Critique de film

Aragami

"Aragami"
affiche du film

Dans le Japon ancien, échappant à leurs ennemis, deux samouraïs blessés échouent dans un temple perdu au beau milieu des montagnes. De jeunes et séduisantes femmes les accueillent. L'un des deux hommes meurt. L'autre est soigné par un mystérieux hôte, qui se révèle être Aragami, créature qu'il va devoir assassiner pour pouvoir quitter le temple...

Les critiques à propos de ce film

Critique de Aragami - Zzzzzzzz...
Par : Damien

En 2003, le producteur Shinya Kawai lance un défi aux deux réalisateurs japonais Ryuhei Kitamura et Yokihiko Tsutsumi après la remise de leurs courts métrages en un temps record. Les deux réalisateurs devront se livrer un duel de réalisation en respectant chacune des cinq règles édictées : tournage en un lieu unique, une semaine de tournage, deux acteurs principaux qui se livrent un duel dont l’un des deux meurt, tout cela pour un budget très peu conséquent. Les dés sont lancés et chacun se met à l’œuvre : Tsutsumi livrera 2LDK tandis que Kitamura donnera naissance à Aragami.

Le Duel Project 1 (Aragami) respecte scrupuleusement les conditions données. L’écriture du scénario est faire en une semaine et le tournage prend autant de temps. Toute l’action est concentrée en un lieu unique (un temple isolé), dans un temps unique (une longue nuit) et met aux prises deux personnages centraux qui luttent l’un contre l’autre. On voit poindre à l’horizon les vieilles leçons apprises sur le classicisme littéraire qui imposait aux représentations théâtrales un thème dramatique (la tragédie) condensé en une seule intrigue (unité d’action), dans un seul lieu (unité de lieu) et dans un temps minime (unité de temps). A ces trois règles venaient s’ajouter une quatrième nommée règle de bienséance assez bien respectée ici par Kitamura qui, malgré un seul épisode trash avec une main coupée, reste tout de même très éloigné des effusions de son Versus, l’ultime guerrier.

Il est d’ailleurs assez intéressant de comparer les deux œuvres du réalisateur. Autant l’une était centrée sur une action incessante et sur des exagérations tant rythmiques que visuelles, autant cet Aragami est marqué par l’inexistence de toute action (sauf dans sa dernière partie) et par la sobriété de ses images.

Le manque d’action ne se fait pas au service de l’art dans ce métrage réalisé à l’emporte-pièce. Il dessert plutôt le film qu’il ne le sert. Dès lors, celui-ci ne devient plus qu’un condensé indigeste de verbiages en tous genres. Certes, les conditions de ce défi absurde imposaient une restriction totale de l’intrigue. Certes, le réalisateur n’a pas eu le temps de peaufiner davantage son métrage pour lui donner l’allure qu’il aurait souhaité. Certes, l’expansion des ces dialogues incessants permet d’installer un climax assez étouffant (renforcé par le huis clos de ce lieu sublime). Mais, en définitive, malgré le caractère intéressant de certaines répliques que l’un et l’autre échangent, la partie dialoguée prend trop de place au détriment de l’action qui s’annonce.

En ce sens, Versus l’ultime guerrier est l’antagonisme parfait de cette œuvre. Dans Versus, de rares dialogues venaient ponctuer de longues séquences d’action, permettant au spectateur de souffler quelque peu. Dans Aragami, les très longs bavardages sont trop rarement entrecoupés par des scènes de combat très bien orchestrées mais dont on peut regretter la petitesse. Pire, Kitamura prend un malin plaisir à annoncer cette action future dans les dialogues savoureux échangés entre Aragami et le jeune samouraï. Sans cesse, les conditions du combat à venir sont dressées : on s’explique, on se lance des piques, on se rappelle constamment qu’on va en venir aux mains, on présente toutes les armes. Et il faut finalement attendre plus de cinquante minutes avant que les choses ne commencent à bouger.

A cet instant, on se dit que notre attente est récompensée grâce à une lutte très bien chorégraphiée. Mais ce ne sont que louvoiements puisque ledit combat dure à peine quelques minutes et se ponctue par un stratagème à la Wachowski brothers.

Personnellement, je préfère largement le Versus amphétaminé à l’Aragami sous Valium. Ou, si on s’amuse à poser son jeu et à miser davantage sur l’intellect, qu’on ait au moins quelque chose à raconter…

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