Critique de film

Dread

"Dread"
affiche du film

Stephen Grace se lie d’amitié avec Quaid, un garçon perturbé par une tragédie épouvantable vécue étant petit. Quaid convainc alors Stephen de réaliser un documentaire sur les pires peurs des gens, mais il dépasse les bornes dans sa quête de comprendre et d’expérimenter la pleine mesure de ces peurs...

Les critiques à propos de ce film

Critique de Dread - La peur selon Clive Barker
Par : Fred Pizzoferrato

Production horrifique originale jouant sur les peurs les plus personnelles de ses protagonistes, Dread s’inscrit parmi les adaptations les plus réussies de l’œuvre de Clive Barker et parvient à retranscrire certaines des obsessions morbides de l’écrivain. Même si il s’agit d’un récit atypique (le surnaturel en est absent !), Dread témoigne en effet de l’intérêt de Barker pour la peur, les phobies, la torture et la souffrance, tant physique que psychologique.

Deux étudiants, Stephen Grace et Quaid, s’interrogent sur les traumatismes et les peurs empoisonnant leur existence. Stephen ne conduit pas de véhicule après avoir perdu son frère dans un accident de la circulation etaid souffre depuis ses 6 ans de cauchemars résultant de la mort de ses parents. Quaid entame donc des recherches sur la peur, aidé par Stephen et sa copine, Cheryl. Stephen commence une série d’entretiens, entre autre avec sa jeune collègue Abby complexée par son apparence et une marque de naissance disgracieuse couvrant la moitié de son corps. Peu à peu la situation se dégrade et finit par échapper à tout contrôle tandis que Quaid s’absorbe de plus en plus dans son travail malsain et se met à manipuler les pauvres sujets lui ayant confiés leurs craintes les plus intimes.…

Devenu un des écrivains phares de la littérature de terreur, Clive Barker a eu droit à de nombreuses adaptations de ses œuvres mais les résultats furent souvent mitigés. Pour quelques réussites (Hellraiser, Cabal, Candyman, Le maître des illusions) on trouve davantage d’échecs (la plupart des séquelles de Hellraiser et Candyman, Rawhead Rex, Transmutations, Livre de sang et, dans une moindre mesure, Midnight meat train). Après une première vague d’adaptations datant du milieu des années 80 et du début des nineties, l’engouement pour Barker semblait être retombé, du moins au cinéma, les producteurs se contentant de proposer des séquelles d’intérêt variables mais souvent fort éloignées de la vision initiale de l’auteur. A la fin des années 2000, Barker retrouva heureusement grâce aux yeux des producteurs avec les sorties successives de Livre de sang, Midnight meat train et ce Dread, lequel s’avère, et de loin, la plus belle réussite du lot.

Basé sur une nouvelle originellement publiée dans le second volume des « Livres de sang », Dread reprend l’argument initial de Barker pour y adjoindre de nouveaux personnages et d’intéressants développements, aboutissant à un long-métrage implacable et radical. Le film se centre essentiellement sur les différents protagonistes et en particuliers Quaid, un étudiant en cinéma perturbé désireux de se confronter à la peur et aux traumatismes. Bien travaillé et loin des personnages unidimensionnels vu dans bien des productions horrifiques, Quaid ne révèle que progressivement sa dangerosité, passant d’un être torturé à un véritable manipulateur machiavélique capable d’utiliser et de détruire autrui pour servir ses desseins. Dread développe donc posément son intrigue, sans précipitation, et avance lentement ses pions, révélant la véritable nature des différents intervenants de manière progressive et soignée, soulignant leurs terreurs et leur vulnérabilité afin de faciliter l’identification du spectateur. Pour une fois, un film d’horreur se permet même de proposer des étudiants d’une vingtaine d’années intelligents et bosseurs et non pas uniquement préoccupé par le sexe, la bière et leur prochaine soirée. Les interprètes effectuent pour leur part de belles compositions et se dévoilent sans retenue lors de séquences éprouvantes d’interviews, toutes fort joliment mises en scène. Un casting solide qui comprend le talentueux Jackson Rathbone (Twilight) et Hanne Steen, Shaun Evans et Laura Donnelly, lesquels travaillent davantage pour la télévision.

Assez posé durant la première heure, Dread verse, dans son dernier tiers, davantage dans la torture et la souffrance, certes abordés frontalement mais sans pour autant tomber dans les travers du gore outrancier ou les excès du « toture porn ». L’aspect psychologique demeure prépondérant et permet la mise en place de passages qui secouent brutalement le spectateur, Dread développant un climat de malaise étouffant bien plus dérangeant que les excès barbares des récents films gore. La séquence où une végétarienne traumatisée par des attouchements sexuels est maintenue captive avec pour seule nourriture possible un steak pourrissant lentement s’avère particulièrement atroce. Un prélude pourtant timoré en regard du final, absolument répugnant et pourtant complètement suggéré. Un excellent travail sur la peur de la part effectué par le cinéaste Anthony DiBlasi, lequel parvient à déstabiliser, horrifier et écoeurer le spectateur avec des artifices simples et en usant presque uniquement de la suggestion. La mise en scène, pour sa part, se montre inspirée, en usant de tons assez sombres, froids et dépressifs. DiBlasi effectue également un intéressant travail sur les ombres même si celui-ci tourne parfois un peu au procédé et à l’effet de style. Un reproche minime en regard de la qualité générale d’un métrage sinon très maîtrisé et redoutablement efficace à tous les niveaux.

Première réalisation de Anthony DiBlasi, qui en signe également le scénario, Dread constitue donc une jolie surprise et un film d’horreur parvenant à se montrer dérangeant et malsain sans recourir pour autant à des scènes excessivement graphiques. Le final, d’une grande noirceur, laisse le spectateur mal à l’aise et clôt de « belle » manière une œuvre exigeante, dure, originale et cruelle. A découvrir absolument.


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