Critique de film

Guerre des mondes (La)

"The War of the Worlds"
affiche du film

Été 1954. Une météorite s’écrase près de la petite localité de Linda Rosa en Californie provoquant un début de feu de forêt. Une fois l'incendie circonscrit, le shérif de la ville fait quérir le Dr Forrester, brillant astronome et physicien nucléaire qui passe ses vacances à 20 km de là, pour connaître son avis. Arrivé sur place, le scientifique constate que le corps céleste est encore trop chaud pour être examiné, et qu'il est de plus radioactif. Le shérif décide alors de renvoyer les badauds et ne laisse que trois hommes près du cratère pour prévenir tout nouvel incendie. Restées seules, les trois vigies se retrouvent bientôt confrontées à « l'œil mécanique » qui sort de la météorite. Comme ils tentent d'entrer en communication, ils sont désintégrés par un rayon mortel. L'invasion de la Terre a commencé...

Les critiques à propos de ce film

Critique de La Guerre des mondes - Conflit aérien
Par : Damien

En opposition directe avec Le jour où la Terre s’arrêta de Robert Wise dans lequel la figure alienesque distillait un message d’espoir un brin moralisateur aux populations humaines, La Guerre des mondes dresse un portrait plus pessimiste de l’invasion extraterrestre, les aliens étant ici décrits comme de brutaux colonisateurs désireux de faire leur un nouveau territoire après le déclin de la planète rouge. Adaptation assez fidèle du roman de H. G. Wells publié dès 1898, le métrage réactualise l’intrigue en y injectant le choc atomique et en déplaçant le récit de Grande Bretagne en Californie. En réalité, il s’agit bien plus de donner une réalité métaphorique à une prise de conscience essentielle suite au dernier conflit mondial. Les affrontements ont désormais quitté la terre pour gagner les airs. A la guerre des tranchées qui marquera les mémoires pour sa sauvagerie mais également pour son immobilisme succède celle de l’espace aérien, stigmatisée par les largages de Little Boy et Fat Man. Reprenant cette technologisation à la lettre, George Pal, déjà producteur deux ans plus tôt du Choc des Mondes, entraîne la transposition sur grand écran de ces angoisses, couchées sur papier par Wells un demi-siècle plus tôt et reproduites avec brio par les chroniques radiophoniques d’Orson Welles en 1938 (certains auditeurs crurent à une réelle invasion martienne)

Mettant déjà en exergue les effets négatifs des progrès qui amènent peu à peu l’affaiblissement de la race humaine, Wells se fait le reflet de son époque autant qu’il prédit la déprime post-Seconde Guerre mondiale suite à la prise de conscience des conséquences néfastes du progressisme. Peu intéressé par la destinée humaine, Byron Haskin, soutenu en cette visée par son scénariste Lyndon, mise surtout sur la crédibilité d’effets spéciaux dantesques. Ainsi, au détour de quelques séquences impressionnantes, le spectateur constate-t-il la lente éradication de l’espèce humaine. Une destruction symbolisée par la chute des édifices titanesques qui représentent autant de bastions inébranlables d’une civilisation avancée (la Tour Eiffel brisée en deux, par l’intermédiaire d’une photo, atteste de la chute parisienne), ruinée en quelques heures par des êtres aux capacités décuplées par une technologie de pointe.

L’anéantissement des capitales constitue l’un des éléments d’une imagerie science-fictionnelle magnifiquement développée par l’œuvre qui deviendra l’apanage de toutes les productions abordant une thématique semblable. Imagerie à laquelle il convient de rajouter le débarquement des aliens dans de petits coins du monde, généralement embourbés dans leur ruralité ainsi que le retranchement d’une population fébrile dans la rédemption religieuse, sorte de dernière valse expiatoire censée laver leur croyance en une science qui les dessert. Surtout, l’invasion martienne entraîne un changement de mentalité capital puisque l’humanité prend soudain conscience de sa petitesse à l’égard de l’immensité de la galaxie et reconsidère sa primauté intellectuelle sur le règne animal face à l’omnipotence martienne.

Véritable manifeste du film d’invasion extraterrestre dont il pose tous les jalons, La Guerre des mondes remporte en outre ses galons d’œuvre culte en raison de la qualité de ses effets visuels, omniprésents, et de la teneur rythmique de l’ensemble. Pourtant, à mesure de ne s’attacher à l’invasion proprement dite par le biais d’un prisme opaque, le métrage s’essouffle quelque peu. En matière de transposition, on préférera la relecture spielbergienne, davantage fouillée et moins superficielle que cette adaptation assez désincarnée.

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