Le Cinéma Fantastique au bout des doigts. Cinéma Fantastique vous propose une critique jeune des films les plus vieux au plus récents traitant du fantastique dans sa globalité. Horreur, gore, fantômes ...
Barnaby Fulton, chimiste de talent, tente de mettre au point une eau de jouvence. La guenon qui lui sert de cobaye s'échappe et l'imitant, concocte sa propre mixture. Barnaby en boit et se conduit comme un gamin. Puis c'est sa femme qui en ingurgite...
Adaptation de La fontaine de Jouvence d’Harry Segall, Chérie, je me sens rajeunir (Monkey business, dont la traduction signifie « combines ») est surtout l’occasion pour Howard Hawks de réactualiser l’un de ses plus grands succès, L’impossible monsieur bébé, comédie désopilante qui fonctionne sur une compilation de quiproquos irrésistibles. Une filiation que le cinéaste ne manque pas de souligner en conviant Cary Grant à incarner le rôle-titre tandis que certaines
scènes évoquent lourdement les gags burlesques de l’œuvre originelle (la robe déchirée de Katharine Hepburn dans le restaurant reprise ici par celle craquelée de Ginger Rogers dans sa propre cuisine).
Barnaby Fulton est un chimiste extrêmement préoccupé par une formule de rajeunissement qu’il ne trouve pas. D’essais infructueux en tentatives avortées, le scientifique commence doucement à désespérer. Alors qu’il a le dos tourné, l’un des singes qui lui sert de cobaye pour ses expériences, manipule par mimétisme les fioles du savant et réalise un mélange qu’il renverse ensuite dans le distributeur d’eau du laboratoire. Fulton, après avoir ingéré sa nouvelle mixture, se déshydrate avec l’eau du distributeur et ressent directement les effets du rajeunissement : sa vue devient parfaite et ses rhumatismes s’estompent…
En guise d’introduction, le métrage offre une triple apparition de Cary Grant, rabroué par son metteur en scène en raison du mauvais timing de ce dernier. « Pas encore, Gary » lui répète une voix-off et, inévitablement, Grant retourne derrière la porte qu’il venait d’ouvrir pour répéter le même geste dix secondes plus tard. Une entrée en matière cocasse qui marque directement l’accès de cette pellicule dans l’absurde et stigmatise l’intérêt du cinéaste pour la mise en abyme de son propre processus filmique. Le film d’ailleurs ne bénéficie la plupart du temps que de plans fixes au gré d’une scénographie discrète, effacée qui provoque un décalage avec l’action uniquement régie par les acteurs. L’argument de la cure de Jouvence ne prête aucunement des intérêts fantastiques. Au contraire, Howard Hawks ne livre aucune transformation physique de ses personnages à la Docteur Jekyll et Mister Hyde et suscite uniquement la régénérescence des cellules en infantilisant ses acteurs, contraints d’adopter des comportements typiquement « gamins ». Reprenant habilement les codes de la screwball comedy (dont L’impossible monsieur bébé et Les hommes préfèrent les blondes du même Hawks sont les porte-étendards), Hawks joue sur la confrontation sociale des personnages et leur impose de surcroît une opposition comportementale interne, ravivée par le fameux produit B4 (comprendre « before » dans la langue de Shakespeare). Le métrage, en plus de faire voler en éclats tous les
codes, associe les contraires entre humanité et animalité (le singe capable de reproduire les gestes de l’homme mais celui-ci inapte à en retrouver la constitution), entre civilisation et sauvagerie (Fulton, retombé en enfance, se grime en Indien et scalpe son ennemi), entre responsabilité de l’âge adulte et l’innocence de l’enfance (Fulton ne pense qu’à jouer et à s’amuser) afin de faire émerger de chaque séquence une situation cocasse proche de l’univers ubuesque cher à Alfred Jarry et d’enchaîner les quiproquos soutenus par une galerie de personnages hétéroclites, représentant tous les âges et tous les statuts au sein de laquelle trône la toute fraîche Marilyn Monroe qui, malgré son cv déjà bien rempli, doit se contenter de la quatrième place sur l’affiche.
Usant du thème de la fontaine de jouvence pour réclamer de ses acteurs de fabuleuses performances de mioches pour lesquels ils théâtralisent à outrance, Howard Hawks signe avec Monkey business une excellente comédie burlesque à la frontière entre les délices burlesques du théâtre et les plaisirs populaires de la toile.
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