Scream queen

Véronique Lechat

11 septembre 2009 | Par : Gore Sliclez

Les réals français, en plus de leur talent, ont cette faculté de dénicher des actrices aussi talentueuses que jolies. Autre actrice ayant sévi dans le film "Homme à prendre" de Sébastien Bardet, Véronique Lechat est une comédienne douée qui livre une prestation très convaincante dans le film du même nom. Actrice de théâtre avant tout, la ravissante parisienne cumule les rôles forts et mérite certainement une consécration grand public que CinemaFantastique, bien modestement il est vrai, inaugure aujourd’hui via cette interview accordée après un retour de vacance. Son nom ronronne déjà comme un appel à la lecture...

- Quelques mots de présentation d’abord pour nos lecteurs qui ne vous connaissent pas encore...

Et bien je suis comédienne, parisienne, et le cinéma fantastique est une première !...

- Comment êtes-vous entrée dans le projet Hameka ? Vous connaissiez déjà les réals ?

Non, je ne les connaissais pas, c’est une amie comédienne qui a parlé de moi à Sébastien Bardet quand il recherchait ses acteurs. J’ai rencontré toute l’équipe petit à petit, et notamment en passant dans ce fameux vidéo club, JM Vidéo, où je venais justement de m’inscrire.

- Vous avez déjà été victime d’un Ben (“Homme à prendre”) au point de vouloir lui faire payer de la même façon ?

Non ! Enfin... Quoi qu’il en soit, je ne suis pas une Léa ! Donc peu de chances que je réagisse comme elle... C’est d’ailleurs aussi ça qui m’a donné envie de l’interpréter.

- Qu’est-ce qui a été le plus dur dans le film ? C’était la première fois un film aussi “sanglant” ?

Le tournage bien sûr a été éprouvant, parce que très court, et très intense, d’autant que les scènes étaient toutes très chargées émotionnellement. Et il fallait que tout le travail fait en amont se concrétise à ce moment précis. Et la barre était haute ! Le plus difficile était la scène finale, quand Léa lâche prise complètement, avant de se suicider dans les bras de Ben. J’avais extrêmement peur de ne pas réussir cette scène ! Tout le film, pour mon personnage du moins, était tendu vers ce moment. Alors au moment de le tourner, la pression était grande... Et finalement ça s’est bien passé ! Ce rôle était un vrai challenge...Et c’est la confiance et l’exigence du réalisateur qui m’ont aussi poussée à me dépasser. Le plus dur finalement, c’était toute la préparation pour construire ce personnage, pour le rendre crédible, vrai, rendre sa complexité, sa densité, ses failles, etc... tout ce travail pour qu’au moment du tournage, et plus encore au moment fatidique de l’"Action !" il n’y ait plus rien à faire justement, juste vivre le moment présent, sans pour autant perdre le personnage. L’aspect sanglant du film, lui, s’est avéré plutôt libérateur ! il m’a littéralement plongée dans la situation ! J’avais d’ailleurs vraiment la sensation d’être en transe à ce moment-là... Et c’est aussi au moment où j’ai eu sur moi les vraies cicatrices, enfin, les fausses ! faites par David Scherer, le master en effet spéciaux, que j’ai senti le personnage prendre corps. Les cicatrices n’étaient pas très présentes dans le film, mais elles étaient très importantes dans la vie de Léa, dans son rapport au monde. Pour moi c’était comme une clé. Je les avais imaginées, et au moment du maquillage, c’est comme si Léa se révélait. Tous ces artifices "gore" étaient porteurs, et en fin de compte c’était jouissif, car tout prenait vie ! Comme quoi jouer quelque chose de sanglant, si ça reste du jeu, ça reste pour un acteur, amusant ! la préparation était de ce point de vue beaucoup plus éprouvante, car c’était une plongée dans un univers très glauque, sans le plaisir du jeu.

- Comment était l’ambiance sur le plateau du film ? Et avec les deux autres filles et Olivier Martial ?

Et bien à la fois très concentrée, intense, et à la fois très excitante. On était tous très contents d’être là je crois ! Bien qu’il y ait eu des moments plus durs que d’autres, évidemment, mais j’étais assez concentrée sur ce que j’avais à faire, donc je m’isolais un peu. Avec les autres acteurs ça s’est très bien passé, on était tous très impliqués, et ça a créé une très bonne synergie je crois. Ils étaient tous les trois à la fois très pros, et très cool ! C’était important vu la densité de ce tournage. Jouer avec Olivier a été particulièrement porteur. Nos deux personnages étaient vraiment très dépendants l’un de l’autre, et je crois qu’on a bien fonctionné ensemble.

- Vous aimez observer les gens. À partir de qui vous êtes vous inspirée pour votre rôle dans “Homme à prendre” ?

Et bien... je me suis inspirée de beaucoup de choses en fait. D’abord, de mon expérience, du moins de ce que je connaissais, ou de ce que des proches avaient pu vivre, etc.. aussi de ce que le réalisateur connaissait et dont il me faisait part, et de ce qu’il voulait, qui me donnait des repères. Après j’ai fait pas mal de recherches. Je suis beaucoup allée sur des forums sur le net, où des gens parlent de leurs expériences. Pour que Léa soit crédible, il fallait d’abord que je puisse croire moi-même au personnage, et à sa violence notamment. Avec Sébastien nous ne voulions pas en faire une psychopathe caricaturale, nous faire avoir par les clichés et en faire "la folle". Il fallait créer un personnage unique, avec une histoire unique. Alors je suis allée lire ce que racontaient des personnes borderline, s’auto-mutilant ou vivant des amours obsessionnelles, par exemple. A partir de là, et à partir du scénario, j’ai imaginé la vie de Léa, et surtout je me suis construit sa mémoire. Avec des images les plus précises possible, surtout pour certains moments clé. Comme pour les cicatrices : où, quand, comment, etc.. C’est d’ailleurs auprès de Jordan Beswick que j’ai expérimenté cette façon de faire, et je l’en remercie car elle est très riche. Il y a eu la musique aussi : les Wampas, qui étaient à la base du film, et d’autres qui m’ont aidée à me mettre dans une certaine ambiance intérieure, et puis des films, que Sébastien m’a conseillé de voir : Carrie, de Brian de Palma, ou Lune de Fiel et La jeune fille et la mort, de Roman Polanski. Enfin, tout un petit cocktail quoi...

- Classeriez-vous le film “Un grain de beauté” sentimentalement à part dans votre carrière ?

Oui bien sûr, disons que c’est un film qui compte pour moi. D’abord parce que j’aime beaucoup ce film, qui est beau, simple et touchant. Le tournage était un vrai délice et Hugo Chesnard, le réalisateur est quelqu’un que j’apprécie beaucoup. C’était une belle rencontre, et c’était le premier film vraiment professionnel dans lequel je tournais. Et puis ce court-métrage a ensuite été dans de nombreux festivals, il a reçu plusieurs prix, et moi-même deux d’interprétation. En octobre, il sera au Japon pour le Sapporo International Short Festival et il est en ce moment en compétition dans le Internet Contest organisé par le "I’ve Seen Films" International Short Film Festival qui se déroulera à Milan, fin septembre.

- Et quelles sont vos références cinématographiques ? Un rôle que vous aimeriez interpréter plus que tout ?

Myazaki, Wes Anderson, Sautet, Lubitsch, Wim Wenders, Kitano, Chaplin... Tout sauf des films d’horreurs ! J’ai toujours du mal à les regarder... Je n’ai pas de rôle de prédilection, ce que j’aime, ce sont les défis, et les univers des auteurs et réalisateurs, dans lesquels je peux sauter à pieds joints ! Jusque là, que ce soit au théâtre ou avec des films comme celui-là, j’ai eu la chance de jouer dans des registres extrêmement différents. J’espère que ça continuera !

- Vous pourriez abandonner le théâtre pour le cinéma ?

Non ! Bien sûr, j’aimerais faire plus de cinéma, mais je n’abandonnerai pas le théâtre. Et puis j’ai la chance de travailler avec des gens vraiment géniaux avec qui je suis très heureuse, et que je n’ai pas du tout l’intention d’abandonner ! Après, il me reste du temps libre dans mon emploi du temps...

- Vos impressions après votre prix d’interprétation au festival Cas d’rage ?

C’était grisant bien sûr !... Je ne m’y attendais pas du tout, c’était une très bonne surprise, d’autant que j’avais déjà reçu un prix pour ce film ! J’étais venue assister au festival dans l’idée de passer une après midi de détente à voir plein de court-métrages, après une session de théâtre bien chargée. Et ça a été le cas d’ailleurs, la sélection était vraiment très bonne. Et cerise sur le gâteau, Hugo Chesnard a reçu aussi le prix de la Ville du meilleur film ! On était fiers et très heureux !

- Quels sont vos projets pour les mois à venir ?

Et bien il y a justement le Festival Jean Carmet à Moulins-sur-Allier au mois d’octobre, où je reviens en tant que membre du jury Jeune Espoir, pour la compétition des court-métrages. C’est là que j’ai reçu le Prix du Jeune Espoir décerné par le public l’année dernière avec Un grain de beauté. C’est un très beau festival, de longs et courts métrages, avec une très bonne programmation. Je suis très fière d’y revenir ! Et puis sinon ce sera en mars prochain avec la création de Pourrie, une vie de princesse de Sofia Fredén à Théâtre Ouvert, le Centre dramatique national de création contemporaine de Paris. J’y retrouverai ma bande du Cabinet Vétérinaire, menée par Edouard Signolet, le metteur en scène. Une sacrée équipe, une pièce très belle autant que délirante, et un beau théâtre... Bref de bons moments en perspective !

- Que pensez-vous du cinéma de genre ? Étiez-vous plutôt fan ou est-ce un hasard total ?

J’étais tout simplement une inculte en cinéma de genre ! enfin en cinéma d’horreur en tous cas... Je suis en fait tellement bon public que je suis incapable de voir ces films sans être traumatisée... J’exagère à peine ! Je me souviens de Twin Peaks vu à 10 ans au cinéma, emmenée par mes potes de classe parce qu’on n’avait pas cours... J’en ai été malade... Ou Shining, vu trop tôt, et dont je n’avais pu voir que les vingt premières minutes, et encore... J’ai peur des zombies, des fantômes, des monstres en tous genres, dès que la musique devient inquiétante j’ai envie d’arrêter le film, et les tueurs à la hache ou autre me poursuivent encore dans mes cauchemars... bref... Bon j’ai quand même un peu plus de recul aujourd’hui, mais j’ai grandi sans télé, et peut-être que je suis restée depuis assez sensible à la violence des images. Ou peut-être que je suis une chochotte, tout simplement !... Mais finalement, ça ne m’a pas empêchée de jouer Homme à prendre ! En découvrant le scénario, je ne l’ai d’abord pas perçu comme un film d’horreur. Il ne m’a pas rendue malade, il m’a bouleversée. Et si l’expérience de jouer dans un film très violent m’intéressait par challenge personnel (n’est-ce pas !), ce n’est pas tant le sang ou la violence qui m’ont attirée, mais l’histoire, les liens entre les personnages, leur vie, les degrés émotionnels, etc... Et c’était une des grandes richesses de ce scénario, et du personnage de Léa en particulier, très riche, très intense, ouvrant à l’acteur une part incroyable de créativité. Un beau cadeau !

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