Critique de film

Je suis un cyborg

"Saibogujiman kwenchana"
affiche du film
  • Genre : Science-fiction, Drame
  • Année de production : 2006
  • Scénaristes : Park Chan-Wook, Jeong Seo-Gyeong
  • Acteurs : Lim Su-jeong, Rain, Choi Hie-jin
  • Réalisateurs : Park Chan-Wook
  • Pays d'origine : Corée du Sud
  • Durée : 1h45
  • Musique : Yeong-wook Jo
  • Bande annonce
  • Récompenses : Baek Sang Award du Meilleur nouvel acteur (Rain) en 2007
    Prix Alfred Bauer au festival de Berlin en 2007
    Prix du Meilleur scénario à Sitgès en 2007
    Prix Spécial du Jury à Fantasporto 2008

Internée, une jeune fille est persuadée d'être un cyborg, elle refuse donc de s'alimenter, préférant sucer des piles… Un garçon va tomber fou amoureux d'elle et tenter de la ramener vers le réel...

Les critiques à propos de ce film

Critique de I’m a cyborg but that’s OK - La nouvelle folie de Park Chan-Wook
Par : Quentin Meignant
Tags : Asiatique, Psychologique

Entamer un film signé Park Chan-Wook est quelque chose de particulier. En effet, le réalisateur coréen a toujours l’art de surprendre (Old Boy) ou de charmer (Sympathy for Mr. Vengeance) son public. Ainsi, lorsqu’on s’apprête à débuter la vision de l’un de ses films, on sait d’avance que quelque chose va se passer, que le génie du divin Coréen va encore nous prendre aux tripes, nous chambouler, révolutionner notre position par rapport au septième art.

C’est donc presque sans surprise que Chan-Wook nous trouble dès les premiers instants d’I’m a cyborg but that’s OK, film qui a remporté une mention spéciale du jury à Fantasporto en 2008 et le prix du meilleur scénario à Sitges en 2007.

Au vu des premières images, il faut bien avouer qu’il est impossible de ne pas charmer tous les jurys de la Terre : Chan-Wook nous plonge directement dans la folie des différents protagonistes avec un feed-back raconté par la maman folle d’une fille qui l’est tout autant.

On assiste dès lors à une scène totalement incroyable où cette dernière se branche sur une prise de courant, histoire de se recharger. Là où la mutilation et l’électrocution auraient pu être bestiales sans apporter pour autant de l’eau au moulin (faut dire, eau et électricité ne font pas bon ménage), le réalisateur préfère prendre du recul en nous montrant juste la folie de son personnage à distance. Cette scène d’une puissance exceptionnelle n’est qu’un avant-goût du régal qui nous attend : la jeune fille internée fait connaissance avec son nouvel entourage d’une manière qui ne peut que nous pousser à rire.

Entre la description des pathologies de chacun, la mythomanie et la boulimie d’une des gentilles tarées et les accoutrements d’autres, Chan-Wook tape là où il faut ! Les dialogues, véritable pierre angulaire de l’œuvre, sont d’une finesse hors du commun.

Ainsi, les histoires de la mythomane qui présente chaque membre de l’institution à l’héroïne créent une ambiance vraiment surréaliste qui va grandissant. Cette ambiance est encore renforcée par ce jeune homme masqué (il est déguisé en lapin) qui tape directement dans l’œil de Young-Goon.

L’ensemble du film transpire alors la folie ambiante. Contrairement aux autres œuvres du genre qui nous placent en observateurs de la folie de quelques personnages, Chan-Wook nous englobe, nous fait participer aux délires de ses protagonistes. On se prend alors à rêver comme eux, à espérer une jolie fin, à souhaiter à tout ce petit monde totalement fou de vivre heureux. On se rend compte de tout ceci au moment où Young-Goon se décide à essayer de guérir suite aux insistances de son nouvel amoureux. Cette séquence terriblement chargée en émotions intenses apporte un côté romantique véritablement agréable à l’œuvre. Sans être lourd une seule seconde, Chan-Wook sera donc parvenu à introniser un peu d’eau de rose dans son film sans en dégoûter pour autant les amateurs de cinéma de genre.

Maniant à merveille la poésie lors de chaque instant qui s’y prête, le réalisateur coréen nous régale avec des vision d’un surréalisme divin. Ces visions, souvent présentées sous forme de rêves, donnent l’impression d’être des tableaux de grands maîtres qui ont pris vie. A la manière des plus grands (dont il fait dorénavant partie), Chan-Wook a su accorder le travail exceptionnel de son photographe (Jeong-hun Jeong) et l’immense œuvre de son compositeur musical (Yeong-wook Jo).

Malgré un final un peu lent qui n’apporte plus grand-chose (on suppose qu’il ne voulait pas terminer sur un happy end vraiment trop cliché), le film de Park Chan-Wook est une véritable petite merveille. Ce métrage est d’une poésie rare et inégalée. Après avoir choqué avec Old Boy, le réalisateur coréen nous fait rêver avec ce film inoubliable ! A voir absolument !

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