Critique de film

P2

"P2"
affiche du film

Le soir de Noël. Angela reste tard au bureau pour finaliser un contrat. Elle descend au parking pour prendre sa voiture qui ne démarre plus. Le gardien du parking lui vient en aide et lui propose de venir prendre un petit verre. Après lui avoir ri au nez, elle perd connaissance pour se réveiller ligotée dans la loge du gardien, bien décidé à la garder pour le réveillon.

Les critiques à propos de ce film

Critique de P2 - On n’est pas mal garés !
Par : Damien Taymans

Acteur dans le film d’Alexandre Aja Haute tension, Franck Khalfoun passe de l’autre côté de la caméra pour livrer P2, un thriller angoissant dont la majorité de l’action se déroule dans les parkings situés en sous-sol d’un immense gratte-ciel. Bien que l’on retrouve également le réalisateur au scénario, celui-ci est bien épaulé par deux confrères de talent que sont Alexandre Aja lui-même et Grégory Levasseur, fidèle compagnon d’Aja avec lequel il a travaillé sur tous les films.

Premier constat intéressant qui se doit d’être souligné : le présent métrage n’est nullement un nouveau produit dans la lignée de la franchise Saw et n’expose pas des inventions fabuleuses à fonction destructrice au détriment d’une véritable qualité graphique et scénaristique (je parle surtout de Saw 4, sorti récemment). Malheureusement, une bonne nouvelle en amène souvent une mauvaise. Il faut avouer que le film n’est ni réellement angoissant ni empli d’un suspense exaltant.

Bien que P2 mette en scène un lot considérable de violence amenant son quota de sang, il ne parvient jamais réellement à sortir du carcan borné du film d’action où la victime devient le centre d’une chasse à courre (d’autant que le meurtrier est accompagné de son chien) sanguinaire.

Cependant, il faut tout de même avouer que certaines idées sont tout de même innovantes et que les scénaristes sont parvenus à garder leur canevas intact et à ne pas s’en éloigner en tentant maladroitement d’étonner ses spectateurs. En clair, le seul reproche que l’on puisse faire au film est qu’il est très convenu et se déroule selon une trame assez classique. Point d’exagérations outrancières mais juste un respect du réalisme bienvenu. Tout se déroule dans un même endroit désert et clos pour des raisons évidentes. De même, le coup classique du portable qui ne trouve pas de réseau prend ici tout son sens étant donné la construction bétonnée de l’édifice et de son parking souterrain.

Mais, à force de côtoyer le classicisme, le métrage perd toute capacité à surprendre et peut être qualifié d’ultraprévisible. La pauvre victime aux seins gonflés et à la poitrine très peu couverte s’égosille tant qu’elle le peut et essaie par tous les moyens de se sortir de cette situation angoissante. Elle représente le cliché de la pauvre potiche poursuivie par le méchant meurtrier. On ne peut pour autant blâmer Rachel Nichols qui est moins responsable de cet état de fait que le personnage esquissé par les scénaristes. En revanche, on soulignera la très bonne interprétation de Wes Bentley qui livre une prestation impressionnante et énerve autant qu’il plaît par son sempiternel besoin de s’excuser.

P2 n’est donc pas à proprement parler un très bon film mais il ne fait pas non plus partie de la catégorie sous-classée des films insipides auxquels nous avons eu droit ces dernières années. Franck Khalfoun propose une œuvre qui, à défaut d’être efficace, peut néanmoins se targuer de se laisser voir sans aucun dégoût et plait même par certains de ces aspects classiques.


Critique de P2 - Joyeux Noël !
Par : Gore Sliclez

Chez les Arcady, on fait tout en famille depuis quelques années déjà. Le père est producteur (Haute Tension, 2002), le fils (Alexandre Aja) est réalisateur, scénariste, acteur et producteur et tant qu’à faire, on demande aux potes de participer à l’aventure familiale comme Grégory Levasseur et Franck Khalfoun. C’est à ce dernier que revient la tâche de réaliser son premier film sous le haut patronage des premiers cités.

Se basant sur un scénario écrit par ses deux inséparables amis, Khalfoun nous raconte l’histoire d’une jeune et jolie yuppie, stakhanoviste du clavier et des finances, noyée dans le travail et les heures sup’ (c’est Nicolas qui sera content) la veille de Noël et de son repas de famille. Se décidant, enfin, à quitter le bâtiment elle se retrouve alors confrontée à Pas-de-chance puisque sa voiture est en panne, les portes du building fermées, l’absence du veilleur et, enfin, les lumières qui s’éteignent les unes après les autres la plongeant dans le noir et dans les bras d’un psychopathe. Bref le Lotto gagnant !

Intrigue classique et sans surprise que d’isoler leur héroïne dans un parking souterrain (P2), la bande des trois (Aja, Levasseur, Khalfoun) joue donc avec nos appréhensions, nos doutes et nos phobies qu’on a tous un jour ressenti dans ces aires de stationnement lugubres, obscures et terriblement inquiétantes quand vous êtes seul la veille d’un jour férié. Surtout quand vous y ajoutez à tout ça un personnage complètement barje et imprévisible. Reprenant tous les clichés inhérents à ce genre de scénario (les courses poursuites effrénées, l’ascenseur bloqué, le GSM qui ne passe pas, le repas de Noël avec le frapadingue, les flics qui passent et ne voient rien…comme d’hab’ quoi) il ne faut dès lors pas s’attendre à être bluffé par des twists rebondissants.

Mais le grand mérite de ce film est justement de parvenir à nous tenir en haleine du bout en bout avec peu de temps morts. Khalfoun nous gratifie d’ailleurs de quelques scènes gore parfaitement réussies dont une, mémorable, qui nous montre le résultat après « éclatement » d’un homme contre un mur. Paf !

Si tout est convenu, force est de reconnaître qu’on se surprend à gueuler les éternels « mais quelle conne p… » ou encore « mais cours nom de Dieu » ce qui en réflexes pavloviens du parfait petit horror geek revient à signifier que le film fonctionne plutôt bien et le suspens avec. Et si on peut ajouter à cela le choix judicieux de notre psychopathe qui habille d’une robe moulante et décolletée la belle Angela (Rachel Nichols très convaincante), nous gratifiant ainsi de visions envoûtantes de lolos métronomes lors de fuites éperdues, nous ne pouvons que trouver ce film plutôt sympathique. Seul bémol peut-être, le choix classique (à nouveau) d’un acteur au regard inquiétant dont on sait d’avance qu’en interprétant le rôle du guetteur fou on va y perdre en surprise et en malaise.

P2, on le sait maintenant, ne révolutionnera certainement pas le genre et encore moins les codes, mais grâce à une gestion intelligente et crescendo du suspens, une mise en scène nerveuse et des interprétations convaincantes, ce film s’en sort plutôt bien et présente au final une œuvre « classiquement efficace ». Contrat rempli sans doute pour un jeune réalisateur inscrit à bonne école mais qui devra passer encore des étapes pour pouvoir égaler le jeune maître…

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