Critique de film

Golem (Le)

"Der Golem wie er in die Welt kam"
affiche du film

A Prague, au XVIe siècle, le rabbin Loew, philosophe et magicien, donne vie à une colossale statue de glaise, le golem. Grâce à lui, il obtient du roi que les juifs ne soient pas chassés de la ville. Mais le golem se révolte contre son créateur...

Les critiques à propos de ce film

Critique de Le Golem - L’égal de Dieu
Par : Damien Taymans

Issu de la tradition juive, le golem est une créature anthropomorphe, faite d’argile, douée d’une force extraordinaire. Popularisée en Allemagne dès la parution de la nouvelle de l’Autrichien Gustav Meyrink en 1915, la créature connaît trois adaptations cinématographiques, toutes émanant de Paul Wegener. Une première version voit d’abord le jour l’année même de la parution de la nouvelle, version de Wegener et Henrik Galeen, qui officie en tant que scénariste comme ce sera le cas sur le Nosferatu de Murnau quelques années plus tard. Cette première pellicule, qui aujourd’hui introuvable, est l’occasion de voir Wegener interpréter lui-même la mythique créature, rôle qui reprendra invariablement dans chacune des adaptations. Une deuxième version naît en 1917, intitulée Der Golem und die Tänzerin (Le Golem et la danseuse, en français dans le texte), comédie qui préfigure inévitablement la dernière transposition de Wegener en l’an de grâce 1920.

Création plus sobre et plus sérieuse qui envisage le retour aux sources du mythe comme le signale son titre (« Der Golem : Wie er in die Welt kam », comment il est venu au monde). Dans le Prague du XVIe siècle, le rabbin Loew, à la fois philosophe et magicien, qui a lu dans les étoiles l’annonce d’un grand danger pour les Juifs, fabrique une statue d’argile dans laquelle il place le précieux « mot de vie », le tétragramme sacré du nom de Dieu, pour sauver le peuple juif. Il donne alors vie à une colossale statue de glaise, le Golem. Peu de temps après, l’empereur Rodolphe II publie un décret interdisant aux Juifs l’accès de la ville, les confinant dans des ghettos. Au même moment, la fille du rabbin, Myriam tombe amoureuse de Florian, un courtisan de l’empereur. Le rabbin Loew montre le Golem à l’empereur. L’empereur demande au rabbin de prouver sa magie. Celui-ci montre à l’empereur et à sa cour une vision de l’exode des Juifs. Cette vision fait rire les courtisans quand soudain, le bâtiment dans lequel l’empereur, le rabbin, le golem est le courtisans commence à s’effondrer. Le Golem sauve alors la vie de l’empereur et des courtisans en portant tout le monde hors de l’immeuble. En reconnaissance, les Juifs ne sont pas chassés de la ville. Le Golem tombe amoureux de la fille du rabbin que celui-ci lui refuse. Il se dresse alors contre son créateur. Le Golem sème alors la terreur dans le ghetto juif. Avant qu’une fillette ne vienne réduire en poussières la malédiction.

Par le truchement de cette légende, le métrage touche à une thématique universelle fréquemment reprise depuis dans le genre fantastique, à l’image des Frankenstein (le récit de Mary Shelley y puise ses sources) et autres Re-Animator. Révolte de l’homme face à la destinée et échec de ses entreprises d’égaler le Créateur en donnant lui-même la vie en recourant à la magie (pire, à la science, pour les œuvres suivantes). Dans la lignée du Cabinet du docteur Caligari et du Nosferatu, Le Golem est l’un des représentants fondamentaux du fantastique expressionniste allemand des années 20. Esthétiquement, l’œuvre incorpore et porte aux nues les caractéristiques plastiques du courant dans lequel elle s’inscrit (bien que Wegener réfute l’appartenance à cette esthétique), livrant au passage certaines scènes d’anthologie aussi bien terrifiantes (l’arrivée du démon qui préfigure, avec son cercle igné, l’apparition de Méphistophélès dans le Faust de Murnau) qu’émouvantes (la fillette et la créature, présage du Frankenstein de James Whale). Des séquences sublimées par les utilisations monochromes variables de Wegener et Boese et par l’interprétation du terrifiant Wegener qui, chapeau breton sur le caillou, hante Prague de sa stature imposante et de sa démarche robotisée.

Le Golem répond aux prérogatives de tous les classiques en ce sens qu’il innove, touche à l’universel et devient un mètre-étalon à partir duquel de nombreuses œuvres ultérieures seront mesurées. Une excellente introduction à l’intégration de la mythologie hébraïque de surcroit via un thème malheureusement devenu intemporel, celui de l’exode forcé des juifs et de l’antisémitisme primaire…

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