Le Cinéma Fantastique au bout des doigts. Cinéma Fantastique vous propose une critique jeune des films les plus vieux au plus récents traitant du fantastique dans sa globalité. Horreur, gore, fantômes ...
Horace Pinker, criminel particulièrement sanguinaire, est enfin retrouvé par la police, grâce aux rêves prémonitoires d'un jeune garçon. Condamné à la chaise électrique, Pinker attend sans angoisse l'exécution de sa peine. En effet, il sait pouvoir résister à une charge de 200.000 volts...
Alors qu’il est en train de tourner L’emprise des ténèbres, puissant retour aux sources haïtiennes de la mythologie zombiesque, Craven entend parler de The Hidden de Jack Sholder, dont le thème est la lutte contre un alien qui prend possession d’êtres humains et qui est capable de se transférer de corps en corps. Le synopsis réactive dans
l’esprit de Craven le souvenir de Dream Stalker, un projet avorté de série télévisée, initialement prévu pour le compte de la Fox. Jugé trop violent et trop noir par la major, le concept de la série mariait pourtant à merveille les genres thriller et fantastique. Sorte de Millenium avant-gardiste, Dream Stalker s’appuie sur un jeune héros qui possède des dons de médium et établit un lien télépathique avec le tueur, capable de prendre possession du corps de ses victimes et de contrôler leur champ électro-magnétique.
Wes Craven reprend alors les idées essentielles de son projet tombé aux oubliettes et les injecte dans un script qu’il intitule No More M. Nice Guy. Le scénario décrit les crimes atroces d’Horace Pinker, un tueur en série surnommé « le tueur des familles » qui use de sa uniforme de réparateur télé pour amadouer ses futures victimes et sévir en toute impunité. Alors qu’il s’apprête à décimer une nouvelle maisonnée, Pinker est dérangé par Jonathan Parker, le rejeton de la maison, qui atterrit sur les lieux durant son rêve. A son réveil, Jonathan décrit l’assassin à la police qui ne tarde pas à l’appréhender et à l’envoyer sur la chaise électrique. Mais, Pinker, grâce à un cérémonial vaudou, parvient à se dématérialiser et à intégrer le flux électrique. Déçu de son éviction de la franchise des Freddy, Craven s’allie avec Universal et espère faire naître avec Shocker une nouvelle saga sur laquelle il garderait l’emprise totale. D’ailleurs, Pinker n’est pas très éloigné de Krueger. Les deux boogeymans assassinent pour le plaisir, cultivent la plaisanterie poilante d’avant massacre et utilisent un medium insaisissable pour hanter leurs victimes : les rêves pour Krueger, l’électricité pour Pinker.
Mais, contrairement aux attentes de Craven, Shocker ne récolte qu’un succès modeste lors de sa sortie, insuffisant pour entraîner une suite. Horace Pinker, serial killer cruel et insensible, se montre nettement moins charismatique que son homologue au visage brûlé : le nouveau croque-mitaine, campé par Mitch Pileggi, manque cruellement
d’ingéniosité lors de ses exécutions et, comble de tout, ponctue chacune de ses apparitions de réflexions pataudes qui désamorcent d’emblée toute crédibilité quant à ses pouvoirs maléfiques. De surcroît, le métrage, produit par Alive films, un studio de production qui gère également une succursale musicale, voit sa bande-son polluée par une tonne de chansons hard-rock qui se marient assez mal avec certaines séquences de l’œuvre et achèvent de donner à l’ensemble cet aspect bancal.
Butinant dans le registre psycho-killer pour sa première moitié puis dans celui du fantastique pur et dur, Craven crée un ensemble lourdaud, disproportionné qui souffre des changements de ton (d’autant que le tout est saupoudré d’un sentimentalisme pompeux et lorgne vers le conte merveilleux, à l’instar de nombreuses autres œuvres du cinéaste). Enthousiasmant sur papier, le script se montre nettement moins emballant à l’écran même si quelques moments de bravoure sont à extraire minutieusement de cet ensemble navrant.
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navrant est un mot assez dur non ??