Critique de film

Antibodies

"Antikörper"
affiche du film

Recherché par toutes les polices, le tueur en série Gabriel Engel est arrêté lors d'une spectaculaire opération. Un agent de police d'une petite localité de province demande à pouvoir l'interroger. Il pense qu'il pourrait être l'auteur du meurtre d'une fillette survenu un an auparavant et espère obtenir des aveux de sa part. Il est loin d'imaginer ce qui l'attend...

Les critiques à propos de ce film

Critique de Antibodies - Le loup et l’agneau
Par : Damien Taymans
Tags : Psychologique, Serial killer

Gabriel Engel est arrêté lors d’une impressionnante et sanglante descente de police. Alors qu’il saignait tranquillement un gamin et qu’il disposait de son espace intérieur pour se balader cul nu (comme le fait quotidiennement Gore Sliclez en proie aux érections matinales), le serial killer est surpris et ne peut s’enfuir, rattrapé par des flics postés à l’extérieur. Dans sa campagne profonde, l’inspecteur Michael Martens enquête toujours sur le meurtre de Lucia, assassinat qu’on attribue à Engel. Pour en avoir le cœur net, le flicaillon décide de se rendre dans la grande ville pour se confronter au serial killer…

Le teuton Christian Alvart revient avec Antibodies dans un genre qu’il affectionne tout particulièrement, à savoir le thriller, genre qui régissait déjà son premier long Curiosity and the Cat (1999). Avec sa nouvelle œuvre, le réal germanique aborde les serial-killers au gré d’une enquête dont les ressemblances avec l’œuvre de Thomas Harris se font prégnantes. Une confrontation entre le meurtrier Gabriel Engel (l’excellent André Hennicke) et le flicaillon Michael Martens renvoyant d’emblée au Silence des agneaux et aux douces explications échangées entre la jeune recrue Clarice Starling et le terrifiant de sérénité Hannibal Lecter. Référence d’autant plus indubitable qu’Alvart glisse une réplique évocatrice dans la bouche de son serial killer lors de la première confrontation (« Tu t’attendais à voir Hannibal Lecter ? »). S’ensuit la traditionnelle escalade psychologique du manipulateur sur sa victime presque consentante. Sauf que, si dans le métrage de Demme, celle-ci dérivait sur une déstabilisation de l’inexpérimentée Clarice qui gagnait au fil du temps en assurance, Antibodies présente une opposition plus floue entre les deux antagonistes. Peu à peu, la frontière qui existait entre les moralités de Martens et d’Engel va s’effriter pour laisser filtrer un doute sérieux quant à l’intégrité de ce père catholique bien sous tous rapports. Gangréné par les paroles de son assaillant, Martens se transforme, découvre au fond de lui des pulsions inavouées (la scène de sexe avec une femme qui se trouve à l’exact opposé de son épouse) et parvient enfin, face au Mal personnifié, à les expulser en se pliant à l’aveu. Ce même aveu auquel il s’adonnera, les lèvres pincées cette fois, dans le confessionnal de l’église du village.

Cette dimension psychologique, pour intéressante qu’elle soit, s’essouffle pourtant assez rapidement, se trouvant calée par une caractérisation pas toujours convaincante. D’un côté, le père de famille qui ne comprend pas son fils, délaisse sa femme et est raillé par ses pairs, le gentillet symbole de la naïveté suprême, dévôte qui plus est, de l’autre un psychopathe qui prend plaisir à se masturber en repensant aux corps des jeunes garçons qu’il a maltraités et baisés (pour reprendre ses termes). Une ségrégation trop manichéenne qui entraîne doucement l’éreintante joute verbale entre deux êtres l’un possesseur l’autre possédé en une irritante confrontation entre deux abstractions que les relents bibliques serinés çà et là ne manquent jamais de souligner. Des conventions scénaristiques appuyées par une narration profondément arythmique que viendra considérablement secouer une révélation certes prédictible mais qui donnera lieu à un dénouement ô combien délicat et salvateur rappelant les principes d’une loi du talion évoquée en sourdine par l’assassin lors de son plaidoyer.

Antibodies contient foule d’idées intéressantes magnifiées par une mise en scène des plus froides propre au cinoche alémanique. Des idées parfois mal digérées par Alvart et rejetées trop grossièrement lors de caractérisations outrancièrement démagogiques. Menus défauts qui n’amenuisent que peu la qualité formelle (la superbe scène d’ouverture de l’arrestation d’Engel) et scénaristique de l’ensemble.

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