Le Cinéma Fantastique au bout des doigts. Cinéma Fantastique vous propose une critique jeune des films les plus vieux au plus récents traitant du fantastique dans sa globalité. Horreur, gore, fantômes ...
Depuis quelques temps, Heather Langenkamp reçoit de terrifiants coups de fil anonymes. Son fils Dylan se comporte bizarrement et ne cesse de parler d'un homme qui vient le chercher quand il dort. Pour Heather, Freddy, que tous croyaient mort et enterré, est bel et bien vivant !
Hormis le Kenny McCormick de South Park, rarement personnage de fiction ne se sera montré aussi coriace que Freddy Krueger, boogeyman immortel et martyr parmi les martyrs. New Line ménage si bien sa poule aux œufs d’or que les producteurs décident d’offrir au personnage sa sixième résurrection après autant de tentatives de l’enfouir durablement six pieds sous terre. Rachel Talalay venait à peine de le renvoyer ad patres voici trois ans que Bob Shaye décide d’exhumer à nouveau le monstre ganté avec l’aide de son géniteur officiel, Wes Craven, et de sa camarade de jeu favorite, la délicieuse Heather Langenkamp. Roublard, Craven s’appuie sur la mise en abyme pour redorer le mythe qu’il avait enfanté et qui s’est vu, d’épisode en épisode, complètement perverti.
Pour son retour, Krueger interprété par lui-même à en croire le
générique, crève littéralement l’écran et s’invite dans le monde réel. Sa proie ? L’indéboulonnable Heather Langenkamp qui a refusé de se confronter sur l’écran au croquemitaine ; ce dernier n’a d’autre recours que de pénétrer la réalité pour hanter sa première conquête (il lui refait d’ailleurs le coup de la langue à travers le téléphone pour consacrer leur union). La Belle et la Bête entrent dans un jeu du chat et de la souris avec pour objet de discorde le petit Dylan dont les terreurs nocturnes sont le terrain de jeu privilégié du croquemitaine.
Au-delà de cette énième course-poursuite entre l’héroïne et sa némésis, Freddy sort de la nuit (sobrement intitulé New nightmare, ce qui évite de promettre une nouvelle fin) séduit par la confusion qu’il entretient entre le monstre et l’interprète (Robert Englund, en plus de camper Krueger nouvelle génération, y joue son propre rôle) ainsi qu’entre le créateur et la créature (Craven/Krueger) et, par extension, entre le mythe et la réalité. Échappant à toute emprise, devenu démiurge immortel et intemporel donc insaisissable, Krueger se réincarne par la grâce d’un scénario imaginé par son géniteur qui définit ligne après ligne tous les détails du cauchemar éveillé d’Heather. Craven fait fonctionner à plein régime le gimmick de l’œuvre maudite modelant dans le réel l’existence de ceux qui la composent (aucun acteur ne peut se départir de la ligne narrative déroulant sur l’ordinateur du scénariste) et maintient son œuvre dans le même déséquilibre ambiant que celui qui nimbait L’antre de la folie (et Cigarette burns, imitation en modèle réduit) de Carpenter, figure de proue en la matière. New nightmare, en s’appuyant sur des éléments véridiques (les coups de fil et lettres de fans se faisant passer pour Krueger), délivre un climat de paranoïa qui dépasse le cadre même de l’œuvre et gangrène le spectateur meurtri par tant de réalisme et de paradoxes ("Où est passé le vrai Robert Englund ?").
Le croquemitaine réalise un retour doublement gagnant qui consacre autant sa résurrection cinématographique (bien que, depuis, son affrontement avec Jason Vorhees et le remake de ses frasques ont de quoi laisser pantois) que son accession au rang de mythe suprême. Craven boucle la boucle : d’un personnage réel aperçu pendant son enfance, il érigeait un monstre voici vingt ans ; désormais sa création se matérialise et devient acteur de sa propre destinée. Le cauchemar n’en est que plus effrayant...
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