Critique de film

Exorciste 2: l'hérétique (L')

"Exorcist II: The Heretic"
affiche du film

Le père Lamont enquête sur la mort mystérieuse du père Merrin, survenue à la suite d'un exorcisme, et va devoir combattre le démon Pazuzu que la jeune Regan a toujours en elle.

Les critiques à propos de ce film

Critique de L’Exorciste 2 : l’hérétique - Orthodoxie peu convaincante
Par : Damien Taymans
Tags : Diable et démons, Possession

Chargé d’enquêter sur la mort du père Merrin survenue après l’exorcisme de la petite Regan, le père Lamont explore plusieurs pistes. Assistant à une séance d’hypnose de la gamine, le prêtre découvre l’existence de Pazuzu, un démon africain qui envahit les corps et trouble les personnalités. Il n’a plus le choix, il doit faire le voyage jusqu’en terre africaine pour découvrir la vérité…

Quatre années après le métrage de William Friedkin pour lequel il était au départ pressenti, John Boorman s’attaque à lui accoler une séquelle. C’est que le réal, depuis son fameux Délivrance (1972), survival à l’aune duquel se mesureront beaucoup d’autres, s’est quelque peu planté avec Zardoz (1974), œuvre science-fictionnelle minimaliste devenue depuis un nanar mythique, qui ne reçoit pas les honneurs attendus. Du coup, pour se refaire une santé cinématographique, Boorman se contente de ce travail de commande qui s’avère en même temps être une entreprise foutrement périlleuse eu égard de l’incroyable succès du modèle. D’autant que, en sus des difficultés inhérentes au projet, de nombreux événements viennent pimenter le tournage qui tourne à la guerre ouverte : entre Linda Blair qui fait sa starlette et qui refuse d’être maquillée, Louise Fletcher qui désire apporter des modifications au scénar’ et Richard Burton qui s’éclipse continuellement pour tâter du goulot de sa bouteille de gnôle, Boorman ne maîtrise plus grand-chose. Pourtant, l’homme met toute son énergie pour boucler le film, qu’il juge original. Ne se contentant nullement d’une reprise casanière de l’intrigue de son prédécesseur (une nouvelle victime, deux nouveaux prêtres et à nouveau vomissements, cervicales malléables et déplacements incongrus de la literie), Boorman propose, avec son scénariste William Goodhart, une plongée aux sources du premier en envoyant son héros effectuer un pèlerinage en terre africaine à la recherche d’un démon nommé Pazuzu. Un voyage initiatique qui, s’il diffère de son modèle et risque inévitablement d’emmerder des fans qui se déplacent pour un énième combat Possédée VS. Curés, se pose néanmoins comme une variation couillue et respectueuse.

Du premier opus mystique et terrifiant, L’Exorciste II : l’Hérétique ne conserve donc que quelques scènes insérées en filigrane lors d’une séance d’hypnose pour se concentrer davantage sur les pérégrinations du père Lamont en terre australe, devenant pour l’heure un film d’aventures exotique saupoudré çà et là de fantastique au détriment de l’horreur pure. En guise d’opposition scientificoreligieuse, Boorman opte pour des joutes verbales entre le père Lamont, obsédé par la toute-puissance du Malin, et le docteur Gene Tuskin, persuadée que les démons intérieurs qui trônent dans Regan, ne sont que les résidus poussiéreux d’une expérience antérieure destructrice, une expérience néfaste qui ne peut ressurgir que via l’hypnose collective. Une accumulation de symboles psychologiques et théologiques qui stigmatisent cette lutte sempiternelle entre les domaines scientifique et religieux découlant sur un double voyage pour le père Lamont : à travers les étendues désertiques afin d’extraire le démon Pazuzu du corps de la fillette et à travers son moi intérieur pour y retrouver les vestiges d’une foi en pleine dérive, à l’instar des précédents père Merrin et Karras, ce dernier symbolisant cette lutte en interne puisqu’il était affublé de la robe cléricale et du diplôme de psychiatre. Jusqu’à un dénouement qui ne fournit aucune réponse et se contente vainement de convoquer tardivement les éléments du premier opus en livrant le père Lamont à une Regan dé-make-upée nettement moins effrayante afin qu’il effectue un Banco salvateur : retrouver les fondements de sa foi chrétienne et libérer le gamine de Pazuzu.

L’Exorciste II constitue au final une bien pâle séquelle du film de Friedkin. S’acharnant à s’écarter d’un chemin pré-balisé, Boorman fournit une aventure mi-géographique mi-théologique qui s’enlise de plus en plus au fil du métrage.

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