Le Cinéma Fantastique au bout des doigts. Cinéma Fantastique vous propose une critique jeune des films les plus vieux au plus récents traitant du fantastique dans sa globalité. Horreur, gore, fantômes ...
L'instituteur Michel Delasalle, un homme odieux et tyrannique, dirige à Saint Cloud un pensionnat pour garçons, secondé par sa femme Christina et sa maîtresse Nicole. Les deux femmes décident de se débarrasser de Delasalle, le noient dans la baignoire et jettent son corps dans la piscine. Mais le cadavre disparaît. Désormais, d'étranges phénomènes surviennent dans l'établissement et laissent croire que Michel aurait pu survivre.
Christina, une institutrice fragile, vit un calvaire quotidien avec son époux, le directeur de l’établissement qui prend plaisir à la rabaisser constamment en public et à la maltraiter, une fois la nuit tombée. Le bougre a de surcroît une maitresse qui travaille dans la même école, ce qui n’a pas empêché les deux femmes de se rapprocher l’une de l’autre et de lutter de concert contre ce bourreau à la main légère. Pour en finir, les deux femmes décident de liquider l’époux volage et tyrannique en le noyant. Mais le corps a mystérieusement disparu de la piscine dans laquelle il avait été englouti…
Publié en 1952, le roman Celle qui n’était plus de Pierre Boileau et Thomas Narcejac crée des émules auprès de deux grands cinéastes qui voient là une histoire fascinante qui se doit de connaître une existence cinématographique. Plus prompt qu’Alfred Hitchcock de quelques heures, Henri-Georges Clouzot (Le salaire de la peur), après avoir déjà adapté l’excellent polar du belge Stanislas-André Steeman, L’assassin habite au 21, porte finalement à l’écran ce fantasme de tout amateur de romans policiers. Hitchcock, comme compensation, héritera d’un autre écrit du couple d’écrivains, D’entre les morts, transposé à l’écran sous le nom de Sueurs froides (Vertigo).
Aujourd’hui vaguement étiqueté « classique », Les diaboliques se pose surtout comme un modèle, une œuvre à l’aune de laquelle nombre d’autres métrages "à énigme" vont se mesurer. Le récit, traité d’un unique point de vue (celui de Christina, subtilement interprétée par Vera Clouzot, l’épouse du réalisateur dont la fragilité éblouit la toile, contrairement à ce que prétendait Paul Meurisse), repose essentiellement sur une enquête, apparemment impossible à résoudre, que mènent les deux héroïnes suite à la disparition du corps de leur victime. Passé une mise en situation minutieusement érigée (Clouzot prend le temps d’affiner ses personnages avant de laisser l’intrigue démarrer), l’histoire laisse place au doute et à l’angoisse des personnages qui se mue bientôt en psychose devant l’accumulation de détails rappelant le cadavre qui a mystérieusement disparu. Un climat inquiétant s’instaure tandis que la plausibilité des explications cartésiennes s’égraine de minute en minute, laissant place à une
interprétation potentiellement surnaturelle qui deviendra le b.a.-ba d’une multitude de films d’angoisse (notamment Psychose ou Dementia 13) et de séries télévisées (le principe domine les épisodes de Chapeau melon et bottes de cuir).
Hollywood fournira sa propre version de l’histoire en 1996 avec le décevant Diabolique de Jeremiah Chechik (dans lequel se côtoient Sharon Stone, Isabelle Adjani, Chazz Palminteri et Kathy Bates). Une bien pâle imitation du chef-d’œuvre créé dans la douleur par Clouzot qui cisèle parcimonieusement chacun de ses cadrages, ne néglige aucun jeu d’ombres et génère, au gré de détails parfois anodins, une tension éprouvante.
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Clouzot était un génie et ce film est son chef d’oeuvre (avec le sublime "le salaire de la peur"). Ca n’a pas pris une ride et ça fonctionne encore avec une puissance imparable. Peu de films aussi anciens tiennent aussi bien la route si longtemps après. Une claque magistrale à voir absolument.