Le Cinéma Fantastique au bout des doigts. Cinéma Fantastique vous propose une critique jeune des films les plus vieux au plus récents traitant du fantastique dans sa globalité. Horreur, gore, fantômes ...
Dans une petite ville du Nouveau-Mexique, une série de meurtres particulièrement sauvages traumatise la population. Les attaques, toujours à l'encontre de femmes seules, ont beau être attribuées à un léopard échappé, quelques indices semblent indiquer que le vrai coupable pourrait ne pas appartenir...
Afin d’assurer le spectacle face à sa rivale Clo Clo, Kiki accepte d’entrer en scène accompagnée d’un léopard (Dynamite qui avait fait une apparition très remarquée dans La féline). Mais l’ennemie agite ses castagnettes et effraie l’animal qui s’enfuit sans demander son reste. Après la mort de Consuelo tuée par le félin durant la nuit, les autorités échafaudent un plan pour coincer l’animal. En vain… Les victimes pleuvent de plus en plus et l’animal n’a pas encore été retrouvé…
La rencontre du franco-américain Jacques Tourneur et du producteur en devenir Val Lewton en 1935 débouche sur une trilogie au sein de la RKO entamée en 1942 avec La Féline. Succès inespéré, le film remporte des recettes non négligeables qui permettent à la société de
production de se remettre à flots. Tourneur obtient carte blanche sur ses métrages suivants, une opportunité qui lui permet d’accoucher l’année suivante de Vaudou (I walked with a zombie), œuvre dramaturgique aux multiples intrications fantastico-horrifiques. Tourné la même année, L’homme-léopard évoque de par son intitulé une masculinisation des mésaventures vécues par Irina l’année précédente. Il n’en est rien. Tourneur, s’il continue de brosser des thématiques semblables (la figure féminine et ses tourments au centre de l’intrigue, quelques séquences à suspense, mélange entre bestialité et humanité), effectue un revirement sérieux en optant pour une enquête policière plutôt brouillonne.
Harcelés par une culpabilité dont ils ne parviennent à se défaire, les amants Jerry et Kiki suivent de leur côté des pistes invisibles, s’échinent à étayer des démonstrations fastidieuses, vont et viennent dans le désordre le plus total pour tenter de résoudre cette énigme prétendument absconse aux contours mal éclairés. Des réflexions hésitantes de Jerry à ses vaines palabres entretenues avec Galbraith, l’enquête suit un cheminement incompréhensible qui ne soit voit jamais jalonné de l’un ou l’autre élément supplémentaire (la récurrence des propos de Jerry en témoigne). Le dénouement hautement prédictible termine de tuer tout suspense et de jeter un voile sur cette œuvre dont le cinéaste dira plus tard qu’il ne constitue au final qu’une série de vignettes placées de façon incohérentes et dont il stigmatisera son trop-plein d’exotisme. Un exotisme dont le cinéaste a pourtant fait l’une des composantes essentielles de ses œuvres eu égard de la très slave Irina de La féline et du périple de Betsy sur l’île de Saint-Sébastien, une peinture en toile de fond qui permet à l’auteur de confronter l’occidentalisme primaire au traditionalisme précaire des contrées qu’il décrit en filigrane (outre le Nouveau Mexique, c’est la personnalité de l’éleveur du léopard qui se démarque et permet à l’auteur d’implanter cette comparaison).

Il n’en demeure pas moins que quelques séquences relèvent du pur génie et suffisent à consacrer le cinéaste en maître de la suggestion par opposition à l’ère de la monstration qui surdomine le cinéma contemporain. En travaillant les jeux d’ombre et en laissant sa créature tapie dans une ombre épaisse, le cinéaste transforme la mort de Consuelo en un moment d’anthologie qui marque les esprits. Une démarche sensuelle puis timorée avant que la jeune femme ne crie et n’accoure catastrophée vers la porte close de la maison familiale que la mère castratrice ne peut ouvrir à temps. Le silence, un filet de sang se répand sous la porte. Une mise en scène qui utilise un large éventail de la palette cinématographique de Tourneur et se clôt par un hors-champ finement ciselé et préparé. Deux minutes de pur génie qui seront réinvesties lors d’une deuxième séquence tout aussi impressionnante lors du meurtre du zoo.
L’homme-léopard souffre cruellement de son manque de clarté scénaristique que Tourneur balaie au profit d’une intrigue pas toujours passionnante qui se perd dans des méandres jubilatoires (l’entrée de Clo Clo dans les rues au son des castagnettes) pour revenir sans cesse à une trame inerte dont les protagonistes peinent à cacher la vacuité.
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