Le Cinéma Fantastique au bout des doigts. Cinéma Fantastique vous propose une critique jeune des films les plus vieux au plus récents traitant du fantastique dans sa globalité. Horreur, gore, fantômes ...
Bucsu est un contrôleur du métro de Budapest qui passe ses jours et ses nuits à errer dans les couloirs. Refusant de remonter à la surface, il se heurte au mépris et à la violence des usagers et de ses collègues.
Avant de saisir sa chance aux Etats-Unis avec succès, Nimrod Antal s’était déjà fait connaître à travers l’Europe avec son film Kontroll rafflant de nombreux prix comme celui de la jeunesse à Cannes, le Cygne d’or à Copenhague ou encore nominé pour le meilleur réalisateur européen. C’est dire l’impact que ce film suscita autour de lui avec une certaine logique il faut bien le reconnaître.
Dès les premières images, impossible de ne pas penser ou même de comparer Kontroll au film de Luc Besson, Subway sorti en 1985, lui aussi plongé dans l’univers souterrain avec ses personnages atypiques et son atmosphère sordide. De là à penser que le réalisateur hongrois s’en ai fortement inspiré pour son histoire serait aller un peu vite en besogne. La musique jazzie d’un Erik Serra fait plutôt place à de la techno endiablée, le brushing d’Adjani fait pas le poids face au crâne rasé du skinhead hongrois et l’inspecteur principal de Budapest n’a pas la belle gueule explosée d’un Bohringer (qui aurait eu sa place ici). Non, Antal possède son propre humour, plus trivial, plus tragique aussi avec ces loosers blafards, contrôleurs de métro ignorés, bafoués au quotidien par une clientèle aussi hétéroclite que menaçante. Une galerie de personnages hauts en couleurs, énigmatiques et qui suscitent l’hilarité dans leur misérabilisme assumé, un quotidien minable et qui semblent tous porter un fardeau bien trop lourd pour leurs épaules affaissées.
Parmi cette jungle, Bulcsu tente de survivre et de s’affirmer dans des duels inconscients et dangereux, courant sur les rails et poursuivis par des rames de métro dans une course contre la mort éprouvante. Et puis, avec ses collègues, il contrôle, court après les resquilleurs quand il ne pourchasse pas tout simplement un serial killer qui “suicide” des voyageurs. Un univers glauque admirablement retranscrit par Antal à travers des images et des plans froids, dans la lumière crue des néons et qui confinent à la sensation d’étouffement, presque claustrophobique de ce monde parallèle. Mais la poésie n’est jamais loin. Elle porte le doux nom de Szofi, resquilleuse paumée, déguisée en lapin et fille d’un conducteur de rame (pratique !). Elle soulève en Bulcsu des émotions qu’il pensait disparues en même temps que ses illusions de carrière qu’il connut là-haut, à la lumière du jour.
Mais le fil conducteur, cette intrigue autour du serial killer et de Bulcsu lui-même (on ignore son passé) est bien mince, seul point faible d’une œuvre singulière et tellement personnelle. Il reste d’ailleurs des inconnues et des zones d’ombre au final mais le spectateur n’en aura que faire, hypnotisé qu’il sera par cette atmosphère si particulière et par ces gueules marquées par la vie.
Plutôt film désabusé à facture sociale que thriller, à la mise en scène nerveuse, Kontroll réaffirme avec un certain talent la qualité d’un cinéma de l’Est qui ne demande qu’à s’exprimer au-delà des moyens qu’elle possède. Les acteurs sont talentueux, des seconds rôles comme des acteurs principaux et vice-et-versa qui présentent l’œuvre comme un film de personnages avant tout, un portrait universel de laissés-pour-compte comme le grand Fellini lui-même aimait filmer. Une œuvre qui devrait ravir les amateurs de mondes décalés, de répliques assassines et de love stories inclassables.
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