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Tom Stall, un père de famille à la vie paisiblement tranquille, abat dans un réflexe de légitime défense son agresseur dans un restaurant. Il devient alors un personnage médiatique, dont l'existence est dorénavant connue du grand public...
Tom Stall, un père de famille à la vie paisiblement tranquille, abat dans un réflexe de légitime défense son agresseur dans un restaurant. Il devient alors un personnage médiatique, dont l’existence est dorénavant connue du grand public...
Avec ce film, Cronenberg se lance dans une voie plutôt conventionnelle, pour un réalisateur à la filmographie assez atypique. Beaucoup lui prévoyaientt un impact sur sa carrière similaire à celui qu’a eu Une histoire vraie sur celle de David Lynch. Pourtant, A history of violence s’insère parfaitement dans la filmographie de Cronenberg, qui opère un virage somme toute assez logique.
A history of violence est l’adaptation d’un "graphic novel", comprenez bande dessinée pour adultes. Cronenberg se réapproprie l’intrigue pour lui adapter ses thèmes récurrents. Le film offre deux niveaux de lecture.
En premier lieu, il offre l’occasion à Cronenberg d’analyser le microcosme familial de l’américain moyen vivant dans une petite ville. Abordant le genre du western, Cronenberg livre donc une réflexion parallèle sur le rêve américain et la violence. Son personnage principal, Tom Stall (excellent Viggo Mortensen), est en plein "American dream" : père de famille honnête et aimant doublé d’un commerçant apprécié, femme charmante et épicée juste ce qu’il faut, enfants typiques, maison avec jardin ... le portrait idéal de la famille américaine moyenne. Puis survient l’acte héroïque, la reconnaissance et ses conséquences. Sa nouvelle notoriété lui vaut d’être reconnu par des anciens employeurs pas très recommandables ... A moins qu’il ne s’agisse d’une confusion ? Toujours est il qu’ils décident d’envoyer quelques sbires lui rendre visite, en tête desquels on retrouve le très charismatique Ed Harris. La tranquilité apparente n’était qu’un leurre. C’est la fin du rêve américain. Tom Stall va tenter de protéfer les siens, de préserver sa famille, la terre de l’américain moyen dans tout ce qu’elle a de sacré. Voilà pour la dimension westernienne du récit.
L’approche demeure classique, certes, mais n’oublions pas qu’il s’agit d’un film de Cronenberg. Faisant fi des conventions du genre, il évacue relativement vite tout suspense pour se concentrer sur son propos. Le réalisateur préfère parler de ses thèmes de prédilection. Sa fascination pour les doubles personnalités et l’idée de contamination (tant morale que sexuelle) trouve dans cette étude comportementale un terreau fertile. Le cinéaste se livre à une réflexion poussée sur la violence, en tant que concept, non en tant que représentation. Ainsi, il évite d’habiller son film d’une esthétique pesante, et refuse toute utilisation d’artifices visuels, au travers d’une réalisation sobre mais diablement efficace et élégant. Ce qui l’intéresse c’est d’analyser la violence dans ce qu’elle a
d’horrible et de malsain, mais surtout dans ce qu’elle a de fascinant, d’inexorable. Cronenberg pointe du doigt le fait qu’elle soit ancrée en l’homme à un degré inimaginable. La violence fait partie intégrante de la nature humaine, et comme dit le proverbe : "chassez le naturel, il revient au galop." Son film prend alors une autre dimension. Dès le moment où le spectateur découvre les prédispositions de Tom Stall à tuer, il ne peut qu’assister à la contamination du héros et de son entourage par le mal. Pris dans une spirale infernale contre laquelle il est impossible de lutter, il finit par s’abandonner totalement au mal qui le ronge, comme dans cette scène de sexe dans les escaliers, véritable point d’orgue du film, où Tom Stall prend violemment sa femme. Là où il tente de retrouver une conjugalité vascillante, elle assume ses penchants inavouables pour la monstruosité. La scène se charge d’une intensité et d’une ambivalence époustouflantes. La révélation du mal occulté qui caractérise tout système basé sur l’utopie et le mensonge se conclut inéluctablement par l’explosion de la violence latente. Après çà, rien ne sera plus pareil. Non, définitivement, pour Tom Stall, c’est la fin du rêve américain.
Ce film ténébreux est un des films les plus ambitieux de Cronenberg, d’autant plus subversif que sa structure semble linéaire et classique. Déroutant ainsi une partie des fans du réalisateur, A history of violence présente un Cronenberg très malin, à défaut d’être provocateur. On pourrait même dire de ce film qu’il est un des plus pervers de son auteur, tant il s’adonne à une vaste partie de cache-cache avec ses fans. Quoiqu’il en soit, A history of violence est digne de figurer dans la liste des films majeurs de Cronenberg. Ce qui n’est pas rien !
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