Critique de film

Revanche de la créature (La)

"Revenge of the Creature"
affiche du film

Un monstre mi-homme, mi-poisson, sème la terreur après avoir été capturé.

Les critiques à propos de ce film

Critique de La revanche de la créature - Du lagon noir à la ville
Par : Fred Pizzoferrato

En 1954, la Universal venait de revenir sur le devant de la scène horrifique suite au succès de L’étrange créature du lac noir, une excellente production tournée en relief qui introduisait un nouveau monstre, le « Gill Man » (littéralement l’homme avec des branchies), au sein du bestiaire classique de la compagnie. Ayant délaissé les créatures fantastiques depuis une dizaine d’années (les sagas consacrées à la Momie, à Frankenstein, à Dracula, à l’Homme Invisible et au Loup-garou ont sombré dans la décadence des parodies menées par le duo comique des « deux nigauds » Abbot et Costello), la Universal fut particulièrement satisfaite de cette créature du lac noir ayant rapporté beaucoup d’argent et bénéficiant, en outre, d’une excellente réputation critique. Une séquelle devait logiquement voir le jour le plus rapidement possible et cette Revanche de la créature arriva sur les écrans dès 1955. Egalement tourné en relief, un procédé alors en vogue, La revanche de la créature suit les traces du premier film mais n’en retrouve jamais le charme.

Le scénario s’applique pourtant à reproduire la recette ayant si bien fonctionné lors du premier film en envoyant deux scientifiques en Amazonie sur les traces d’un mystérieux homme amphibie hantant les eaux du Lagon Noir. Lucas, capitaine du bateau Rita II emmène donc Clete Ferguson et Joseph Hayes au fond de la jungle afin de capturer le « Gill Man » dans le but de l’étudier à des fins scientifiques mais également de l’exhiber dans un parc de loisirs aquatiques appelé Ocean Harbor. La technique employée est simple : nos savants balancent de la dynamite au fond du lagon, tuent tous les poissons et attendent que le Gill Man fasse surface, assommé mais flottant sur les eaux du lagon. Plongé dans le coma, le monstre amphibie est finalement ramené à Ocean Harbor et ranimé par un Ferguson intrépide. Le Gill Man est ensuite enfermé dans son aquarium et Ferguson va tenter de lui apprendre quelques tours digne d’un dauphin en captivité, tout en flirtant gentiment avec la jolie étudiante Helen. Sans doute un peu lassé de se comporter en animal de cirque, la créature brise finalement ses chaînes et se lance dans une frénésie de destruction. Notre monstre, venant sans doute de voir King kong et étant jaloux du grand singe, court aussi aux fesses de la belle Helen mais heureusement Ferguson veille sur cette poire et se dresse fièrement face au Gill Men enragé.

Séquelle hâtivement mise en place pour capitaliser sur le succès du précédent épisode, La revanche de la créature peine à retrouver les qualités de l’original. Le scénario, tout d’abord, n’innove aucunement et reprend la plupart des éléments du premier film, mélangés à des emprunts à King kong, pour aboutir à une intrigue linéaire et simpliste déjà vue et revue dans de nombreuses séries B antérieures. Les interprètes, pour leur part, ne se montrent pas franchement intéressés par leur rôle mais il faut reconnaître, à leur décharge, que la caractérisation des personnages ne s’élève jamais au-dessus des clichés les plus éculés du cinéma fantastique. La réalisation de Jack Arnold, pour sa part, se place au diapason et oublie toute ambition, renonçant aux qualités développées dans L’étrange créature du lac noir pour se contenter d’illustrer platement un script bien trop faible pour maintenir l’intérêt. Le rythme, en outre, se monstre souvent assoupi et une bonne moitié du métrage est occupé par les relations amoureuses entre nos deux héros qui tentent d’apprendre à la créature l’un ou l’autre tour de cirque. Rien de passionnant et seule la dernière demi-heure donne un peu d’animation à cette intrigue pantouflarde. Enfin, autre défaut, le lagon noir amazonien aussi beau qu’irréel cède la place au bout de dix minutes à un environnement urbain d’une totale banalité : la petite ville américaine menacée par le monstre, lieu commun de toutes les séries B des années 50.

Très prévisible, l’ensemble se conclut en outre sur une scène finale quasi identique à celle de l’opus précédent, prouvant visiblement le peu d’implication ayant présidé à la conception de cette séquelle sans doute trop vite expédiée sur les écrans. Reste quelques passages plus réussis et la créature en elle-même, moins effrayante et plus émouvante que dans le premier épisode mais toujours charismatique et agréable à l’oeil. Et, pour les plus mordus, signalons l’apparition éclair d’un tout jeune Clint Eastwood dans son premier « rôle ». La revanche de la créature s’avère donc une grosse déception qui se laisse néanmoins regarder d’un œil distrait par les inconditionnels du fantastique rétro. Mais il ne faut pas en attendre beaucoup pour s’en satisfaire.

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