le panthéon fantastique d’un nouveau monstre riche en promesses.

Au niveau des interprètes, Blood creek ne démérite pas en offrant les rôles principaux à Henry Cavill (la série télévisée « The Tudors », Stardust) et Dominic Purcell (« Prison Break », Equilibrium, Blade trinity), escortés de la jeune Emma Booth et du très bon Michael Fassbender (Inglorious basterds, Eden lake, 300), lequel incarne le vilain Nazi zombie de fort belle manière.

Metteur en scène chevronné quoique souvent mal aimé, Joel Schumacher emballe Blood creek avec professionnalisme et même si le prologue en noir et blanc manque de tension et parait faiblard, la seconde moitié du métrage, dévolue à l’action et l’horreur sanglante, adopte un rythme enlevé qui compense les invraisemblances du récit.

En dépit de ses nombreux défauts, Blood creek demeure un divertissement horrifique tout à fait satisfaisant. Les scènes gore sont nombreuses (en dépit d’effets spéciaux numériques parfois piteux), le concept initial est déjanté à souhait et l’absence des insupportables adolescents obsédés, remplacés par des adultes plus crédibles et déterminés, constitue un plus fort appréciable. Malgré de nombreuses idées tordues, Joel Schumacher choisit en outre de traiter son sujet avec un grand sérieux, traitant la souffrance et la violence avec retenue et sans sombrer dans la comédie, dans une optique « à l’ancienne » fort appréciable.

Blood creek ne s’apparente pas à un film d’horreur destiné au grand public ou aux teenagers mais, bien davantage, à une production nostalgique influencée à la fois par le cinéma des années 80 et par toute une gamme d’ouvrages littéraires traitant des expériences occultes nazies. Quoiqu’il soit inabouti et largement perfectible, Blood creek offre 90 minutes d’amusement pour les inconditionnels du genre. Et c’est déjà beaucoup !


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