Au Nord de Paris. Décidé à venger la mort d'un des leurs, un groupe de policiers prend d'assaut une tour HLM, dans laquelle s'est barricadée une bande de gangsters, et se retrouve sans le savoir confronté à une horde de zombies. Flics et malfrats n'auront d'autre solution qu'unir leurs forces pour venir à bout de ces êtres terrifiants...
Fleur bleue, passez votre chemin, le premier film de Yannick « you punkmotherfucker » Dahan et Benjamin Rocher déboule (enfin) sur les écrans, et ça va tâcher sévère.
Suite au meurtre d’un des leurs, une clique de flics pas très à cheval sur le règlement, décide de se venger, et de liquider la bande responsable qui se planque dans une tour HLM abandonnée au nord de Paris. Alors que l’assaut commence, des explosions se font entendre alentour. Émeutes urbaines ? Apocalypse ? On s’en fout car l’immeuble devient (un peu comme dans Rec) le seul théâtre des opérations. Alors que les morts ressuscitent dotés d’une force herculéenne, les flics et les voyous n’ont d’autre choix que s’unir pour survivre.
Huis clos, actionner, horreur, La Horde mélange sans vergogne ses sources d’inspiration, plutôt ricaines (Carpenter, Romero en tête) mais parvient étrangement à sonner français, et pour une fois, c’est une qualité. Si le film commence avec des gros guns, des flics tarés (Aurélien Recoing ou Claude Perron entre autres) et des méchants qui égrènent des « putains » et autres noms d’oiseaux sur leur chapelets d’insultes, l’apparition d’un vieux militaire qui veut revivre Dien Bien Phu et charcler du jaune (les zombies donc) fait basculer la Horde dans une gouaille frenchy que n’aurait pas reniée Audiard. Rythme, dialogues concourent à faire ricaner le spectateur, sans toutefois le faire flipper. Car si bémol il y a, c’est sans doute dans l’absence de peur à l’écran. Mais les zombies sont-ils encore une figure pertinente de la peur ?
En 1968 avec sa Nuit des morts-vivants, Romero engendrait un rythme lancinant, avec des cohortes de morts lents, désarticulés qui se répandaient sur le monde inéluctablement. Une esthétique de la lenteur absolument effrayante, intensifiée par la masse indénombrable, sorte de marée non-humaine, et l’impression que toute fuite était impossible, le monde étant partout contaminé.
Depuis 28 jours plus tard de Danny Boyle, le film d’horreur a muté vers le film d’action. Des zombies qui courent, pourchassent leur proie, cela engendre une grammaire visuelle nouvelle, plus nerveuse qui plonge le spectateur au cœur du cauchemar. Dahan et Rocher embrassent ces codes pour la Horde, qui devient de
facto une chasse à l’homme. Le choix d’un lieu urbain désaffecté, quasi insalubre sied parfaitement au glauque dont notre imaginaire se nourrit. Sorte d’enfer de béton, prison qui se referme comme un piège (danger à l’intérieur, extrême danger à l’extérieur), la tour et le no man’s land qui l’enserre, fait dériver l’univers identifiable de la banlieue vers un purgatoire métaphorique (le motif de la vengeance omniprésent) où même la mort ne constitue plus une échappatoire.
Tête à tête d’une humanité face à sa primitivité bestiale (manger !), la Horde se permet même une séquence choquante, où une zombie est torturée (et sexuellement avilie) par ceux qui incarnent la civilisation. Drôle dans ses saillies verbales, sans temps mort, gore et fier de l’être, La Horde ressemble au film français de genre qu’on n’attendait plus. Comme dirait ma grand-mère énervée une hache à la main face à une armée de tarés assoiffés de sang, on va leur apprendre la Marseillaise à ces enculés ! Que la fête commence !
La rencontre avec les frères Rocher réveille en Yannick Dahan, journaliste de Mad movies, un fantasme enfoui en lui depuis de nombreuses années : l’envie irrépressible de réaliser un film fantastique, si possible différent de ce qui a déjà été fait dans le paysage cinématographique français. Première étape, le court-métrage Rivoallan dont La Horde est un prolongement, sur lequel ils expérimentent le métier et se constituent un premier bataillon avant de s’attaquer à la horde proprement dite. Le projet se dessine lentement mais sûrement. Leurs icones : des zombies, créatures très (trop) peu abordées dans l’Hexagone pourtant friand de ces êtres primaires guidés par leurs seuls instincts. Leurs références : un mélange de Danny Boyle, de Romero et de Carpenter mêlés à une esthétique et une dynamique narrative proche du jeu vidéo. Leurs armes : des scénaristes affutés (Stéphane Moissakis et Arnaud Bordas échafaudent des répliques décapantes pour leurs persos atypiques) et une armada de geeks tout entiers acquis à leur cause.
Ce qui constitue sa principale arme est également son défaut majeur : les échanges verbaux situés à mi-chemin entre les meilleures répliques
d’Audiard et les inaccessibles tirades d’un épisode de Navarro inondent la pellicule au détriment de l’action proprement dite qui se trouve une nouvelle fois minée par le resserrement oppressant des lieux (en l’occurrence un HLM miteux, pourtant envahi au maximum, qui apparaît étrangement sous-exploité). Extrêmement ambitieux à l’origine, le scénar’ subit quelques coupes, le quatuor de scripteurs réadaptant leurs idées en fonction des moyens alloués au projet. Le résultat final s’en ressent : des situations qui se répètent à l’envi (flics et caïras contre zombies au détour de couloirs), des sursauts trop prévisibles et des joutes verbales interminables qui usent et abusent des mécanismes du comique de répétition (cf. la longue discussion autour de l’amputation qui tourne à vide). Tantôt hilarantes tantôt excessives, les saillies verbales forment, avec quelques séquences d’action bien foutues, le corps de ce métrage pas toujours des plus inventif.
Au final reste un moment de grâce. L’attaque de la horde (annoncée dans la bande-annonce) qui s’en prend à une carcasse de bagnole sur laquelle grimpe un Jean-Pierre Martins qui trouve enfin le ton juste en s’égosillant comme un beau diable. Une séquence détonante qui laisse entrevoir ce que La Horde aurait pu être si les moyens avaient été plus conséquents et les réalisateurs un peu moins frileux.
C’est peu dire que La Horde était un film attendu, un film qu’on voulait voir, surtout ici. De par le simple fait de la personnalité de l’un de ses deux réalisateurs, Yannick Dahan, grand défenseur du genre et pourfendeur de la bienpensante cinématographie française. On était curieux de voir de quoi le critique grande gueule était capable en passant derrière la caméra. Epaulé par son comparse Benjamin Rocher, il se montre finalement capable du meilleur…comme du
pire, parfois dans la même scène. Si on ne peut nier le caractère éminemment jouissif du film et son envie d’aborder le genre de façon frontale et décomplexée, il faut malgré tout signaler que La Horde est une œuvre complètement bancale. Dans son écriture, sa mise en scène, son jeu. Dans son ensemble. On passe sans arrêt d’une ambiance digne des meilleurs Carpenter à une scène sortie d’un Bruno Mattei.
Le problème principal de La Horde vient de son écriture. Sur papier les personnages existent, sont badass et bien construits. En revanche, le passage sur grand écran s’avère catastrophique pour ces mêmes personnages, handicapés par un jeu d’acteur aléatoire, passant du très mauvais au très correct. Les personnages n’évoluent jamais au cœur de l’action et les scènes de dialogues ne le font pas plus. Les protagonistes sont les mêmes au début et à la fin du film. Si l’interprétation est très moyenne, il faut souligner que les dialogues n’aident pas le travail des comédiens. La recherche constante de la catchphrase accrocheuse et badass finit par rendre les échanges complètement surréalistes voire ridicules. Certains dialogues ôtant toute tension dans les scène d’horreur quand d’autres s’avèrent bien trop sentencieux pour être vraiment pris au sérieux. Mais, étrangement, malgré leur incongruité, ceux-ci s’imposent comme un des points forts du film et certaines phrases vont inévitablement devenir cultes chez les amateurs de genre. Le genre de phrase qu’on aime à se répéter encore et encore comme par exemple le fameux « Y’en à p’t’être dans le couloir…baltringue » asséné par un Jo Prestia hilarant.
Autres points négatifs : le montage et la mise en scène très approximative qui font se succéder sans cesse le coq et l’âne. Contrairement à un Martyrs ou A l’Intérieur, La Horde ne propose pas de véritable
projet de mise en scène, les deux réalisateurs préférant adapter leur réalisation au feeling de la scène du moment. Celle-ci est parfois efficace et précise (la scène de découverte du corps de Rivoallan) mais illisible l’instant d’après (la plupart des scènes de combats sont montées à la tronçonneuse). Ajoutons à ça des effets spéciaux indignes d’une telle production. Techniquement, le film ne tient pas la route. Les qualités de La Horde sont ailleurs. Dans sa volonté de faire un film de zomblards furieux et décomplexé, dans sa cool attitude assumée de bout et bout et son côté péloche de vidéo club qui possède cette senteur d’antan et qui fait que finalement, malgré une tonne de défauts, on ne s’ennuie pas une seconde en le regardant.
Film généreux et rempli jusqu’à la gueule de bonnes vibes, ce premier film de Dahan et Rocher ne va pas tarder à se constituer un petit réseau de fans dévoués et hardcore. Flirtant constamment entre série B et série Z, La Horde est un film raté et techniquement à la rue, qu’il est pourtant impossible de détester tant ses intentions sont bonnes. Un film qui prend des allures de petit plaisir à voir entre potes et qui ressemble à la personnalité de ses deux réalisateurs. Fous, grandes gueules, hyper généreux et sympas mais qui parfois feraient mieux de tourner sept fois leur langue dans leur bouche avant de parler.
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Enorme , un tel film avec si peu de moyen hapeau bas !