Critique de film

Reykjavik Whale Watching Massacre

"Reykjavik Whale Watching Massacre"
affiche du film

Le film raconte un naufrage pas comme les autres où les héros perdent totalement le contrôle de leur vie. Mais, si l’on vous en parle, c’est avant tout pour des visuels particulièrement alléchants, dévoilés par la production.

Les critiques à propos de ce film

Critique de Reykjavik whale watching massacre - Shhh, shhh
Par : Damien Taymans

Greenpeace commence à gonfler sévère. Non contents de nous asséner leurs formulaires alambiqués dans tous les lieux publics et de contraindre les pauvres badauds à adhérer à leur tentative de sauvetage des baleines (et les cosmétiques, on les puise où, ma bonne dame ?), les encapuchonnés en parka militent fermement du côté de l’Islande et maintiennent une pression constante sur le gouvernement afin que cessent les jeux de harpon sur les orques. "Cétacé !" haranguent les cuistres, déjà auteurs d’un moratoire sur les déchets radioactifs déversés en pleine mer et d’actions pacifistes d’envergure menées contre la déforestation. Du coup, les seuls autorisés à mitrailler les rorquals sont les touristes parqués dans des embarcations de fortune qui, à coups de flashs via leurs numériques foireux, les aveuglent pour ensuite les taper sur Facebook. Mais il reste quand même d’irréductibles défenseurs de la vie intime des baleines qui luttent toute voile claquante contre ce tourisme honteux...

Le terme "massacre" ne laisse aucune doute. Cette première pellicule de Julius Kemp renvoie au survival réalisé par Tobe Hooper en 1974. Filiation renforcée par la présence dans le casting de Gunnar Hansen, mister Leatherface en personne, qui signe ici son énième apparition dans le cinéma bis horrifique, registre dans lequel il se voit cloîtré depuis Massacre à la tronçonneuse. La comparaison s’arrête net dès que les premières images du métrage défilent sur l’écran immaculé du BIFFF : le nihilisme de la péloche hooperienne cède sa place à un second degré permanent, la photo granuleuse et crasseuse signée Daniel Pearl ne trouve aucun écho dans l’image lisse et propre de Mustonen (Dark floors).

Point de malaise ni d’ambiance sordide dans cette parodie horrifique qui cultive, au sein d’une intrigue d’une consternante simplicité, la farce en détournant continuellement les codes inhérents au genre. Les figures conventionnelles (le black de service, la bimbo, le geek, ...) sont réunies à bord d’un rafiot et deviennent les proies de vilains aux traits burinés et aux mains moites, adeptes de la chasse à gros, avec une légère préférence pour le gibier bipède. L’intérêt de l’oeuvre réside principalement dans sa corruption du canevas traditionnel : les héros se révèlent progressivement être tous de beaux enfoirés (les trahisons et retournements de veste sont légion), les sex appeals se liquéfient au fil de l’intrigue et les rebondissements en apparence prévisibles dévient au dernier moment pour mieux surprendre l’assistance.

Malheureusement, la linéarité du script vole en éclats lors du dernier acte durant lequel Kemp suit de front plusieurs pistes, anéantissant du coup la cohérence de ce manifeste de l’anti-convention, encore miné par quelques passages superflus (l’attaque de l’orque en est un exemple édifiant) qui ruinent en outre un rythme jusque-là plutôt élevé. Reykjavik whale watching massacre (titre parfois agrémenté du terme Harpoon, plus vendeur) constitue quoiqu’il en soit l’une des plus agréables surprises de cette 28ème cuvée du BIFFF grâce à son humour acerbe et sa rafraichissante originalité. Rien d’autre à rajouter ! Ou comme dirait Bjork : "It’s oh so quiet, Shhhhh, Shhhhh"


Critique de Reykjavik Whale Watching Massacre - Mon Grand Bleu sanglant
Par : Quentin Meignant

Présenté dans le monde entier comme l’une des grandes tueries filmiques de la saison 2009-2010, Reykjavik Whale Watching Massacre doit avant tout son aura à une bande-annonce publiée en 2008 qui fit le tour de la planète à la vitesse de l’éclair. Il faut dire que, suite aux exceptionnels efforts scandinaves en matière de cinéma de genre, l’Islande demeurait l’une des seules contrées de cette région géographique à rester presque totalement muette. C’est donc précédé d’une excellente réputation et, surtout, en suscitant d’énormes attentes, que le métrage de Julius Kemp débarqua en première internationale lors du BIFFF 2010. Reykjavik Whale Watching Massacre suit les membres d’un bateau d’observation, tombé en panne en pleine mer, qui sont secourus par les marins d’un baleinier. Une fois à bord du bateau des chasseurs de baleine, les « naufragés » vont rapidement se rendre compte que les choses vont tourner encore plus mal.

Présenté lors de la traditionnellement heurtante séance de minuit du 28ème BIFFF, Reykjavik Whale Watching Massacre prend d’emblée le temps de présenter un contexte assez particulier dans le domaine du slasher pur et dur. Ainsi, s’il ne fait pas un pli que le métrage évoluera de fort belle manière vers l’horreur la plus pure, Julius Kemp prend le temps de poser les jalons de son intrigue et, surtout, de faire découvrir aux spectateurs quelques éléments culturels plutôt intéressants. Ressemblant à s’y méprendre dans son entame à une longue publicité de tour opérateur vantant les mérites de l’Islande, Reykjavik Whale Watching Massacre s’offre l’apparition plus que savoureuse du légendaire Gunnar Hansen.

Incarnant un court instant ce qui s’avère être le personnage le plus ridicule de la bande, l’artiste, rôdé à ce genre d’apparitions furtives, parvient à instiller un haut de gré de sympathie à l’ensemble, qualité que les autres comédiens ne tarderont pas à reprendre à leur compte. Entre un français vraiment détestable et quelques midinettes au physique plutôt attrayant, Julius Kemp parvient à mettre en place un tableau fidèle à ce que le genre slasher avait pu offrir jusque là. Sans tomber dans les pièges d’une reprise pure et simple des codes du genre, le cinéaste rend plutôt un hommage à celui-ci, en donnant notamment lieu à quelques massacres spectaculaires en bonne et due forme. Recelant par ailleurs quelques vannes plutôt savoureuses, Reykjavik Whale Watching Massacre constitue donc un ensemble de choix qui, de bout en bout, fait preuve d’une simplicité et d’une modestie de bon aloi.

C’est d’ailleurs sans doute dans ces deux derniers points que le métrage de Julius Kemp marque le plus de points vu l’ensemble sympathique et sans prise de tête qu’il constitue. Usant des ficelles du genre slasher sans pour autant prendre le spectateur pour un idiot avide de produits préfabriqués, Reykjavik Whale Watching Massacre est sans aucun doute l’une des révélations cinématographiques de l’année.


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