Le Cinéma Fantastique au bout des doigts. Cinéma Fantastique vous propose une critique jeune des films les plus vieux au plus récents traitant du fantastique dans sa globalité. Horreur, gore, fantômes ...
Jackie travaille comme opératrice pour une société de vidéosurveillance. Tous les jours, elle observe une petite partie de Glasgow et protège ainsi les gens qui mènent leur vie sous ses yeux. Un jour, un homme apparaît sur son écran de contrôle, un homme qu'elle ne pensait jamais revoir un jour, un homme qu'elle ne voulait plus jamais revoir. Désormais, elle n'a pas le choix, elle doit lui faire face.
Red Road est le premier long métrage de la réalisatrice Andrea Arnold davantage habituée au format court puisqu’on lui doit notamment Dog et Wasp, deux courts-métrages dramatiques. Intrigant sous de nombreux aspects, Red road se situe dans la lignée des films du Dogme 95 ou des expérimentations de Five obstructions de Lars von Trier. Le métrage est en fait le premier volet d’une trilogie explorant des personnages récurrents créés par Lone Scherfig et Anders Thomas Jensen. Pourtant, Red road se suffit à lui-même et dispose d’assez de matière que pour subsister par sa seule force, comme le prouvent les nombreux prix glanés par l’œuvre.
Le personnage principal du film est Jackie Morrison, jeune femme torturée qui surveille les habitants de Glasgow durant toute la journée devant des écrans de télé en circuit fermé. Se rassurant en contemplant les petites vies dramatiques des gens qu’elle ne connaît pas, Jackie est prise dans un train-train consternant, semblable à celui que vit la majorité des individus. Pourtant, un jour tout bascule. Elle suit attentivement un homme qui s’en va dans un coin obscur fricasser avec une donzelle. Cet homme, elle le connaît, c’est indubitable. Elle souffre même de le connaître, bien que la raison de cette blessure ne nous soit dévoilée qu’en fin de métrage. Souhaitant se rapprocher de lui, elle se met à le suivre dans la rue…
Le caractère social de ce thriller dramatique ressort tout particulièrement en première partie de métrage. Jackie, enfermée devant ces téléviseurs retransmettant les images des rues de Glasgow, suit un agréable petit feuilleton en observant jour après jour les faits et gestes de chacun des badauds. Tout en se rapprochant de ces individus étrangers (qu’elle peut toucher ou rencontrer parfois comme pour se mettre en scène), Jackie s’éloigne d’elle-même. Le métrage garde longtemps cette perspective fermée sur l’héroïne, nous la montrant retirée du monde sans jamais nous révéler les causes de ce repli, de cette isolation. La clé du mystère se situe en Clyde, ce jeune homme qu’elle observe obstinément. Dès lors, le film prend une autre tournure et adopte un nouveau regard, ne se confinant plus à nous exposer le quotidien de Jackie mais effectuant un glissement subjectif plus profond. Nous sommes désormais à l’intérieur de Jackie, nous poursuivons également ses démons…
La deuxième partie du métrage prend une tournure davantage dramatique, explorant les bas-fonds d’une Glasgow rongée par la vermine. Vermine personnifiée par Clyde et ses amis, des jeunes banlieusards en plein mal-être qui survivent plus qu’ils ne vivent. La vision sociologique éclatée du départ (se centrant sur le commun des mortels) rétrécit considérablement au point de ne plus prendre comme point d’appui que cette couche sociale déconsidérée. Image terne et points de vue subjectifs finissent d’engourdir l’optimiste du spectateur avant de l’assommer complètement grâce à une résolution très bien ficelée.
Film noir et intimiste, Red road comporte tous les aspects « dogmatiques » des métrages de von Trier (le film ressemble très fort au Breaking the Waves du Danois). Pas étonnant pour ce métrage anglo-danois qui signe l’envolée future de sa réalisatrice…
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