Le Cinéma Fantastique au bout des doigts. Cinéma Fantastique vous propose une critique jeune des films les plus vieux au plus récents traitant du fantastique dans sa globalité. Horreur, gore, fantômes ...
Je me souviens très bien de la première fois où j'ai quitté la maison... J'avais 12 ans et j'étais en classe de 5ème. En plein milieu du semestre, mes parents m'ont transféré dans une nouvelle école. C'est mon père qui cherchait à m'éloigner de la maison, et de lui plus exactement. Cela peut vous sembler curieux, mais moi, cela ne me surprend pas, car je suis le seul à connaître son secret... Etre transféré en plein milieu du semestre, c'est quelque chose de vraiment cruel. Je dois m'habituer à de nouveaux élèves, de nouveaux cours et à un nouveau dortoir dans lequel je ne me sens pas à l'aise. Le pire, c'est le nouveau lit dans lequel je dors. Qui sait combien de personnes y ont dormi avant moi ? Une rumeur dit que pendant des années, il y eut une piscine dans cette école où s'amusaient tous les élèves. Mais elle a fermé le jour où l'un d'entre eux se noya...
En plein milieu d’un semestre, Ton Chatree, 12 ans, est envoyé par son père dans un nouveau pensionnat. Meurtri par cette décision, Ton découvre alors une école austère où planent de nombreux mystères et un passé douloureux à la suite du suicide d’un des enfants. Seul, brimé et incompris par les autres, le nouveau pensionnaire se lie d’amitié avec un autre écolier solitaire. Très vite il se rend compte que celui-ci n’est autre que le fantôme de l’enfant suicidé…
Premier vrai long métrage du Thaïlandais Songyos Sugmakanan, Le Pensionnat est un de ces films qui ne se découvrent pas tout de suite et qui prend le temps de dévoiler petit à petit les renversements scénaristiques de son histoire. Secrets, mensonges et rumeurs se révèlent ou s’annihilent au fil du récit et le réal nous apporte patiemment les morceaux d’un puzzle émouvant.
D’une beauté visuelle asiatique et classique, le film est pourtant sombre à
l’instar de ces filtres aux couleurs ternes et ces décors lugubres d’un pensionnat glauque. Quelques effets spéciaux, pourtant techniquement difficiles, s’insèrent tout naturellement dans le film et nous offrent des scènes parfois émouvantes (l’enfant coulant dans une piscine vide) ou choc (le fantôme d’une jeune fille pendue).
Dès lors, la caméra préfère s’attarder sur Ton Chatree, ce jeune garçon remarquablement interprété tout en pudeur, sobriété et émotion par le jeune Charlie Trairat. Un personnage qui n’est pas sans nous rappeler le sort du petit Carlos dans The Devil’s Backbone (2001) de Guillermo del Toro, dans lequel, là aussi, l’enfant se retrouvait dans un orphelinat isolé, confronté au fantôme d’un ancien pensionnaire et où secrets et mensonges créaient une tension et une atmosphère pesante. Mais là s’arrête la comparaison, car ici nul fantôme revanchard mais plutôt une âme en peine, victime de malentendu et qui va aider Ton à s’émanciper, se dévoiler et s’accepter comme dans un véritable voyage initiatique.
Naviguant entre cinéma d’auteur et film d’horreur, Le Pensionnat est un film touchant et sympathique qui, malgré certaines longueurs et une certaine lenteur, arrivent à nous captiver en distillant subtilement au fil des scènes les clés du mystère de Ton Chatree et de son ami fantôme.
Alors que le cinéma asiatique peine pour l’instant à se réinventer après des années de fastes marquées notamment par les sorties des ghosts Ju-On : The Grudge, Ringu ou Dark Water, deux pays font exception : la Thaïlande et la Corée du Sud. Si cette dernière bénéficie depuis de longues années déjà d’une aura incomparable en Orient, la Thaïlande se retrouve à un poste qu’elle a rarement occupé. Mais avec l’avènement du sublime Shutter de Banjong Pisanthanakun et Parkpoom Wongpoom en 2004, cette industrie du cinéma s’est révélée aux yeux du monde entier. Autre bête de concours, Le Pensionnat de Songyos Sugmakanan sortit dans son pays d’origine en 2006 avant de parcourir le monde au gré des festivals. Sugmakanan, qui n’avait jusque-là réalisé qu’un
court et une comédie, vit son œuvre récompensée à de nombreuses reprises, au point de déclencher un véritable engouement dans les pays visités. Doté d’un pitch assez dramatique, Le Pensionnat avait tout (et peut-être plus encore) pour charmer un public lassé des simples ghosts stories asiatiques devenues curieusement trop formatées. En plein milieu d’un semestre, Ton Chatree, 12 ans, est envoyé par son père dans un nouveau pensionnat. Meurtri par cette décision, Ton découvre alors une école austère où planent de nombreux mystères et un passé douloureux à la suite du suicide d’un des enfants. Seul, brimé et incompris par les autres, le nouveau pensionnaire se lie d’amitié avec un autre écolier solitaire. Très vite il se rend compte que celui-ci n’est autre que le fantôme de l’enfant suicidé…
Le premier élément frappant à l’entame du Pensionnat est sans aucun doute la mise en forme d’un ensemble décidément charmeur. A mi-chemin entre la froideur d’un Dark Water et l’esthétique employée par Guillermo Del Toro sur L’échine du diable, Sugmakanan parvient à mettre en scène un univers tout à fait particulier, à la fois sombre et anxiogène. A ce titre, les décors particulièrement réussis offrent au film un touche proche d’un cinéma auteurisant. Cinéma dont Sugmakanan est proche par le traitement qu’il apporte tant à son intrigue qu’à ses personnages.
A mi-chemin entre drame et
film d’épouvante, l’œuvre donne lieu à de nombreuses séquences poignantes jouant avant tout sur les silences et sur le jeu particulièrement relevé de comédiens pourtant fort jeunes. A ce titre, la prestation de Charlie Trairat offre à elle seule toute la puissance à l’avancée d’une intrigue bien ficelée. Mais, malgré ces éléments encourageants, l’ensemble s’enlise peu à peu au fil des révélations faites au petit héros. Fort proche dans son intrigue d’une Echine du Diable totalement réussie, Le Pensionnat souffre notamment de la dramaturgie trop présente et dès lors de répétitions scénaristiques un peu trop prononcées. Le film est délicat, certes, mais peine à tenir la longueur tant son rythme déprécie au fur et à mesure. Ce qui avait commencé comme un film d’horreur se transforme bien trop en drame à l’imagerie fine, ce qui, quoi qu’on puisse en dire, reste décevant.
Trop auteurisant que pour rester véritablement charmeur, Le Pensionnat fait preuve d’un certain laisser aller horrifique dans sa seconde partie. Malgré une entame parfaite tant sur le fond que le forme, le film de Sugmakanan tire un peu trop sur la corde et se révèle être une création hybride lorgnant un peu trop vers L’échine du Diable. La prestation de Charlie Trairat et une esthétique jamais reniée viennent néanmoins sauver un propos ennuyeux au fil du temps…
Par Thibault Despreaux
Mis à distance par son père, un garçon de douze ans est débarqué dans un pensionnat en plein milieu de son année scolaire. Rapidement récupéré par un petit caïd et sa bande pour participer à leur cérémonial nocturne consistant à s’effrayer d’histoires parfois authentiques. Ce scénario d’initiation a-priori élémentaire empruntera bientôt des voies surnaturelles pour dérouler les fils d’un propos profondément humain.
Cruel et sirupeux à la fois, Le Pensionnat entreprend le parti-pris casse-gueule de faire jouer des enfants, pire, de reposer sur eux. Histoire de fantômes avec les thèmes que cela implique souvent (regrets, culpabilité, nostalgie et lot de souffrances oubliées accompagnées de leurs stigmates mélancoliques...), ce premier long du thaïlandais Sugmakanan [pas de nouvelles depuis] plonge dans une ironie inquiétante : l’équation, malaisée, fonctionne pourtant parfaitement.
Loin de l’attitude révérencieuse toute nippone connue dans le registre, quitte à quelques accès premier degré bien marqués mais empreints d’une tendresse amusée, Le Pensionnat fait illusion sur tous les genres qu’il épouse. Le film a les défauts de ses qualités et s’il manque de distance, le réalisateur confessant clairement ici
impliquer ses propres souvenirs et expériences, jamais il ne sacrifie son ton au charme si particulier. Filmé à hauteur d’enfant et lui-même assez candide, Le Pensionnat est en état de mue permanente, à l’instar de ses personnages, sonnant d’abord comme d’habiles pastiches avant de révéler leurs âmes plutôt qu’un twist malin.
Bien qu’à contre-courant de tout un mouvement post-Ring, Le Pensionnat est somme toute de facture classique, enclin lui aussi au recours à quelques tableaux oniriques et petits effets de tension. Mais ici jamais leur emploi n’est gratuit, le film, brouillon et sincère, ne recherchant pas l’effet de manche, aimant à s’offrir nu. Sa sensibilité, si elle ne lui permet pas d’éviter quelques maladresses inhérentes à son atmosphère indécise, fait toute la différence.
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