Critique de film

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Why Don’t You Play in Hell ?

"Jigoku de naze warui?"
affiche du film

Hirata rêve de devenir réalisateur, mais ces ambitions sont contrariées par une sanglante lutte entre clans yakuzas. En effet, celle-ci implique les parents de Mitsuko, une des actrices du film que doit tourner le cinéaste en herbe...

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Trailer - Why Don’t You Play in Hell ? (2013)
Par : Damien Taymans

Les critiques à propos de ce film

Critique de Why don’t you play in hell ?
Par : Fred Pizzoferrato

Sono Sion, artiste japonais aux facettes multiples (réalisateur mais également scénariste, écrivain et poète) né en 1961 se distingue depuis une vingtaine d’années en produisant un cinéma original, délirant,…bref complètement barré et pourtant maitrisé dans ses excès. A un rythme métronomique, Sono Sion délivre ses films, toujours étonnants et volontiers provocateurs, comme l’emblématique Suicide Club ou sa sublime révision « arty » du pinku eiga Guilty of romance. Avec Why don’t you play in hell ?, Sono Sion rend hommage au génie bricoleur des artisans amateurs et suit une bande d’apprentis cinéastes complètement ringards, membres d’un club (les Fuck Bombers) aux ambitions débordantes inversement proportionnelles à leur talent limité.

Hirata souhaite réaliser un chef d’œuvre du cinéma avec l’aide de ses amis, dont un type qu’il désire imposer comme le nouveau Bruce Lee. Cependant, après des années de labeurs, il a seulement imprimé sur la pellicule une poignée de scènes disparates qu’il regarde en boucle, apparemment très content de lui. Toutefois, Hirata se voit offrir une proposition qu’il ne peut refuser lorsqu’un yakuza, Muto, lui demande de tourner un film à la gloire de sa fille, Michiko. Cette dernière, apparue gamine dans une publicité, rêvait de devenir actrice et sa mère, embastillée depuis des années suite à un règlement de compte, aimerait la voir enfin sur un grand écran. Le temps presse et, pour suppléer au manque de moyens et à l’absence d’un véritable script, Hirata envisage de filmer une véritable guerre des gangs entre Muto et son rival, Itegaki, amoureux de Michiko…Ceux-ci acceptent de s’entretuer par amour de l’Art…et de Michiko.

Concrétisation de l’amour porté par Sono Sion au Septième Art, cette production déjantée commence par la vision d’une bande de copains occupés à tourner, vaille que vaille, des métrages dénués de budget et de talent, quasiment « suédés » dans la bonne humeur. Puis les années passent et la réalité rattrape la petite troupe dont les ambitions s’écrasent sur la dure barrière du quotidien. La présentation, rapide, des personnages laisse cependant rapidement la place à un humour destructeur entretenu par une mise en scène énergique qui frise, parfois, l’hystérie plus ou moins maîtrisée. Sans trop se soucier de cohérence, Sono Sion accumule les lignes narratives croisées et se fait plaisir en optant pour une suite de saynètes balancées au petit bonheur la chance, certaines franchement drôles d’autres plus dramatiques.

Les clins d’œil abondent dans cette relecture sous acide des fameux « yakuza eiga » nippons et il faut accepter cette outrance, ce manque de retenue érigée en norme, cette frénésie revendiquée et ce rythme tellement intense qu’on frôle plusieurs fois l’indigestion. Les acteurs, eux, cabotinent de manière déjantée et rapprochent leurs personnages de figures animées façon manga, tout en hurlements, grimaces et gesticulations. Tout réalisme étant exclu, Why don’t you play in hell ? s’apparente à une métaphore parodique des combats menés au nom de l’Art, le réalisateur devant ici se battre jusqu’à la mort, au sens propre, pour voir triompher sa vision, son œuvre, aussi absurde qu’elle puisse paraitre.

Sono Sion, via sa bande de ratés, offre donc une ode absurde au crétinisme et à l’attitude geek revendiquée. Sans jamais prendre le temps de la réflexion, ses apprentis cinéastes veulent seulement imprimer un maximum de pellicule, avant tout pour eux-mêmes et leur autosatisfaction tout en rêvant du Festival de Cannes. Sans moyens, sans ambitions, sans talent, ces « Fuck Bombers » filment des combats de kung-fu approximatifs et des geysers de sang. Qu’importe, dès lors, de se soucier de mise en scène, de scénario, d’interprétation ? Seul compte le plaisir pur.

Décharge anarchique, Why don’t you play in hell ? se clôture par un carnage jouissif (ou interminable selon les sensibilités) qui rappelle, en plus drôle et en plus gore, la fameuse scène des 88 yakuzas de Kill Bill. L’acmé du métrage consiste, en effet, en une suite non-stop de décapitations, de membres tranchés, de corps transpercés de toutes parts et de jets de sang qui finissent par recouvrir les décors, littéralement du sol au plafond, laissant les rares survivants patauger dans la barbaque. Tenté par l’expérimental ou le poétique, le cinéaste substitue parfois aux éclaboussures numériques des jets de couleurs psychédéliques surprenants.

Un climax spectaculaire pour un film sans doute bourré de défauts (trop long, trop fou, trop foutraque) mais que son énergie ravageuse, son enthousiasme communicatif et son humour efficace amène à apprécier en tant qu’expérience délirante dont on ressort avec le sourire.

Film culte en devenir, Why don’t you play in hell ? se déguste sans se poser de question, pour le simple plaisir instantané d’assister à une suite de gags et de carnages du plus bel effet, certes pensé pour satisfaire les fans du cinéaste mais également pour lui attirer un nouveau public. Un objet filmique violent mal identifié à savourer pour les amateurs de bizarreries rigolardes.


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