Le Cinéma Fantastique au bout des doigts. Cinéma Fantastique vous propose une critique jeune des films les plus vieux au plus récents traitant du fantastique dans sa globalité. Horreur, gore, fantômes ...
Fils d'un gourou d'une secte dérisoire, Daniel1 fait des mots croisés en attendant que sa vie prenne un sens. Il traîne. Silencieusement. Indifférent finalement aux transports du monde actuel. A ses loisirs comme à ses peines. Daniel25 (vingt-quatrième descendant, par reproduction artificielle, de Daniel1) vit silencieusement dans une cellule souterraine, rivé sur les images satellite d'un monde extérieur désert, contaminé, dévasté par des guerres ethniques et religieuses qui ont conduites à des conflits nucléaires, des épidémies incontrôlables, et surtout, des catastrophes climatiques d'une ampleur inédite. Comment Daniel1 a-t-il rendu possible Daniel25 ? Peut-être en passant par une île, un territoire isolé sur lequel Daniel1 se posant enfin des questions sur l'avenir du monde, admet l'hypothèse scientifique et biologique d'une possible éternité humaine. Peut-être en étant le premier à accepter de disparaître au profit d'un autre lui-même, un mutant, un "surhomme". Un survivant à tout. Mais seul, quel est le sens de la survivance ?
Ayant fait ses preuves en tant qu’écrivain, Michel Houellebecq décide de passer à la mise en scène en adaptant son roman « La possibilité d’une île ». Le pari est osé, car les thématiques développées dans le texte original ne sont pas évidentes à transposer à l’écran. S’appuyant sur l’expertise technique de Philippe Harel – qui lui met le pied à l’étrier en tant que conseiller à la réalisation – et sur la prestation de Benoît Magimel – qui assure au film un certain potentiel commercial – Houellebecq tente sa chance… et se casse hélas les dents face à la complexité de son sujet. Le film nous fait découvrir une petite secte, les Elohim, qui promet rien moins que le bonheur et la vie éternelle pour
tous. Son gourou et prophète, incarné par Patrick Bauchau, annonce avec emphase : « dans un seul cerveau humain, il y a plus de possibilités de connexions entre les cellules nerveuses qu’il n’y a de molécules dans l’ensemble de l’univers ». Son maigre auditoire étant principalement constitué de vieillards imbibés d’alcool et de vagabonds solitaires, échoués par hasard dans une petite salle des fêtes provinciale, le message n’a pas beaucoup d’impact.
Pourtant, quelques années plus tard, la secte a pris une importance considérable, comptant 80 000 adeptes et touchant plus de soixante territoires. Leur objectif consiste à s’appuyer sur les dernières avancées technologiques afin de créer le « néo-humain », autrement dit l’homme du futur, dans l’espoir de vaincre la mortalité. Au lieu du clonage cher aux raëliens (qui servent visiblement d’inspiration à Houellebecq), la technique envisagée est la retranscription des données d’un cerveau humain sur un corps neuf, le mode de nutrition traditionnel étant remplacé par la photosynthèse. Acceptant d’être le cobaye de l’expérience, le jeune homme incarné par Benoît Magimel nous apparaît à travers une série de flash-forwards situés dans une caverne futuriste. Lorsqu’il en sort enfin et affronte le monde extérieur, c’est comme si nous assistions à sa renaissance, et son errance dans la nature hostile filmée sur l’île de Lanzarote évoque les premiers pas d’un homme préhistorique (c’est d’ailleurs là que fut tourné Un Million d’Années avant JC).
Dans ce futur post-apocalyptique, la terre a été ravagée par des catastrophes écologiques et des tribus primitives et violentes se sont constituées. Hélas, cet avenir sombre nous est raconté par la voix off de Magimel, mais rien ne nous est montré, à part quelques ruines sur un
terrain vague, aux accents d’une bande originale symphonique exagérément grandiloquente. Nébuleux, austère, hermétique, La Possibilité d’une île faillit donc à sa tache principale – captiver l’intérêt du spectateur – et cherche sa voie métaphysique quelque part entre un Kubrick et un Tarkovsky sans parvenir à s’ériger en spectacle digne de ce nom. On y trouve même des scènes d’une aberrante gratuité – l’élection de Miss Bikini dans un hôtel des Canaries, les tribulations d’une touriste belge, l’intervention d’Arielle Dombasle – dont on se questionne encore sur la pertinence et l’intérêt.
Tourné dans un généreux format Cinémascope, le film est certes soigné dans sa facture, mais de là à dire que l’écrivain s’est mué en prometteur cinéaste, il y a un grand pas qui, de toute évidence, reste encore à franchir.
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