Le Cinéma Fantastique au bout des doigts. Cinéma Fantastique vous propose une critique jeune des films les plus vieux au plus récents traitant du fantastique dans sa globalité. Horreur, gore, fantômes ...
Un jeune garçon passionné d'astronomie aperçoit une nuit une soucoupe volante atterrir dans un banc de sable à proximité de sa maison. Il prévient son père, un scientifique qui travaille sur une mission secrète pour une fusée à propulsion atomique. Tenu de signaler tout fait suspect, le père part inspecter les lieux. Au petit matin, sa femme s'inquiète de son absence, mais il revient bientôt, avec un regard vague et un caractère irascible ...
« Quelle vie existe sur les autres planètes ? Y a-t-il des humains comme nous ? Des êtres inférieurs ? Ou dangereusement supérieurs ? » Autant de questions qui fusent lors de l’introduction de Les envahisseurs de la planète rouge, classique de la science-fiction des années 50 qui se plaisait à entretenir la crainte de l’envahisseur soviétique ((remarquons au passage comme la traduction française insiste sur le qualificatif « rouge » quand les Américains ne mentionnent que « Mars ») en décrivant une autre forme d’attaque tout aussi sournoise, celle de petits bonshommes verts issus de la terrifiante immensité galactique.
Le film de William Cameron Menzies, éminent directeur artistique qui a travaillé sur les décors d’Autant en emporte le vent et Le voleur de Bagdad et a notamment réalisé l’adaptation de Wells Les mondes futurs, est l’un des premiers à préférer aux spectaculaires affrontements pyrotechniques (La Guerre des mondes de Haskin, une nouvelle transposition d’un écrit de Wells, sort la même année) une infiltration plus insidieuse.
Devançant de quelques années L’invasion des profanateurs de sépultures et La marque, la pellicule de Menzies entretient un climat de paranoïa, rendu d’autant plus efficace par le recours au point de vue de l’enfant. En marge de cette peur est suggérée, assez finement, l’aliénation de l’enfant face aux adultes, qui abandonnent leur rôle protecteur sitôt que leurs volontés sont anéanties au profit de la cause extraterrestre (en ce sens, l’écrasement symbolique du héros au sein du commissariat aux hauts plafonds et aux portes démesurées est parfaitement révélateur). Le cinéaste enfonce le clou en compilant une suite de gros plans inquiétants sur le faciès impavide des adultes qui entendent soumettre à son tour le jeune David, cet ennemi qui compromet les plans en « racontant des sornettes ». L’enfance, par essence innocente, devient également une source de soucis puisqu’elle se crée bien souvent un univers propre, dicté par l’imagination, auquel les adultes ne peuvent accéder qu’en s’infantilisant. Etonnamment, le scénario rédigé par Richard Blake d’après une histoire de John Tucker Battle (lui-même inspiré par un rêve que sa femme lui a conté) désamorce la parano ambiante et opte plutôt pour une voie de garage d’une consternante banalité : l’histoire du marmot, remise en doute dès ses premières explications, convainc une infirmière qui, d’un coup de baguette magique, alerte un astronome réputé, qui contacte à son tour l’état-major et lui demande d’intervenir rapidement.
S’engage alors la reconquête militaire avec une multitude de soldats armés jusqu’aux dents, une pléiade de tanks et une tonne d’explosifs, que Menziès dépeint en recyclant à l’envi les mêmes images,
à l’instar des séquences des mystérieuses disparitions qui recourent continuellement aux mêmes images d’une étendue de sable en train de se creuser puis de se reformer. Ces astuces permettent à Menziès de boucler un budget revu à la baisse depuis l’abandon de la 3D qui avait été initialement prévue pour donner davantage de lustre à cette nouvelle grosse machine science-fictionnelle.
Le métrage voit son script filiforme heureusement contrebalancé par la maestria visuelle de Menziès qui offre quelques admirables séquences soutenues par une mise en scène des plus ingénieuse (l’objectif de la 3D y était certainement pour quelque chose). Le film a peu à peu gravi les échelons d’un vedettariat mérité et a même subi les outrages du remake dans les années 80 de l’oeuvre de Tobe Hooper.
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