Le Cinéma Fantastique au bout des doigts. Cinéma Fantastique vous propose une critique jeune des films les plus vieux au plus récents traitant du fantastique dans sa globalité. Horreur, gore, fantômes ...
Yoshimi Matsubara est divorcée, elle vit avec sa petite fille de 5 ans, Ikuko, en se battant chaque jour : pour retrouver un travail, pour obtenir un logement décent, pour conserver la garde de son enfant. Parfois au bord de la crise, Yoshimi trouve en Ikuko la force de s'en sortir. Elle pense voir enfin le bout du tunnel lorsqu'elle trouve un nouveau travail et un nouvel appartement. Pourtant elle va bien vite déchanter, car d'étranges phénomènes ne vont pas tarder à se manifester, juste au dessus de chez elle. Des fuites d'eau, des taches au plafond... et une mystérieuse présence, pareille à une ombre, comme une petite fille... au visage sombre.
Révélé au grand public par Ring (primé auBIFFF 1999), confirmé par le succès de Ring 2, Hideo Nakata n’a pas éprouvé trop de difficultés pour financer son projet suivant : Dark Water. Bénéficiant d’un budget de 4 millions d’euros et étant presque certain d’un succès au box-office, le réalisateur japonais n’avait plus qu’à laisser libre cours à son talent afin de nous époustoufler une fois de plus !
Dès sa sortie, Dark Water fit donc l’objet de l’attention unanime des critiques internationale et remporta une fois de plus une
récompense au BIFFF. Peu de réalisateurs se sont montrés capables de briguer des prix au Festival de Bruxelles (seul Natali compte deux victoires avec Cube et Cypher !), cela tenait donc véritablement de la gageure et, pourtant, Nakata y est parvenu.
L’ambiance claustrophobique qui se dégage de l’œuvre y est sans doute pour beaucoup. Un peu à la manière de ce que Tsai Ming-liang était parvenu à inspirer avec son sublimissime et envoûtant Dong (The hole), Nakata joue avec la pluie et avec nos cœurs.
L’humidité ambiante et cette sensation d’enfermement dégagent une puissance telle que l’on se sent perturbé et que, même si on ne peut pas avancer que le spectacle est véritablement au rendez-vous, notre cœur bat tout de même à la chamade.
On sent d’emblée que le réalisateur japonais a bien plus travaillé sur la forme que sur le fond de son histoire, ce qui fait que l’intrigue en elle-même passe presque pour anecdotique à côté de la grande
réussite que constitue notamment la photographie.
Multipliant de longs plans fixes ne subissant aucune perturbation, Nakata a vraiment voulu nous faire bénéficier de sa grande expérience au point de vue du formel et de l’esthétique. Les images, un rien jaunies, laissent le temps d’admirer la maîtrise immense du réalisateur.
En fait, c’est dès le générique que l’on se rend compte de l’ambiance très particulière instaurée par Nakata : on ne voit rien de terrible mais la musique, accompagnée de sifflements malsains et stressants, prend véritablement aux tripes.
Il en ira de même avec cette bande son exceptionnelle durant tout le film. Les bruits de pluie ajoutent à la confusion ambiante un petit air malsain et offre à Nakata de nous faire découvrir des plans rarement exécutés au cinéma. Ainsi, il est sans doute un des seuls réalisateurs à pouvoir filmer une tache d’humidité pendant une minute sans
provoquer l’ire des spectateurs !
C’est à ces derniers à se faire leur propre raisonnement par rapport à l’œuvre : Nakata ne donne aucune clé pour comprendre ! Ce qui aurait pu être un énorme défaut se transforme en fait en idée géniale grâce à une poésie (presque) finale parfaitement montée qui laisse planer complètement le mystère. Il est clair que Dark Water n’est pas un canon du genre au niveau de l’intrigue mais c’est avec un plaisir non-dissimulé que nous nous devons d’admirer cette œuvre terriblement réussie à bien des points de vue et totalement en décalage avec le reste du cinéma de genre ! Un vrai bonheur ! A consommer néanmoins avec une certaine modération (il ne faudrait pas devenir fou non plus !)
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