Le Cinéma Fantastique au bout des doigts. Cinéma Fantastique vous propose une critique jeune des films les plus vieux au plus récents traitant du fantastique dans sa globalité. Horreur, gore, fantômes ...
La belle et fantomatique Hee-jin s’occupe d’îlots de pêche au beau milieu d’un site naturel idyllique. Silencieuse, elle accueille les clients et survit en vendant de la nourriture et des boissons durant la journée et en se prostituant occasionnellement la nuit. La paisible atmosphère du lieu va être perturbée par l’arrivée d’un homme en cavale. Hyun-shik a tué sa femme et cherche dorénavant un endroit pour disparaître et oublier sa peine. La souffrance de cet homme intrigue Hee-jin. Entre eux se noue une relation d’amour-haine aussi étrange que destructrice…
Récompensé à Venise, Porto, Bruxelles et ailleurs, le quatrième film de Kim Ki-Duk est celui de la reconnaissance internationale. Une distinction bien méritée pour l’un des talents coréens les plus étonnants qui soient.
Explorant comme à son habitude les relations amoureuses entre des personnages égarés, le réalisateur livre là un film bien étrange qui a dû décontenancer plus d’un spectateur. Cet ovni contemplatif et sulfureux laisse en effet une bien drôle de sensation à l’issue de sa vision. Incompréhension, dégoût, admiration ou profond ennui pour certains, il ne laisse en tous cas pas indifférent.
Il faut dire que Kim Ki-Duk a l’art de flirter avec les tabous. De même, le cinéaste n’aime pas être catégorisé. Cela se sent. The Isle n’appartient véritablement à aucun genre, si ce n’est celui de la tragédie humaine livrée ici sous forme de métaphore. Les relations sont ambiguës, les deux protagonistes entretenant une passion charnelle puissante qui ne s’épanouit pleinement qu’après un acte de mutilation corporelle. Les deux principales scènes exprimant cela sont à ce propos presque insoutenables, les parties du corps lacérées exprimant clairement une forte frustration sexuelle. Les comportements des personnages et plus particulièrement le mutisme de Hee-jin expriment également un profond désespoir.
L’attitude de cette dernière devient même carrément surréaliste et effrayante lorsqu’elle surgit des flots tel un fantôme. Elle est devenue le spectre de cette petite communauté de pêcheurs, l’esprit qui fait jouir et souffrir les hommes qui la fréquentent. Mais Hyun-shik est lui aussi pas mal dans son genre. Et la femme, l’observant même pendant ses ébats avec une prostituée, trouve en lui le parfait alter ego. Ces deux-là sont faits pour
s’aimer et donc se détruire. Une destruction dont résulte une surprenante fusion, unissant l’homme et la femme dans la mort et le plaisir dans un plan final saisissant.
Des films qui détiennent une pareille beauté intrigante et une atmosphère aussi indicible, il y en a véritablement peu. On y adhère ou pas. Mais si on se laisse envoûter, on risque d’être marqué comme jamais. Excellent.
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