Critique de film

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The Web of Death

"Wu du tian luo"
affiche du film

Un maître des arts martiaux s'est emparé d'une arme fabuleuse: l'Araignée aux Cinq Venins. Il décide de dominer le monde mais croise sur sa route les membres de différents clans rivaux.

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Les critiques à propos de ce film

Critique de The Web of Death - Le roi du kung-fu contre la tarentule mortelle
Par : Fred Pizzoferrato
Tags : Asiatique

Un maître des arts martiaux le chef du clan des Cinq Venins, veille avec sa fille sur une arme fabuleuse : l’Araignée aux Cinq Venins, à savoir une tarentule aux pouvoirs redoutable. Mais celle-ci suscite la convoitise des différents clans. Wu Tang, Shaolin et autres adeptes des arts martiaux se disputent cette arme. Un jour, un redoutable personnage (Lo Lieh) décide de s’en emparer afin de dominer le monde.

Considéré par beaucoup comme un Chu Yuan très mineur (et par certains comme un cult-movie), The web of death traduit bien les excès dont se porta coupable la Shaw Brothers à partir du milieu des seventies. Nous retrouvons ici une intrigue très semblable à celle vue dans The thundering sword, réalisé 10 ans auparavant, mais traitée de manière beaucoup moins mélodramatique et sérieuse. Une manière comme une autre de mesurer le fossé séparant les Wu Xia dramatique de la fin des années 60 des audaces déjantées de la fin des seventies. La magnificence visuelle de Chu Yuan est pourtant à son apogée et le métrage s’avère incroyablement beau pour quiconque apprécie l’esthétique outrée (et indéniablement "fabriquée") dont fait preuve le cinéaste. Cette photographie aux éclairages saturés (à dominance rouge / vert et bleu sur fonds noirs) rappelle évidemment les maîtres italiens de l’horreur gothique (Mario Bava et Dario Argento en tête) tandis que les brouillards et décors de carton pâte semblent provenir d’une adaptation de Poe par Corman. Bref, un délire visuel baroque d’une grande beauté. Ces décors donnent l’occasion à Chu Yuan de se surpasser avec les traditionnels lacs mystérieux et autres repères diaboliques, dans un esprit proche du serial ou des dérivés transalpins de James Bond, sans oublier un petit côté épouvante old school que le cinéaste accentuera encore dans ses œuvres ultérieures comme L’île de la bête ou Bat without wings. Le quartier général du clan des Venins est ainsi une sorte de repère secret où l’on trouve des lacs d’acide, des plantes monumentales et des décorations inspirées par les arachnides, le tout donnant un résultat à la fois spectaculaire et kitsch, impressionnant et risible. Cette base dissimulée rappelle autant les cachettes mégalomanes des méchants de James Bond que les trains fantômes de nos foires. On n’y croit pas une seconde mais cela n’a finalement que peu d’importance puisque, le temps de ce spectacle bigarré et charmant, on se laisse prendre au jeu.

Au niveau du scénario, The web of death donne dans la classique intrigue des clans rivaux se disputant une arme fabuleuse. A la fois simple dans sa trame générale et complexe dans son déroulement (les nombreux personnages peuvent perdre le spectateur, d’autant que les retournements de situations se succèdent, ponctués de flash-back vite expédiés et d’invraisemblances), le récit s’inscrit également dans la lignée du Sabre infernal, une des plus fameuses réussites du cinéaste. Lequel propose ici une nouvelle arme fabuleuse : l’Araignée aux Cinq Venins. Laquelle n’est évidemment pas très impressionnante : une sorte de petite boite avec sur le dessus une fausse araignée en plastique rouge. A l’intérieur de ce réceptacle se cache une grosse tarentule radioactive qui gronde (si, elle gronde !) avant de projeter une toile empoisonnée et de la fumée, causant la mort des imprudents. Ce gadget ridiculement terrifiant tombe entre les mains du maléfique Liu Shen (l’inévitable Lo Lieh), disciple du clan des Cinq Venins bien décidé à dominer (roulement de tambour !!!) le Monde des Arts Martiaux avec sa bestiole en plastique. Même Jean Marais en Fantomas faisait plus convaincant mais laissons notre homme à ses rêves mégalomanes. Tous les autres clans devront évidemment oublier leurs dissensions et différents afin de s’unir contre le redoutable personnage et son araignée mortelle. Et encore une fois, "ils sont venus, ils sont tous là" : les moines Shaolin, les adeptes du Wu Tang, le clan des Cinq Venins Mortels, etc. Bref, la grande bataille peut commencer.

Selon les habitudes de Chu Yuan, on trouve assez peu de vrais combats martiaux ou de duels à l’épée mais les pièges les plus délirants sont de la partie, ainsi que de nombreuses armes bizarres. The web of death utilise évidemment des tas d’effets spéciaux vintage aujourd’hui totalement dépassés (enfin, déjà à l’époque ils devaient paraître bien vieillots) mais attrayants et capables d’émerveiller le spectateur indulgent.
Mélange de kung fu, de Wu Xia, d’intrigues à tiroir et surtout de fantasy colorée et complètement absurde, The web of death débute de manière relativement classique pour virer, au fur et à mesure de son déroulement, vers le complet délire. Il faut ainsi voir des dizaines de combattants émérites pousser des cris épouvantés à la vue d’une araignée lumineuse de vingt centimètres pour comprendre la notion de suspension d’incrédulité si chère aux théoriciens du cinéma. Le résultat est un Chu Yuan définitivement à part mais avec lequel on passe un bon moment. Si le film hésite un peu trop entre une orientation sérieuse et un complet délire il n’en reste pas moins chatoyant et rythmé, même si on ne peut pas y croire une seconde.

Avec d’un côté un scénario élaboré (soutenant une rivalité amoureuse dramatique et des personnages attachants) et, de l’autre, un délire psychédélique très coloré, The web of death donne l’impression que l’équipe, d’abord décidée à réaliser une œuvre sérieuse, s’est laissé aller à une indigestion de champignon pour le final. Entre les grandes réussites martiales de Chu Yuan et les œuvres déjantées du fin de règne de la Shaw Brothers (Buddha’s palm, Holy flame of the martial world, Heaven and hell), The web of death trouve finalement une voie intermédiaire et permet de passer un bon moment même si il s’adresse plus volontiers aux fans de bis.

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