Le Cinéma Fantastique au bout des doigts. Cinéma Fantastique vous propose une critique jeune des films les plus vieux au plus récents traitant du fantastique dans sa globalité. Horreur, gore, fantômes ...
Une soucoupe volante atterrit sur Terre. Alors qu'on les croyait hostiles, les extraterrestres sont en fait porteurs d'un message de paix pour l'humanité.
Le début des années 50 est gangréné par une espèce de fixisme politique incombant aux deux géants de la planète, l’URSS et les Etats-Unis, qui se livrent une concurrence sans merci à la conquête spatiale et à l’armement. Côté étatsunien, le sénateur McCarthy apparaît sur le devant de la scène et entame sa chasse aux sorcières contre l’ennemi communiste. La paranoïa s’empare du peuple et l’espion rouge est partout. Julian Blaustein, effaré de voir son gouvernement
dans une telle inertie, souhaite produire un film qui traiterait de cette conjoncture politique tout en étant également une œuvre divertissante. Répondant à sa demande, le scénariste Edmund North reprend la substance principale d’une nouvelle de Harry Bates intitulée « Farewell to the master » (à savoir l’étrange arrivée d’un extraterrestre devant le Smithsonian Institution de Washington) et y glisse un délicieux message, généralement distillé avec ironie, à propos de la tendance belliqueuse qu’entretiennent les gouvernements mondiaux. Le scénario terminé, Darry Zanuck, l’un des moguls de la Twentieth Century Fox, le soumet à Robert Wise, ancien monteur (le Citizen Kane d’Orson Welles), reconverti depuis dans la mise en scène, qui accepte presque instantanément.
En pleine guerre froide, le message délivré par Le jour où la Terre s’arrêta sonne comme une douce exception. Tandis que la majorité des œuvres sf de l’époque entrevoient l’imminence d’une invasion extraterrestre hostile (citons, à titre d’exemples, La guerre des mondes ou La Chose d’un autre monde), le film de Wise dresse un tableau plus optimiste de l’envahisseur extérieur qui assène à l’homme un message aussi menaçant que rempli d’optimisme. Plus intéressantes que ces considérations minces et infantiles (de nombreuses incohérences émergent de ce discours moralisateur), les réflexions de l’étranger sur la nature humaine contraignent à un relativisme salvateur. De l’immensité des galaxies, les guerres que se mènent les hommes sont réduites à de naïves jalousies puériles. Le climat tendu de la guerre froide motive l’argument de l’ensemble de l’œuvre puisque Klaatu y passe le plus clair de son temps à tenter de réunir les représentants de chacune des patries pour leur annoncer son message messianique universel. Pas très éloigné de la figure christique, Klaatu endosse d’ailleurs le nom de Carpenter (« charpentier » en français) pour se fondre dans la masse humaine. Tout aussi révélateurs de l’infantilisme des nations, les apprentissages fondamentaux que Klaatu/Carpenter reçoit sur la nature humaine sont l’œuvre d’un jeune enfant, symbole d’une humanité innocente, pas encore déréglée par les effets pervers
de la société.
Malgré un argument très faible, Le jour où la Terre s’arrêta se distingue par la qualité de sa mise en scène et la crédibilité conférée à ses effets visuels. L’atterrissage de la soucoupe en plein Washington (rendu vraisemblable par le mouvement de l’ombre qui l’accompagne) et la coupure d’électricité mondiale (d’où le titre du film) réalisée par Klaatu afin de prouver l’étendue de ses pouvoirs, constituent encore aujourd’hui des morceaux d’anthologie du cinéma science-fictionnel, transcendés par la musique exceptionnelle de Bernard Hermann que Wise a côtoyé sur Citizen Kane et qui deviendra ensuite un fidèle collaborateur des films d’Alfred Hitchcock.
Œuvre d’une époque, Le jour où la Terre s’arrêta est devenu au fil du temps l’un des films-phare du genre SF. Extrêmement crédible, autant pour ses effets spéciaux que pour son interprétation (le ténébreux Michael Rennie livre une vision plausible et efficace vision d’un alien anthropomorphe), le métrage a cependant pris, avec le recul, du plomb dans l’aile en raison de son intrigue simpliste et de sa moralisation noyée dans la naïveté.
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