Critique de film

Fils de l'homme (Les)

"Children of Men"
affiche du film
  • Genre : Science-fiction
  • Année de production : 2006
  • Scénaristes : Alfonso Cuaron, Timothy J. Sexton, David Arata, Mark Fergus, Hawk Ostby, P. D. James
  • Acteurs : Danny Huston, Julianne Moore, Clive Owen, Chiwetel Ejiofor, Charlie Hunnam
  • Réalisateurs : Alfonso Cuarón
  • Pays d'origine : USA, Angleterre, Japon
  • Durée : 1h49
  • Budget : 76 millions de dollars
  • Musique : John Tavener
  • Bande annonce
  • Récompenses : Saturn Award du Meilleur film de Science-fiction en 2007
    BAFTA de la Meilleure photographie en 2007
    COFCA Awards de l'Acteur de l'année (Clive Owen) et de la Meilleure image en 2007
    CFCA Award de la Meilleure photographie en 2006
    Sierra Award de la Meilleure photographie en 2006
    LAFCA Award de la Meilleure photographie en 2006
    OFCS Awards de la Meilleure photographie et du Meilleur scénario d'adaptation en 2007
    USC Scripter Award du Meilleur scénario en 2007
    VFCC Awards du Meilleur réalisateur et du Meilleur film en 2007

Dans une société futuriste où les êtres humains ne parviennent plus à se reproduire, l'annonce de la mort de la plus jeune personne, âgée de 18 ans, met la population en émoi. Au même moment, une femme tombe enceinte - un fait qui ne s'est pas produit depuis une vingtaine d'années - et devient par la même occasion la personne la plus enviée et la plus recherchée de la Terre. Un homme est chargé de sa protection...

Les critiques à propos de ce film

Critique de Les fils de l’homme
Par : Chroniqueurs

En l’an 2027, l’humanité est devenue stérile. Le plus jeune être humain sur Terre affiche 18 ans, tandis que la population se morfond de ne plus pouvoir produire de bébés. Dans ce contexte précaire, où le rejet de la différence est devenue une loi à part entière, une jeune femme noire tombe enceinte. Théo (Clive Owen) se charge alors envers et contre tous de la protection de la future maman, quitte à risquer sa vie...

En adaptant un roman de PD James, Alfonso Cuaron abandonne la dissection des tourments adolescents (thème dont il fait s’est fait la spécialité, de Y tu mama tambien à Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban, le plus sombre et le plus réussi) pour le cinéma d’anticipation, dont on serait bien en peine de trouver les fleurons depuis le beau film de Terry Gilliam, L’armée des 12 singes. D’autant plus que le propos de ces Fils de l’homme est ambitieux : Etat totalitaire gérant par la violence les fluxs massifs de réfugiés, catastrophe démographique, gestion inhumaine des sans papiers et des réfugiés... Comme tout bon film du genre, les questions soulevées ici trouvent un écho quotidien dans les journaux du monde entier.

C’est caméra à l’épaule, dans une Londres reconstituée et tout à fait identifiable, où le futur se montre de façon subtile (quelques gadgets high-tech par ci, deux ou trois bâtiments démesurés par là), que Cuaron nous invite à entrer dans son monde apocalyptique, sur les pas d’un anti-héros fatigué qui se contente de survivre sans se poser trop de questions. Un plan séquence magistral (il y en aura beaucoup d’autres dans cette mise en scène proche du documentaire) nous précipite dans le vif du sujet : ville en ruines où le quotidien mélange en quelques minutes café du matin, informations moroses et attentat à la bombe. Le film dispose alors d’une esthétique lugubre associé à la reconstitution du paysage londonien au moyen de débris et de gravats, enfonçant la capitale britannique dans de sinistres tons grisâtres et renforçant du même coup le sentiment de précarité attaché à l’espèce humaine. L’immersion est totale. Du vrai Beyrouth de 2006 au faux Londres de 2027, Cuaron opère un glissement fictionnel qui repose, tant sur le fond que sur la forme, sur un réalisme terrifiant, dont on ne peut que constater la probabilité avec effroi. C’est là le parti-pris le plus intelligent du film : le réalisateur ancre son film dans une réalité tangible.

La première moitié du film joue sur la découverte de ce monde régi par l’autoritarisme et dynamité par des réseaux souterrains constitués de militants aux nobles causes et autres anarchistes plus ou moins bien intentionnés. Au gré des pérégrinations de Théo (Clive Owen impeccable dans ce rôle de anti-héros fatigué), mandaté par la militante Julian pour aider Kee à donner naissance à son enfant à l’abri des dangers, Cuaron prend bien soin de ne jamais chercher à rendre ses personnages sympathiques. Les motivations de chacun, qu’elles soient à caractère altruiste ou purement égoïstes, cachent toujours une zone d’ombre que ni le cinéaste, ni les comédiens ne cherchent à mettre à jour mais qui contribuent au réalisme désespéré de l’ensemble. Car c’est bien un sentiment de désespoir et de pessimisme qui habite Les fils de l’homme.

Les Fils de l’homme prend par la suite une tournure plus classique (celle de la course poursuite), moins novatrice mais dont l’issue offre au film un climax résolument spectaculaire. La grande force de Cuaron est de ne jamais sacrifier son discours au profit de sa mise en scène : au contraire, la forme et le fond sont, comme rarement dans un film a priori "populaire", parfaitement cohérents. A tel point que l’on peut être impressionné par la maîtrise technique de scènes spectaculaires (guerilla urbaine, explosions...) qui, toujours filmées en plans séquences, dénuées de tout artifice tape à l’œil, impressionnent par leur impact dans un film où le pessimisme n’est jamais complaisant.

Les Fils de l’homme séduit par sa mélancolie, son aptitude à porter sur l’avenir un regard presque résigné. Presque, au vu d’un final ouvert, porteur d’espoir. Le métrage fait partie de cette race de film qui ne laisse pas indemne, qui laisse le spectateur impressionné, aussi bien sur le plan intellectuel que sur le plan visuel. Alfonso Cuaron confirme ses talents de conteur refusant de fermer les yeux face aux horreurs du monde. C’est parfois dans le pire que peut se révéler le meilleur.


Critique de Les fils de l’homme - L’heure de la réhabilitation a sonné
Par : Chroniqueurs

Par The creeper

Alfonso Cuaron le réalisateur, avant ce film, peut s’enorgueillir d’avoir livré l’épisode le plus sombre et passionnant de la saga Harry Potter. Parvenant à inculquer une vision personnelle à une série complètement sclérosée par le manque d’ambition de réalisateurs entièrement dévoués au respect servile et confortable d’un best-seller mondial. Ici, il s’attache à un film plus modeste. En termes budgétaires s’entend. Car en termes esthétique, narratif et thématique, il livre rien moins qu’un chef-d’oeuvre. Pourtant, le film ne généra guère l’enthousiasme, des critiques généralistes ou spécialisées en passant par le public, ne récoltant que de maigres recettes en salles.

Les fils de l’homme est un film de S.F d’anticipation mais le futur qu’il décrit n’a rien d’apocalyptique comme celui de Mad Max, de loufoque comme Retour vers le futur, ou encore d’infantile et merveilleux comme Star Wars. Soit une dystopie d’autant plus inquiétante que le film dépeint un futur tout à fait crédible. Mis à part la situation de départ, la stérilité comme pandémie de toute une civilisation appelée à disparaître faute de descendants, la situation géopolitique est à peine exagérée. De telle sorte que la vision de réfugiés clandestins parqués dans des cages géantes, en adéquation avec cette société futuriste au bord du chaos, amène à s’interroger sur le sort réservé aux réfugiés contemporains qui sont maltraités, déboutés de droit d’asile, enfermés dans des camps (pour des populations d’Afrique) ou soumis à des tests ADN et des mesures restrictives humiliantes et racistes.

D’ailleurs, le fait que le film se déroule en 2027, soit à peine 20 ans dans le futur corrobore l’orientation d’être aussi authentique que possible, poussant à s’interroger sur l’état actuel du monde, coincé entre répression des minorités et montée des intégrismes. Et puis d’emblée, on est immergé dans la fiction. A partir du moment où on suit les premiers pas de Clive Owen (toujours aussi bon) dans ce café et qu’après en être sorti, celui-ci explose peu de temps après en arrière plan, on sera toujours aux côtés du personnage. La caméra épousera chacun de ses mouvements. Au début des travellings latéraux calmes et tranquilles quand il déambule dans la cité, puis des mouvements saccadés et des décadrages sauvages dès qu’il est exposé à une fusillade et qu’il tente d’y échapper. De même, dans le camp des rebelles, on apprendra en même temps que lui qui étaient les véritables auteur de l’attaque qui a coûté la vie à sa bien-aimée et le véritable objectif qu’ils poursuivent en tentant de préserver la vie de la dernière femme enceinte. Nous n’avons aucun temps d’avance, aucun recul par rapport à la fiction. De telle sorte que l’on prend tout en pleine gueule et que la tension ne baisse jamais.

Cuaron s’est donc armé d’un solide projet de mise en scène où l’action est déterminée par des éléments narratifs purement émotionnels. Ce sont vraiment les sentiments des personnages qui les font avancer et les amènent à prendre des décisions déterminantes par la suite. Ce qui est admirable est que sa caméra compose un véritable reportage de guerre. Une caméra embarquée soumise aux aléas de l’intrigue et qui souligne l’absence totale d’emprise des personnages sur l’action comme la perte de repères généralisée de ce monde qui s’offre à nous. Et valeur ajoutée, on n’a pas droit au « hand-shaking » habituel, procédé qui pour figurer une action chaotique secoue la caméra dans tous les sens, de telle sorte que l’action devient incompréhensible ! Les fils de l’homme doit s’apprécier dans sa globalité. On ne peut se limiter à une approche purement esthétique sans risquer de passer à côté d’une réalisation qui fait sens. Tout le monde s’est ainsi très justement extasié devant la virtuosité, la fluidité des plans séquences émaillant le film. Notamment lors de l’attaque de la voiture des héros traversant une forêt. Cette manière de filmer n’est jamais gratuite et ostentatoire. Cuaron n’est pas du genre à produire ce genre d’effet juste pour épater la galerie. Non, c’est bien dans le but de donner une réelle unité à l’action filmée pour souligner par contraste le chaos ambiant. Et que ce soit dans cette séquence admirable ou durant tout le film, le but est clairement d’aboutir à la rencontre du premier plan avec l’arrière plan. Beaucoup de scènes impliquant Owen le montrent au premier plan, impassible tandis que le second plan explose - la scène inaugurale du café - ou s’anime - la scène presque onirique où suivant une biche dans les travées d’une école délabrée, il voit à travers une fenêtre brisée la jeune femme enceinte, dernier espoir de l’humanité, faire de la balançoire. Subtilement, Cuaron figure que tout l’enjeu réside dans la réunion de ces deux mondes « parallèles ».

Un dernier mot sur les effets spéciaux. Aussi invisibles soient-ils, le film en est pourtant truffé. Mais une fois encore pas d’esbroufe visuelle. De simples modifications de décor ou des rajouts d’explosions, cela reste de petites touches qui permettent de crédibiliser un peu plus les lieux d’action et donc l’histoire. Lors de la scène d’accouchement, la tension et le jeu des acteurs sont tels qu’il est impossible de se rendre compte du subterfuge utilisé pour créer l’enfant par le biais d’un ordinateur. Encore une preuve irrémédiable que tous les effets sont au service du récit.

Si la trame narrative n’a rien d’original, en d’autres mains elle aurait été réduite à sa plus simple expression afin de laisser libre cours à l’action. Soit ce que ce cher Michael Bay réussit parfaitement à faire avec The island. Mais Alfonso Cuaron a su transcender son matériau de base pour faire un film formellement abouti et émotionnellement très riche. Assurément un des films les plus sous-estimés de l’histoire et qui deviendra au fil du temps (il faut l’espérer) une véritable référence en la matière.

Commentaires sur le film

5 etoiles

coups de coeurCoup de coeur !

Cuaron nous offre un film profond et perturbant sur un monde bouleversé au niveau de ses structures et de sa stabilité. Les films de cette qualité sont rares et on a toujours un grand plaisir à les découvrir. Si vous n’avez pas encore vu Les fils de l’homme, vous savez ce qu’il vous reste à faire.

22 septembre 2008 à 16:09 | Par Haddonfield
1 etoiles

30 avril 2009 à 13:04

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