Critique de film

Vampyres - Sable noir, saison 2

"Vampyres"
affiche du film

Comme précédemment il s'agit d'une série de 5 court-métrages adaptés de 5 nouvelles originales. Le point commun de chacune de ses histoires et de se dérouler à Sable Noir, village sur lequel s'est abattu une malédiction.

Les critiques à propos de ce film

Critique de Vampyres - Les suceurs de sang débarquent à Sable noir
Par : Gilles Penso

Grand amateur de fantastique et d’épouvante, le producteur Laurent Tolleron avait lancé plusieurs collections de courts-métrages rattachés au genre pour la chaîne 13ème Rue : Chambre 13, Les Redoutables et Les Mythes Urbains. Dans la foulée - cette fois-ci pour Canal Jimmy et Cinécinéma - il lança en 2005 Sable Noir, une nouvelle série horrifique laissant la bride sur le cou à six réalisateurs en pleine ébullition (Xavier Gens, Eric Valette, Samuel le Bihan, Olivier Mégaton, Doug Headline et Harry Cleven). Pourquoi s’arrêter en si bon chemin  ? Voici donc Sable Noir saison 2, rebaptisé Vampyres dans la mesure où cette fois-ci ce sont les buveurs d’hémoglobine qui ont la vedette. Le concept initial n’a pas changé. Nous sommes donc dans le petit village imaginaire de Sable Noir, un havre de paix et de tranquillité qui se mue en lieu de cauchemar une fois par an, lorsque les forces du mal s’emparent des âmes égarées.

Les festivités démarrent avec "Eden", un exercice de style au cadre idyllique et champêtre qui, comme son titre l’indique, semble nous ramener à l’aube de l’humanité, dans une forêt paradisiaque où flânent avec insouciance de beaux éphèbes et de séduisantes sauvageonnes. Il s’agit en réalité d’employés d’une compagnie touristique offrant aux visiteurs la possibilité de découvrir un pseudo-jardin d’Eden. Mais le spectacle comprend d’autres attractions beaucoup moins paisibles… Avec un rythme languissant, une bande son aux accents tribaux et des images oniriques, Bruno Merle (qui avait réalisé Héros avec Michael Youn et Patrick Chesnais) nous perd un peu dans les brumes de sa photogénie contemplative, pour mieux nous surprendre au cours d’un dernier acte nocturne se nourrissant furtivement du charisme du génial Feodor Atkine. "In Memoriam", mis en scène par Victor Jaquier et Hugo Veludo, emprunte le thème de la maison hantée en développant une atmosphère proche des derniers fleurons du cinéma d’épouvante espagnol. Une jeune fille revient dans la maison où sa mère se donna la mort, pour une ultime confrontation avec ses propres démons. Oppressant et émouvant à la fois, "In Memoriam" bénéficie d’une magnifique photographie et du jeu tout en finesse de Fanny Valette.

Puis nous basculons dans "La vie éternelle" d’Alexis et Jonathan Ferrebeuf (réalisateurs du court-métrage Mort à l’écran avec MC Solaar et Lambert Wilson), où Thierry Frémont se démène pour retrouver son fils, gravement malade et kidnappé par une secte de vampires en plein déclin. La conviction du comédien joue en faveur de cette intrigue tourmentée, qui n’est pas sans évoquer, en quelques furtifs moments, l’indémodable Wicker Man de Robin Hardy. Avec "Légende de sang" de Julien Séri, une nette rupture de style s’affirme. Le cadre n’a pas changé, mais le récit s’inscrit dans une modernité brute chère au réalisateur du Scorpion, qui réutilise d’ailleurs son comédien Philippe Bas dans le rôle de la victime d’un vampire devenu buveur de sang à son tour, bien malgré lui, et affrontant les bigoteries superstitieuses des habitants du village. "Les âmes meurtries" du cinéaste danois Benjamin Holsteen (repéré grâce à son court-métrage Little Lise), démarre quant à lui en plein onzième siècle, avant de nous ramener à notre époque et de réserver une apparition savoureuse à Anémone et Jackie Berroyer en villageois étranges.

Cerise sur le gâteau, Vampyres s’achève sur le long-métrage Sodium Babies de Julien et Benoît Decaillon. Bourré d’énergie, d’idées visuelles et de trouvailles narratives, empruntant ses effets de style autant au cinéma qu’à la bande dessinée ou au jeu vidéo, ce film atypique témoigne du savoir-faire indéniable de ses auteurs, malgré des moyens visiblement très limités. On y suit les tourments d’un jeune homme enrôlé de force par une goule tortionnaire au service d’un prince vampire pour effectuer les basses besognes et accéder à la vie éternelle. A mi-chemin entre le film de mafia, la comédie déjantée et le film d’horreur, Sodium Babies commence en 1973 et s’achève de nos jours, sollicitant une impressionnante quantité d’effets visuels pour donner corps à son récit parfois confus - certes - et souvent perfectible - assurément - mais très prometteur pour la carrière future des frères Decaillon. Précisons qu’après avoir reçu le Prix Chrysalis au Wild Rivers Film Festival (Eureka, North California, USA), Sodium Babies s’est vu décerner la mention spéciale du jury lors du 23ème Leeds International Film Festival (Leeds, Royaume Unis).

Inégal, à l’instar de la plupart des films à sketches, Vampyres aurait probablement mérité un gros travail de réécriture pour affiner des scénarios jamais tout à fait aboutis. Mais une telle initiative en nos contrées est trop belle pour ne pas être marquée d’une pierre blanche. Et pour ceux qui voudraient prolonger le plaisir, Vampyres se décline sous forme d’une magnifique bande dessinée en deux tomes et d’un recueil de nouvelles - celles-là même qui inspirèrent les scripts des six films.

Pour découvrir les critiques d’Herbert West, cliquez ici


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