Le Cinéma Fantastique au bout des doigts. Cinéma Fantastique vous propose une critique jeune des films les plus vieux au plus récents traitant du fantastique dans sa globalité. Horreur, gore, fantômes ...
A la fin du siècle dernier, à Londres, le jeune et brillant docteur Henry Jekyll, fiancé à Muriel, la fille du général Carew, se livre à des expériences qui devraient lui permettre de séparer chez l'être humain, le Bien et le Mal.
Le docteur Jekyll, philanthrope absolu, passe sa vie au service des autres, prodiguant des soins aux plus démunis et mettant du même coup sa propre vie de côté. Ses amis n’ont de cesse de tenter de le débaucher afin de contrebalancer cette personnalité irréprochable en l’entraînant dans un cabaret mal famé sentant le stupre et la fornication. Incapable de se soumettre à la tentation, Jekyll invente une potion capable de séparer les deux natures de l’homme : le Bien et le Mal. Après avoir ingéré ledit liquide, Jekyll se métamorphose ponctuellement en Mister Hyde, son mauvais côté, un être lubrique et malfaisant…
Publié en 1886, The Strange Case of Doctor Jekyll and Mister Hyde de
Robert Louis Stevenson, narre les mésaventures du docteur Jekyll, un philanthrope accompli obsédé par sa double personnalité qui, par le truchement de la science (en plein essor aux dix-neuvième siècle, faut-il le souligner ?), s’escrime à séparer en son être ses côtés bénéfique (le docteur Jekyll) et maléfique (Mister Hyde). Une dualité anthropologique que la science termine de stigmatiser pour leur donner à chacune sa part du lion. L’être bifacial, devenu l’une des figures mythiques de la littérature d’épouvante, aux côtés du Frankenstein de Mary Shelley et du comteDracula de Bram Stoker, il n’était pas étonnant que le cinéma, alors en plein balbutiements muets, ne reprenne à son compte ce chef-d’œuvre littéraire pour lui donner vie sur grand écran.
Sorti en 1920, Docteur Jekyll et Mister Hyde est la plus grande réussite du réalisateur John S. Robertson qui s’essaie pour la première fois à un genre autre que ses précédentes créations plutôt oreintées dans le domaine de la comédie ou du drame. Se basant sur un scénario retravaillé par Clara Beranger qui contribua notamment à deux comédies Sadie Love et Come out of the kitchen de Robertson sorties l’année précédente, le métrage met de côté le thème des dangers de la science, pourtant bien présent chez Stevenson, pour s’intéresser davantage à la lutte traitée du Bien contre le Mal. Une thèse religieuse soutenue par l’entrée de l’œuvre durant laquelle le réalisateur s’évertue à nous dépeindre le docteur Jekyll comme le plus vertueux des hommes, en faisant de chacune de ses actions une hagiographie quasi sacrosainte (l’engouement des malades avant de se faire soigner contribuent à faire de Jekyll un messie providentiel). Dès
l’ingestion de la potion, symbole de la ségrégation intérieure du personnage, l’intrigue s’obscurcit autant qu’elle s’épaissit, décrivant de nombreux allers et retours bouleversants au gré des terrifiantes métamorphoses de Barrymore. Car, l’originalité de l’entreprise n’est pas à chercher du côté de la mise en scène d’une inertie affligeante qui consiste à poser sa caméra au pied du quatrième mur, mais bien du côté de la fabuleuse interprétation de John Barrymore qui crée un Jekyll tout en retenue et un Hyde grotesque, peu aidé en cette tâche par des maquillages minimalistes qu’il contrebalance à l’aide de contorsions physiques qui deviendront de plus en plus exagérées au fil du métrage, à l’image de cette malédiction qui gangrène lentement mais sûrement un Jekyll devenu apathique.
Docteur Jekyll et Mister Hyde, version 1920, reste à ce jour l’une des meilleures adaptations ciné du classique de Stevenson. Tenu à bout de bras par un John Barrymore transfiguré, l’œuvre propose un spectacle duel, à l’image de son héros, qui débute gentiment pour s’enfoncer de plus en plus dans l’horreur psychologique et physique (voir l’attaque d’Hyde sur l’enfant).
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