Critique de film

Invitation only

"Invitation Only"
affiche du film

A leur grande surprise, un groupe de cinq amis, tous issus de condition modeste, sont invités à une soirée dans le quartier chic de Taipe. Ils vont en fait se retrouver piégés dans la maison par des sadiques adeptes de meurtres et de tortures...

Les critiques à propos de ce film

Critique de Invitation only - Hostel... made in Taiwan
Par : Fred Pizzoferrato

Présenté comme le premier slasher produit à Taiwan, Invitation only marche surtout sur les traces des « torture porn » du milieu des années 2000 en offrant une relecture de Hostel pas vraiment convaincante. Toutefois, la nudité gratuite et, surtout, les nombreux passages sanglants, permettent au métrage de sortir (un tout petit peu) du lot. L’intrigue ne cherche guère à innover et se montre fort prévisible, abandonnant rapidement des prémices orientés vers le thriller ou le slasher pour verser dans l’horreur graphique avec une certaine délectation.

Wade, un modeste chauffeur décrit comme un loser surprend un joue son patron Yang dans une position compromettante avec une belle top modèle. Le patron achète son silence en lui offrant une invitation pour une prestigieuse soirée réservée aux élites de la société. Wade s’y rend donc en assumant l’identité du cousin de Yang et en se sentant fort peu à sa place parmi ces riches personnages. Au cours de la soirée, toutefois, la situation s’améliore, d’autant que chacun voit ses désirs réalisés par un hôte philanthrope. Le chanceux jeune homme gagne donc beaucoup d’argent au jeu, goute des plats raffinés, reçoit une Ferrari en cadeau et passe la nuit avec une belle demoiselle. Malheureusement tout à un prix et Wade ne tardera pas à découvrir qu’il a été invité, ainsi que quatre autres personnes, dans le seul but d’assouvir les plus bas instincts de riches oisifs aimant torturer et tuer leurs victimes dans des sortes de jeux du cirque moderne. Mais, parfois, le gibier se révolte…

Le cinéaste débutant Kevin Ko, manifestement sous l’influence écrasante de ses collègues américains, tente de tirer le meilleur parti de ce scénario simpliste croisant Hostel avec des séquences de meurtres inspirées de Saw et une trame générale proche de l’incontournable Chasses du comte Zaroff. Mais, en dépit d’une certaine bonne volonté de Kevin Ko pour en donner au public pour son argent, il apparaît difficile de se passionner pour ce très longuet jeu du chat et de la souris dans des décors déserts. Les « production values » paraissent en effet très pauvres et le budget, des plus limité, permet simplement de longues déambulations dans des pièces quasiment vides. L’ensemble donne donc dangereusement dans le « film de couloir » et, entre deux passages explicites, l’ennui pointe son nez.

Afin de maintenir l’intérêt, Invitation only joue donc logiquement la carte de l’érotisme soft et du gore hard. Pour l’option sexy, Kevin Ko détaille de belles asiatiques en robes courtes et légères, menacées par un maniaque. Une recette éprouvée mais toujours efficace. Parfois, le cinéaste se permet même une scène plus chaude et dévoile la plastique irréprochable de Maria Ozawa, la plus célèbre actrice porno japonaise qui, après d’innombrables « vidéos pour adultes », s’offre sa première incursion dans le cinéma « traditionnelle ». Une prestation purement décorative mais nul ne lui en demandait davantage.

Kevin Ko se plie aussi au jeu du gore et ne lésine pas sur les éclaboussures écarlates, les gorges tranchées et les membres vigoureusement sectionnés. Point d’orgue du métrage : deux séquences de torture gratinées mais paradoxalement trop outrancières pour se montrer réellement choquantes. Dans les deux cas, la victime, ligotée, subit les assauts d’un tortionnaire sadique. Un homme est ainsi électrocuté tandis qu’une demoiselle trop attachée à son physique attrayant voit son visage lacéré puis saupoudré de gros sel. Des séquences qui rappellent les excès décomplexés des premiers films gore américains et renvoient carrément aux mutilations dans la bonne humeur orchestrées par Hershell Gordon Lewis au début des années ’60.

Invitation only tente également de donner un minimum de consistance à ses personnages et leur offre un semblant de caractérisation, les rendant un poil plus intéressants que les teenagers défoncés et obsédés des productions similaires venues d’Occident. Des efforts réels mais insuffisants pour susciter l’empathie du spectateur tant l’essentiel reste la longue suite de passages sanglants proposés par le cinéaste. Néanmoins, le final joue davantage la carte du thriller, de l’action et du suspense et propose même une poursuite en voiture où, une fois de plus, transparaissent les limites budgétaires du produit. L’inévitable petit clin d’œil sarcastique du final fonctionne relativement bien mais ne surprendra, encore une fois, personne. Ni particulièrement désagréable ni vraiment passionnant, Invitation only doit se voir essentiellement pour ce qu’il est, à savoir une curiosité taïwanaise soucieuse de toucher un plus large public en optant pour des recettes éprouvées en Occident. Dénué de la moindre couleur locale, cette petite bande standard ne peut s’appuyer que sur une mise en scène nerveuse, l’atout charme largement exploité Maria Ozawa et un paquet de scènes gore pour maintenir l’intérêt.

Sans être désagréable, le film de Kevin Ko s’adresse donc essentiellement aux inconditionnels du slasher et du gore qui y trouveront matière à un divertissement standard mais regardable. Les autres risquent quand même de trouver le temps long en dépit des efforts du cinéaste pour offrir un spectacle agréable et saignant.


Critique de Invitation Only - Oeuvre d’exposition
Par : Quentin Meignant

Projeté en séance de minuit lors du BIFFF 2010, le taïwanais Invitation Only, de Kevin Ko, avait sans aucun doute tout pour déchaîner les passions des amateurs de gore, affligé qu’il était d’un pitch se rapprochant de ceux de Saw ou de Hostel. Cinq jeunes gens de condition très modeste, mais désirant gravir petit à petit les échelons d’une société assez cloisonnée, sont invités contre toute attente à une soirée très privée réunissant tout le gratin de Taiwan. Exaltés par le fantasme de la richesse, ils sont loin d’imaginer qu’ils vont être au centre de l’attraction spéciale de la soirée : des séances de tortures destinées à régaler le voyeurisme de nos riches convives que leur fortune place au dessus de tout.

Tout est dit dans le pitch ou presque, Kevin Ko, jeune réal de 30 ans voué à un bel avenir, mettant en scène dès les premiers instants un ensemble lorgnant très clairement vers ses « grands frères » américains. Clairement destiné à une exploitation internationale afin de mettre en avant les qualités du cinéma taïwanais aux yeux des occidentaux, Invitation Only met d’emblée en lumière les qualités plastiques de splendides comédiennes au jeu plutôt convaincant. Maria Ozawa, actrice très cotée dans le domaine du porno japonais, en tête, le casting tente donc par tous les moyens de se mettre en vitrine avant que le massacre à proprement parler ne débute.

De massacre, il est d’ailleurs question assez rapidement, Kevin Ko ne laissant guère le temps au soufflé de retomber, le réal procédant rapidement à la mise en place de son torture porn selon les "règles de l’art". Fort influencé par le classicisme régnant ces dernières années dans ce type d’œuvre, le cinéaste fait donc ce que l’on attend de lui sans autre forme de procès et sans spécialement chercher à faire dans l’originalité. Restant enfermé dans un carcan souvent qualifié de nauséabond par les puristes, Invitation Only est donc avant tout l’occasion d’un déballage de barbaque, toutefois assez bien dosé pour ne pas se montrer trop choquant. Dès lors, si quelques scènes parviennent à sortir du lot et à démontrer une certaine inventivité, l’ensemble ne fait guère de vague.

Hormis la démonstration des clivages sociaux de l’entame, Invitation Only demeure donc une bande tout ce qu’il y a de plus conventionnelle, qui s’adresse avant tout à un public amateur de gore un brin gratuit. Le sympathique Kevin Ko mène donc, tout au long de l’œuvre, sa barque sur une rivière embouteillée qui devrait toutefois le mener rapidement à la réalisation de bandes horrifiques occidentales de commande. C’est déjà mieux que rien…


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