Critique de film

Cannibalis: Au pays de l'exorcisme

"Il Paese del sesso selvaggio"
affiche du film

John Bradley, un journaliste photographe en voyage dans la jungle thaïlandaise, est capturé par une tribu de cannibales sauvages. Réduit à l'état d'esclave, il subit les pires humiliations comme autant de rites de passage. Bientôt, l'amour que lui porte une jeune sauvageonne, fille du chef du clan, va lui permettre de se faire accepter par la tribu. Très vite le mariage est célébré... Malheureusement, l'attaque d'une tribu rivale rendra sa femme aveugle. Il doit alors faire un choix entre sa vie civilisée et le nouvel homme qu'il est devenu.

Les critiques à propos de ce film

Critique de Cannibalis - Le premier monde cannibale
Par : Damien Taymans
Tags : Cannibales, Aventure

John Bradley, un journaliste-photographe, accessoirement mufle et goujat, en voyage dans la jungle thaïlandaise, se fait capturer par une tribu de sauvages qui le prennent pour un poisson à cause de sa combinaison (fait pas bon être une drag queen dans la jungle) et le malmènent à outrance. Au fil du temps, John va tenter de s’adapter au style de vie des sauvageons en culotte très courte (ça frise l’indécence) en vivant une amourette avec la plus jolie fille du village (qui n’en compte pas beaucoup non plus, faut dire)…

Umberto Lenzi, que ses films de cannibales ont rendu populaire dans le cinéma de genre, est un réalisateur éclectique. A l’instar de ses collègues du cinéma italien bis, le jeune homme se cherche cinématographiquement parlant (loin de moi l’idée de m’attaquer à l’hétérosexualité du bonhomme). Ainsi, le maestro est à la tête d’une filmographie pour le moins diversifiée composée de gialli, de westerns, de comédies et de films d’aventures. Précurseur de l’épopée filmique que Lenzi va aborder sur les anthropophages, Cannibalis n’est pourtant rien d’autre qu’un film d’aventures supplémentaire dans le parcours de l’Italien.

Préfigurant le très proche Dernier monde cannibale de Deodato, le métrage propose une trame aventureuse on ne peut plus simpliste en se focalisant sur l’intégration sociale d’un étranger au sein d’une tribu autochtone et sauvage. Largement pompé sur Un homme nommé cheval d’Elliot Silverstein réalisé deux ans plus tôt, Cannibalis suit les tribulations d’un Américain parti en conquérant dans une jungle dangereuse qui se fond, la queue entre les jambes, dans le paysage qui l’entoure afin d’éviter quelques sévices corporels exotiques. En guise de tortures, le journaleux ne doit subir que de maigres épreuves telles que rester exposé au soleil (un teint hâlé gratos, ça vous dit ?) ou de tourner sur lui-même à l’intérieur d’un cabanon pendant que de sales indigènes lui lancent des fléchettes, s’offrant du même coup un stand de Foire du trône pour quelques clopinettes.

Heureusement, les sévices ne sont que de courte durée et notre bon John jouira même de la possibilité de forniquer avec la plus belle fille de la tribu qui se trouve être en sus la fille du chef (interprétée par l’inévitable Me Me Lai). Dès lors, le métrage plonge dans le sentimentalisme fiévreux, en mettant en ostentation de magnifiques scènes hollywoodiennes de courses main dans la main sur une plage déserte ou de roulage pré-coïtal dans la farine, préliminaire favori de Jean-Pierre Coffe.

D’ici à là, quelques éléments constitutifs de ce qui composera le cannibal movie se mettent doucement en place. Quelques scènes de maltraitances animalières (une chèvre égorgée, un crocodile tué vivant), une séance de viol inutile et une toute petite séquence de cannibalisme (assez soft de surcroît) viendront jalonner ce film d’aventures arythmique qui n’a d’autre prétention que de réhabiliter un mythe du bon sauvage déjà trop souvent évoqué.

Cannibalis n’est rien d’autre qu’un film d’aventures dépourvu d’action (quel comble !) qui préfigure assez maladroitement un genre largement plébiscité par le cinéma bis transalpin des eighties.

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