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URSULA VON TRASH - The curious case of David Fincher

9 février 2009 | Par : Ursula Von Trash

1992 Alien 3. 1996 Seven. 1999 Fight club.

2009. L’étrange histoire de Benjamin Button.

David Fincher, le petit génie du cinéma du siècle dernier, adapte la nouvelle éponyme de Francis Scott Fitzgerald et déroule l’histoire de Benjamin : un homme né vieux rajeunissant au fil des ans, sa rencontre avec Daisy, une fillette, le télescopage amoureux, à mi-course de leur existence, le tragique de ces deux vies, l’une basculant inexorablement vers la vieillesse, l’autre fatalement vers l’enfance, les deux inévitablement vers la mort. Difficile projet que de rendre en 2h35 l’incandescence d’un amour impossible sur fond de questionnement métaphysique. Projet impossible pour certains. Le script est passé par les mains de Ron Howard et plus récemment de Spike Jonze, qui ont tous deux abandonnés l’idée. Mais apparaît alors le nom de Fincher. Le réalisateur qui a revigoré le polar sombre, en y ajoutant le glauque contemporain dans Seven. Qui a stigmatisé la violence, le fanatisme et la schizophrénie dans le pamphlet stylistiquement prodigieux (et je pèse mes mots) Fight Club. Celui qui a su instiller, tel un lent poison, la chronologie morbide, factuelle et obsessionnelle de la chasse au tueur du Zodiaque. Lui, Fincher, pourrait se colleter à la mise en scène de cette fable improbable.

Seulement une dizaine d’années séparent la réalisation inspirée de Seven de l’académisme ronflant de Button. Car à la vue de son nouveau long métrage, dire de Fincher qu’il s’est calmé est un euphémisme. On nous parle du film de la maturité. Fincher devenu adulte, se serait aperçu que le clinquant de ses films et le choc qu’ils provoquent ne sont pas nécessaires, mais au contraire qu’un réal doit savoir se débarrasser de ses oripeaux trop artificiels pour aller vers un cinéma épuré, de facture classique. Belle connerie ! Le cinéma est par essence artificiel, faux, toc, baroque, iconoclaste, expérimental. Plus l’imaginaire d’un homme malaxe la matière cinématographique pour en tirer une œuvre subversive, plus le 7e art progresse. Ce n’est pas une question de maturité. Buñuel à 67 ans crache son venin avec une bourgeoise souillée et soumise aux diktats phallocrates dans Belle de jour, Friedkin à 72 ans accouche de Bug, brûlot paranoïaque et plastiquement agressif, Lynch à 61 ans délivre Inland Empire, fresque ogresque d’une actrice paumée. En 1999, avec Fight Club, sa narration explosée, sa caméra viscérale et chirurgicale, Fincher entre dans ce cénacle.

Alors 2h35 plus tard (je me répète mais la durée du film est un de ses écueils), je me sens flouée. Je me sens indignée. Révoltée. L’histoire de Benjamin Button est un film asthmatique d’un classicisme éprouvant. Les scènes sont « bien » tournées, « bien » éclairées. Il y a de « jolis » costumes, la reconstitution historique des lieux est « précise ». Autant de détails dont on se fout. Out of Africa aussi est bien tourné mais pas révolutionnaire. Sur la route de Madison est une belle histoire mais pas un chef d’œuvre. Une belle histoire ca fait un bon livre, pas nécessairement un bon film. La prise de risque, l’enjeu du cinéma, c’est le mouvement, la focale, l’angle, les filtres, le montage, l’adéquation d’une scène et d’une musique. Benjamin Button se contente de reproduire les codes des films à grand spectacle, il n’en crée aucun. Il ne génère pas sa propre grammaire visuelle. Film patchwork d’autres films, dont les séquences de Brad Pitt jeune sont les clichés. Clin d’œil à Marlon Brando, à James Dean, les icônes d’un cinéma dont le langage cinématographique est dépassé. Passage en images qui tressautent comme si elles étaient tout droit sorties des années 20 (époque à laquelle elles sont sensées se dérouler). On nage en plein pléonasme, et le pléonasme visuel est une insulte au public. Une séquence « et si… » fait écho au dispositif narratif de Jean Pierre Jeunet. Toutefois, cette scène, malgré sa naïveté mièvre, concourt grâce à un montage vif et astucieux, à réveiller le fan de Fincher qui sommeille (pas très longtemps malheureusement).
Quant à la localisation de 1918 à 2005 à la Nouvelle-Orléans, c’est sans conteste l’intelligence du film. Au-delà de l’histoire d’amour à laquelle on peine à croire, il y a dans Benjamin Button un cri d’amour (et du cygne) à cette ville disparue, ensevelie, oubliée. « Le temps fait des ravages » se tue-t-on à nous convaincre à coups d’effets spéciaux hors de prix. Or, le plan final sur la vieille horloge de la grande gare (tout à la fois leitmotiv et symbole, ses aiguilles tournent à l’envers pour effacer les blessures du temps), remisée dans une cave, alors que Katrina s’abattant sur la ville, les eaux montent et engloutissent tout, condense à lui seul l’intensité dramatique de la thématique.

Epuisée par 2h35 de mélo, énervée de voir Fincher entrer dans l’Establishment hollywoodien, indignée de la guimauve médiatique qui se répand autour de ce film mineur d’un réalisateur que je pensais majeur, je patiente, attendant le film de Fincher qui explosera de nouveau les poncifs, secouera les consciences et repoussera encore un peu plus loin les codes narratifs de cet art qu’on assimile trop souvent à un simple divertissement.

Commentaires

Je suis bénévole dans un cinéma de Bretagne et je voudrais organiser une soirée fantastique : j’étais interessée par le thème du film japonais Body Temperature car j’aurais pu le programmer avec un autre fiilm japonais proche Air Doll. Mais comme je ne suis pas sûre de pouvoir exploiter Body Temperature, je cherche des films de bonne qualité, pas trop gore, sur ce thème de Femme-objet, femme-poupée, soit dans le cinéma japonais soit d’ailleurs : avez-vous des titres à me proposer ?

6 octobre 2011 | Par Marie-Laure Riviere

Critique idiote et complètement à coté de la plaque. ça decredibilise le site de lire des critiques qui ne savent pas de quoi le film parle. Je rejoins tous ceux qui ont aimé. Jamais autant pleuré de voir un bébé mourir, je ne vois rien d’académique de voir une grand-mère amoureuse d’un bébé, au contraire, la subversion est là.

19 février 2009 | Par Lollipop

je voulais écrire "ride" et non pas "rode" désolé de cette coquille mais j’encourage tous ceux qui n’ont pas regardé avec attention ce film car l’ayant vu deux fois, le film en sort grandi je vous assure : cette histoire hallucinante d’un vieux qui va rajeunir, forcé de profiter de sa maturité et de son vécu pour en faire une nouvelle jeunesse, malgré la fin tragique de celle-ci. (si si tout cela est bien dans le film !)

13 février 2009 | Par Varrenzetti

L’étrange cas de Benjamin Button est en effet très bizarre : une courte nouvelle de Fitzerald, transformée en film fleuve, un héros masculin mais un sublime portrait de femme, une production à l’origine aussi bien de "Kick The Can" (le sketch de Spielberg dans la 4e dimension ou des vieux retombent en enfance) et de "Forrest Gump" (même scénariste, même pureté naïve des sentiments - dans le langage "hype" de la critique ci-dessus c’est de la mièvrerie mais passons la dame n’a jamais du lire un Arlequin - même marathon historique et meme héros à la fois limpide et complexe, handicapé émotionnellement par sa différence). Là ou le film de Zemeckis trivialisait l’Histoire, Button traverse les époques à une autre sans jamais s’y arrêter, en décalage horaire perpétuel, comme déphasé - lost in translation - Le héros tire sur un sous-marin allemand, Katrina y fait un caméo mais Fincher évite à tout prix la leçon d’Histoire collégiale pour tirer le projet vers la fantasmagorie, une orgie visuelle au bord de l’abstraction qui, par sa subtile réflexion (désolé pour les gens peu équipés en subtilité mais je vais défendre le film sur ce terrain là), évoque "Slaughter House Five" (Abattoir 5) de Georges Roy Hill - un des réalisateurs fétiches de Fincher.

Derrière la love-story, le film creuse ainsi un peu plus la trame existentielle au coeur de son cinéma. "Zodiac" livrait il y a deux ans un thriller méditatif qui traitait déjà de cette obsession du temps, la façon dont il semble s’arrêter pour certains alors qu’il continue d’avancer pur d’autres, comme si ces deux espaces temps pouvaient co-exister (revoyez ce film pour ceux qui se sont arrêté qu’au 1er niveau de lecture : à savoir l’enquête). Dans "Button", la progression du temps, ses ravages, contredisent l’histoire d’amour des deux personnages qui repose sur une belle idée - peu exploitée dans la nouvelle d’origine - : à savoir que dans une vie on ne se rencontre qu’une fois, à l’instant précis ou deux trajectoires se croisent quand le moment est venu. Et la continuité du récit kaléidoscopique du récit devient comme un "rode" existentiel, presque métaphysique, soutenu par une attention maniaque aux détails visuels les plus discrets et délicats.
Depuis quelques films la texture de l’image est devenue la quête filmique de Fincher : dans "Zodiac" la minutie du détail et la reconstitution obsessionnelle des 70’s créaient un sentiment anxiogène. Dans "Button" le cinéaste pousse un cran plus loin son obsession hyperréaliste entraînant une perte de repères qui plonge le spectateur dans un monde irréel voire uchronique.
A force de précision, le réel devient oppressant, maniériste, provoquant un sentiment vaporeux qui cadre bien avec son personnage principal, fantôme de sa propre vie. Dans cette beauté en apparence classique au premier niveau de lecture mais plus abstraite et vertigineuse au second niveau, "Button" échappe définitivement à l’auteur de "Forrest Gump" pour devenir la suite logique et stupéfiante de "Zodiac" ainsi que de ce qui taraude notre génie visuel qui vient de détourner subtilement et personnellement un blockbuster vers son art si spécifique.

13 février 2009 | Par Varrenzetti

Joli débat s’il en est...

Prochain billet d’Ursula lundi prochain ! A vos plumes !

11 février 2009 | Par Damien

Cher tous,

Voilà un débat qui tourne à l’empoignade, ou au combat de coq (ou de poule, Madame Choule) !
Cher Monsieur Bistouflex, il me semble compliqué de pointer la faiblesse des arguments de quelqu’un, ou encore la façon qu’a cette personne de faire valoir son point de vue, tout en étant soi-même dans de l’attaque (presque) ad hominem. Quand à vous, Madame Choule, vous avez eu la faiblesse de répondre à l’attaque, et donc de donner du crédit à celle-ci.
Vous vous connaissez, tous les deux, ou quoi ?
On est bien loin du débat sur un film, ou plus généralement sur l’art et c’est dommage. C’est vraiment dommage.

11 février 2009 | Par Oscar Dwile

J’ai bien lu le sermon du Pasteur Bistouflex et je tiens à lui dire que si j’aime et que j’ai envie de défendre le film de Fincher : je le fais. Et sur un site qui en parle en plus (quelle effronterie !) Me taire et faire un film dans mon coin est plus difficile pour argumenter explicitement (c’est très difficile de tenir une caméra et taper sur un clavier en même temps essayez vous comprendrez !)
Quant à mes arguments et ma culture : ne connaissant pas ma formation vous en supposez l’imposture de ces étalages de connaissances. Faut un CV maintenant pour défendre un film que l’on a réellement aimé ? Vos accusations niaises me consternent et finalement venant de vous je vais les prendre pour des flatteries au vu du niveau dans lequel vous rabaissez le débat (en tombant dans l’accusation personnelle plutôt que de défendre un point de vue ou un autre).

11 février 2009 | Par Simone Choule

Je ne suis pas du tout d’accord et rejoint Simone Choule sur de nombreux points : j’ai beaucoup aimé ce film et tant pis pour ceux qui sont passés à coté !

11 février 2009 | Par Otto

Bistouflex : et ben au moins vous en avez appris un peu en lisant cet étalage, ne venez pas sur ce forum nous faire part de vos complexes : si on ne se sert pas de la culture pour défendre un point de vue, alors on se sert de quoi pour convaincre ? De non arguments ? de non culture ? C’est très bien et que cela continue : non aux consensus : Fincher divise jusqu’à ses fans et c’est très bien.

11 février 2009 | Par seconde soupe

Il est bien pathétique que sous prétexte d’un dialogue passionnant autour d’un sujet qui prète à débattre, les échanges de points de vues ne virent qu’en un étalage grotesque et pathétique de "qui-en-sait-le-plus-pour-épater-la-galerie-et- que-je-suis-plus-intelligent-que-vous-nananère".

Les argumentations que vous avancez Melle (ou Mr) Choule ne sont qu’un étalage vain et ridicule d’une culture gobée à la rubrique histoire de l’art d’une encyclopédie du Monoprix de Giffe sur Yvette. Sans compter la prétention risible de vos écrits, pompeusement remplis de moults références et citations "pour en mettre plein la vue" qui ne font, au final, que décrédibiliser un argumentaire de classe préparatoire.

Apprenez à écrire et à nourrir votre réflexion avant de prétendre contredire un article qui, tout simplement, ne vous plait pas. Et, un conseil, au lieu de passer votre temps (vu la loooooooooonnnnnggggguuuueeeeuuuuuuuuur interminable de vos commentaires) à étaler votre science sur un site de cinéma, vous feriez mieux d’en faire. Et apprendre à écrire aussi, ce serait pas mal.

11 février 2009 | Par Bistouflex

Nash ce que vous trouvez rigolo et pathétique moi je le trouve constructif, c’est l’affrontement ancestral des modernes et des anciens (vieille querelle en art) et la confrontation permet à chacun d’approfondir ses vues, on ne pratique pas le terrorisme intellectuel qui consiste à dire "chacun ses gouts" pour finalement rien exprimer comme nuances, comme extrapolation de sa grille de lecture, ainsi que de son analyse. La passion n’exclue pas la raison, même dans le cadre d’un désaccord et c’est utile.

11 février 2009 | Par Bretzelburg

C’est rigolo tous ces gens qui s’offusquent dès que l’on ne partage pas la même vision qu’eux...
Enfin, rigolo... Pathétique plutôt.
Excellent article, UVT : construit, argumenté, et avec le courage d’un parti-pris qui amène enfin un peu de fraîcheur et d’évolution dans ce milieu particulièrement donneur de leçons mais absolument incapable d’en recevoir une...

11 février 2009 | Par Nash

Très bien je pense pour ma part que l’Art ne change pas une société mais ne la reflète ou l’éclaire uniquement : la fonction de l’Art est une notion surfaite pour vous : pressens l’idéaliste qui pense que cela changera le monde.
Ce qui a fait que nous ne sommes plus aux tam-tam, aux peintures rupestres, et à la viande crue est plus du à la Technique et à l’invasion violentes d’autres cultures ayant eux mêmes certaines techniques, cela a plus de poids dans la vie des hommes que quelques couleurs sur une Toile, une musique entraînante ou un Dvd au rayon films de Carrefour aujourd’hui n’en a face aux civilisations.
Je laisse aux naïfs l’illusion de croire que l’art bouleverse les sociétés (et surtout pas les guerres) : c’est mettre bien trop haut des troubadours qui n’ont pas de vraie influence dans le basculement d’un société : cela annonce juste ou pressent (Beaumarchais qui pressentait la révolte qui gronde dans "Figaro" mais Figaro n’a pas fait la révolution française) et au pire c’est à coté de la plaque niveau sociétal mai ça reste joli à entendre/regarder/écouter. bref cela reflète, cela ne conditionne pas (sinon "Le Dictateur" de Chaplin aurait viré Hitler d’Allemagne plus vite).

10 février 2009 | Par Simone Choule

Chère Madame Choule,

Je ne répondrais pas plus avant (laissons la place aux autres).
J’ai simplement précisé l’acception "politique" dans mon message d’un point de vue non militant (ce qui n’est en aucun cas contradictoire). Il semble que vous ayez omis cet aspect de mon propos dans votre brillante démonstration.
Je maintient notre désaccord profond, qui est de juger l’art par sa nature plutot que par sa fonction. Je lui préfère largement la seconde à la première, sans laquelle nous en serions certainement encore aux tam-tam, aux peintures rupestres, et à la viande crue...

10 février 2009 | Par Oscar Dwile

Merci de me classer dans le conformisme parce que j’apprécie "Barry Lyndon" sachant qu’à l’époque il fit un four, je m’en réjouis d’autant plus : vous me donnez là le beau rôle malgré vous (encore merci).

Ensuite Barry Lyndon n’a pas qu’une lentille comme faire valoir pictural à l’oeuvre : il s’agissait pour Kubrick de nous montrer l’époque sous deux angles : tout d’abord tel que ces gens se voyaient : élégants, conquérants, nobles...évoluant dans des peintures vivantes ou le temps a un autre rapport que la vitesse de notre société actuelle - conformisme dont vous faites partie pour ne pas comprendre le rythme spécial cette histoire - et sous l’angle de notre regard moderne ou ces gens nous apparaissent comme cruels, arrogants, fiers jusqu’à la bêtise (Barry Lyndon reste un grand film sur la connerie humaine).
Cette double approche permet de lire le film plusieurs fois sans s’ennuyer, car ce que vous oubliez de dire c’est que les thèmes soi disant mieux exploités dans le livre sont ici dans le film incarnés, par des comédiens qui vivent cette histoire pleine de gâchis et etre dans une société ou votre beau fils à le droit de vous tuer a quelque chose de révoltant/choquant et qui dépasse l’époque dans laquelle le drame prend lieu (notez le post scriptum de fin de film) et qui choque encore aujourd’hui même si ce n’est plus votre époque, tout a été fait pour que cela résonne jusqu’à aujourd’hui car qui peut dire que les rapports beaux-parents/beaux enfants sont facile ? L’époque as t elle réellement résolu cela ? Voilà l’une des (nombreuses) question que le film "Barry Lyndon" vous as invité et auquel vous n’y avez pas accordé d’importance. Kubrick n’a pas voulu faire qu’un beau film en image croyez moi.

Maintenant j’attendais en effet que vous vous démasquiez et révéliez la vraie nature de vos critères : qu’ils sont en priorité politiques. Pouvez vous accepter que l’on ne soit militant d’aucune cause etre un simple citoyen ou est ce une tare ?
Car cela n’est pas la place que je donne à mes critères artistiques : lma dimension politique et sociétale en fait partie mais n’est pas prédominant même si de chaque artiste on peut évidemment le comprendre qu’en fonction de la société qui a vu naître ses oeuvres) mais d’autres artistes n’ont jamais cherché à etre dans la subversion (et non la subversivité comme vous l’avez écrit...arrêtons les néologismes, le dictionnaire existe encore) ou alors une plus feutrée et cela n’a pas été au détriment de leur Art loin de là (Nicolas Poussin, Jean-sabastien Bach, Alexandre Dumas et quelques gentils poètes comme Prevert). Je vous encourage à ouvrir votre esprit à ces petites perles de l’Histoire de l’Art peut etre moins arrogants dans leur démarches mais tout aussi sincère et charmants, ça aussi a droit à une place.
La créativité n’est pas que folie, fureur et contestation (il faut arrêter les clichés romantiques sur les artistes) elle peut etre mue par la simple envie de transmettre quelque chose de beau. Carpar David Friedrich a peint quelque unes des plus belles représentations de la nature (aucun humain, aucune politique, aucune provocation) et cela reste magnifique.

Dernièrement Baz Luhrmann a fait un travail navrant sur le texte d Shakespeare (un collé copié déjà ringard de toute l’esthétique MTV des années 90 sans aucune invention mais plein de récupérations) et le comparer à Button est un peu déplacé vu qu’il n’y a rien de fantastique dans cette célèbre pièce. Je comparerais plus le film de Fincher à Big Fish, Star Man....bref des histoires d’amour fantastiques, des romances volontairement affabulées : on est sur un site fantastique non ? Alors comparons avec les bons critères sinon c’est hors-sujet.

Amitiés à vos réflexes "subversifs" bien rouillés.

10 février 2009 | Par Simone Choule

Chère Madame Choule,

Permettez-moi de vous répondre un mot.
Je ne reviendrais pas sur votre définition du classicisme et de l’art en général, qui se fonde sans aucun doute sur son esthétique, mais en aucun cas sur sa valeur politique (au sens de la vie de la cité... pour éviter toute interprétation militante) qui reste fondamentale dont la subversivité, la capacité à l’innovation permettent d’additionner l’acception "chef" au terme d’"oeuvre".
Dès lors vous vous pâmez devant un Barry Lyndon (ce qui tends à démontrer votre conformisme) qui, je le maintient, ne raconte rien et, mis à part son indéniable qualité esthétique, reste un film profondemment ennuyeux, qui, à mon sens, traverse bien plus mal le temps et les époques, qu’un "Folamour", ou que ne le fera probablement un "Eyes Wide Shut". Dire la qualité d’un film en argumentant sur une lentille (même de la NASA), me semble mince, et les thématiques abordées le sont bien mieux dans le Roman de Thackeray. Défendre Kubrick ou Fincher à tout prix, parce qu’ils sont Kubrick ou Fincher me semble pueril.

En bref et en conclusion, chacun voit midi à sa porte, mais si je vous accorde qu’un Kubrick s’apprécie souvent après plusieurs visions, celui-ci, et pour l’avoir visionné de nombreuses fois, n’est pas des plus appréciables.

10 février 2009 | Par Oscar Dwile

Ursula Von Trash : Votre définition de l’art et du classicisme est erronée (déjà le classicisme ne commence pas avec Manet...) Toutes les grandes oeuvres d’art n’ont pas été que choquantes et je vous rappelle que "Le Parrain" n’a choqué personne à sa sortie : ça a été comment dire....un très gros succès et qui traverse le temps merveilleusement bien, bien que ce ne soit qu’à vos yeux un bête film "classique".. Nicolas Poussin Rembrandt Vermeer sont des peintres exquis qui ont formé le regard occidental mais n’ont jamais eu l’envie de "choquer le bourgeois". Si cela est votre seul critère d’appreciation , votre lecture des choses s’en voit bien appauvri malheureusement.

Deuxièmement les bourgeois aujourd’hui ne sont plus des vieux cathos tradis, les bourgeois majoritaires et qui ont le pouvoir sont des bobos branchés aux valeurs moraleuses à gauche et la droite libérale et libertaire (donc si on veut les choquer c’est sur leurs valeurs et non celles de la bourgeoisie d’il y a 40 ans il est temps de vivre avec votre époque, très chère)

Comme ces gens qui ont le pouvoir vous ont manifestement bien aliéné pour vous faire croire qu’il faille choquer la génération de bourgeois qui les ont précédé (et qui est une minorité en France) vous ont bien appris les "bons" codes pour déterminer ce qu’est par essence une oeuvre d’art que voulez vous que je vous dise : Benjamin Button n’est pas pour vous et votre logiciel de lecture d’un film est à revoir car complètement à coté de la plaque (et vous risquez d’être un peu...utilisée à fixer les critères d’une génération qui n’est pas la votre : ça rend service à une autre afin de garder le pouvoir idéologique sur votre génération...il est tant de prendre des libertés non ?).

Contrairement à ce qu’avance maladroitement "Oscar Wilde" je suis d’accord avec Nabe "Barry Lyndon" est juste puissant comme film (sur l’ambition, sur les désillusions, sur le couple et la famille...peut-on tuer son beau-fils ?) et évidemment sur l’accomplissement esthétique (faire venir un objectif de la NASA pour filmer la lumière comme personne : ah si comme les peintres Constable, Gainsborough ou meme Hogarth dont le rapprochement n’est n’est pas simplement visuel, puisque Kubrick emprunte le ton satirique du biclassé peintre-caricaturiste pour décrire la noblesse et bourgeoisie de l’époque). Dire que ce film ne raconte rien, c’est un peu n’importe quoi : tout le monde sait qu’un Kubrick s’apprecie au vu de plusieurs lectures du film (lisez entre autres Michel Ciment).

En fait je m’inquiète cliniquement pour ce site de ne pas pouvoir mesurer de joyaux sublimes comme celui-ci ou Benjamin Button dont vous passez complètement à coté.
Je vous souhaites néanmoins un prompt rétablissement dans un musée ou peut etre même une salle de cinéma.

Amitiés à vous et toutes mes condoléances à vos critères d’appréciation dévoyés.

10 février 2009 | Par Simone Choule

Chère Madame Choule et Monsieur Nabe le Puissant,

Merci de vos réactions.
Permettez-moi de vous répondre en quelques mots. Tout d’abords, Madame Choule, si j’ai une sympathie certaine pour Monsieur Carpenter, je n’aurais pas cité "Starman" en référence, ce dernier n’étant certes pas mon préféré dans la filmo de l’homme-orchestre (un de ses rares films de "studio" d’ailleurs, et même si le jeu de Karen Allen et Jeff Bridges est impeccable). En revanche dans la catégorie "histoire d’amour impossible" je lui aurais largement préféré le coloré "Romeo + Juliet" de Baz Luhrman ou éventuellement le "Ladyhawke" de Richard Donner (quitte à rester dans les années 80).
Et, cher Monsieur Nabe, je ne suis ici qu’un commentariste. Les arguments sont du côté du pigiste, et il ne me semble pas utile de revenir dessus. Permettez-moi simplement un mot sur Kubrick : "Barry Lyndon" reste un film ennuyeux. Certes, il bénéficie de tout le talent d’artisan du gentleman, mais n’en est pas moins un film vain qui ne raconte pas grand chose, et surtout, ne porte pas les germes de la controverse dont est souvent capable Monsieur K. par le sens (Orange Mécanique, Dr. Folamour, Full Metal Jacket) ou simplement par l’objet (The Shinning, Eyes Wide Shut).
Et pour en finir avec Fincher, loin de moi l’idée d’enterrer définitivement ce cher David, mais je reste en attente d’un fillm, un seul, qui me permettra de changer d’opinion. Ses deux derniers opus étant tellement décevants, auraient tellement pu être mis en boite par n’importe quel yes man un peu habile, que je manque d’arguments, justement, pour défendre son cinéma.

10 février 2009 | Par Oscar Dwile

En 1883, lorsque Manet présente le déjeuner sur l’herbe, cela choque le bourgeois. Le classicisme est alors sorti comme rempart (innover n’est pas nécessaire, ne pas remettre nécessairement en cause les canons de beauté et de représentation). Mais l’art (celui qui reste dans l’histoire comme manet) c’est celui qui choque ses contemporains et devient lui même académique pour les générations suivantes. Si fincher n’est capable que de classicisme aujourd’hui, alors qu’on connait ses capacités cinématographiques (fight club, seven, alien 3), je ne me réjouis pas..

10 février 2009 | Par ursula von trash

Moi j’aime les films dits "classiques" comme Le Parrain ou bien Out of Africa et je ne compare pas avec les autres films de Fincher car ce n’est ni le même sujet ni la même démarche ni le même registre (à la limite on pouvait comparer Seven avec Zodiac) , donc c’est hors-sujet.

Mais c’est vrai que le classicisme est super mal vu dans le milieu journalistique qui aime s’enorgueillir d’avant-garde car c’est leur avoine : sans ça ils n’ont plus de boulot : la nouveauté ostentatoire est leur critère absolu. Pour les autres gens ce n’est pas forcément nécessaire d’être ultra novateur et subversif (la sagesse d’esprit n’est pas très journalistique : il faut etre dans l’époque, dans le moment pour eux) alors que les journalistes courent faire de ces artistes des institutions qu’ils aiment pourtant déboulonner une fois bien mis en place.

C’est propre à leur métier Simone, ce n’est pas grave s’ils sont passé à coté de Benjamin Button : après tout ce procès a été fait à Kubrick sur Barry Lyndon qu’il a fait juste après le tonitruant Orange Mécanique et aujourd’hui que regarde-t-on le plus : Barry Lyndon car il est moins ancré dans son époque : je prédis le même destin pour Button qui risque d’enterrer Fight club dans le coeur des gens.

9 février 2009 | Par Marc Edouard Nabe le puissant.

Oscar Wilde vous enterrez trop vite Fincher et ceux sous le coups d’adjectifs péjoratifs et non des arguments, pouvez vous préciser le déclin artistique de Fincher et comment s’exprime-t-il ? Ne confondez vous pas classicisme et académisme (faux procés qui a tenu pour "Le Pianiste" ) devant l’arrogance de la sacro-sainte modernité ? Est ce que les "simples" qualités de conteur d’histoire ne sont pas à mettre plus en avant que le discours, la pose ?

Autant je suis d’accord avec vous pour Panic Room qui n’est qu’un exercice de style (brillant mais exercice de style quand même qui n’a pas comme ambition de tutoyer les noblesse de l’ame) mais pour Button, vous m’en voyez désolé mais dans le registre des histoires d’amour fantastique vous ne le placez pas un peu plus haut que "Starman" de Carpenter ? Ou est ce là pour vous le haut du panier dans ce registre ?

9 février 2009 | Par Simone Choule

Alien 3 totalement maitrise etait cite, mais dans le titre (la trilogie fincher à conserver à mon sens)
en tout cas ca fait reagir et j’en suis..ravie !!!!

9 février 2009 | Par ursula von trash

Le cinéma n’est ni un simple art de la plastique, ni un seulement un art du verbe, et encore moins un art de l’ouïe uniquement. Sa dimension à la fois totale, et figée, en font un art complet et complexe.
Un faiseur qui omettrait un seul de ces aspect, engendrerai inéluctablement un rejeton incomplet, amputé d’un de ses membres.
Fincher, et ce depuis Alien 3 (oublié dans la liste d’Ursula, qui reste pourtant un coup de maître), était un de ces fabricants de rêve au talent rare, n’omettant ni fond, ni forme, ni fioritures et détails pour livrer au public des oeuvres pleines de signes, de sens, et de sons.
Déjà, "Panic Room" perdait beaucoup de cette substance, même s’il en restait la moelle visuelle, certes, un peu frelatée.
"Zodiac", académique et ennuyeux nous arrivait comme la première toux d’un génie mourant, et "Button" semble confirmer que Fincher est passé du cénacle des génies à celui des invités de cocktails mondains, propriétaires d’une villa dans un patelin au nom de Santa [choisissez le nom de la fille], roulant en sportive décapotable sur Venice Blvd.
Fincher a rendu les armes, il a plié sous le diktat des studios ou n’a plus été capable de leur vendre une idée folle, ce qui revient au meme.
Paix à son âme d’artise.

9 février 2009 | Par Oscar Dwile

Personnellement, je rejoins plus ou moins l’avis d’Ursula. J’attendais beaucoup de ce film, ce qui est normal au vu du battage médiatique dont il a été l’objet.

Néanmoins, si le point de vue formel de l’oeuvre est irréprochable (normal,c’est du Fincher !) et me laisse rêveur, je me suis pris assez tôt à en attendre beaucoup plus qu’une simple histoire d’amour. Tout ceci est très joli mais j’aurais préféré deloin une exploration historique du siècle dernier qui eût été,à mon sens, bien plus passionnante que cette simple fable romantique.

Alors oui Fincher m’a encore étonné : pour la première fois je me suis quelque peu ennuyé devant un de ses films. Non pas qu’il soit mauvais, il est même admirablement réussi, mais tout simplement parce que j’en attendais totalement autre chose...

Chacun, selon sa sensibilité, va appréhender le film différemment, et c’est sans doute cela qui me fait dire que Fincher a tout de même réussi son coup malgré mon énorme déception !

9 février 2009 | Par Mae-Nak

J’adore les controverses... Suis comme ça. L’article ne laisse apparemment pas indifférent...

9 février 2009 | Par Damien

Au contraire Tronçonneuse, le film a une identité visuelle forte : difficile de ne pas reconnaître la patte de Fincher avec son goût pour la composition ultra précise de ses cadres comme son goût pour les contrastes ouatés en lumière...si ce film est académique alors c’est l’académie qui s’est Fincherisée !

9 février 2009 | Par Bretzelburg

Il y a une révolution visuelle dans ce film mais elle est discrète, au contraire des autres films du réal, c’est celle de la crédibilité du personnage qui rajeunit, et ça passe je trouve, pas besoin d’être pompier tout le temps.

9 février 2009 | Par Tronçonneuse

Fincher est peut etre classique ou académique mais il livre quand même un film classique singulier qui se distingue du mièvre "Shaekespeare in Love" que l’académie des Oscars avait récompensé ainsi que de plein d’autres films dits "académiques".

9 février 2009 | Par Diabolo menthe

Les codes narratifs de Benjamin Button sont retournés très chère car c’est justement le sujet du film : faire le chemin inverse de la vie. C’est implacable, désolé si vous n’aviez pas su faire attention à cela, mais la linéarité de l’histoire que vous pointez est justement traversée par un "contre-sens". On appelle ça de l’audace feutrée....

Il n’y a aucun poncif dans ce film ou aucune banalité digne de "plus belle la vie" car on est devant une réalité unique pour l’histoire de cet homme dont la psychologie va etre malmenée : le drame de sa vie est de rajeunir auprès de son amour qui elle, va vieillir. Ce n’est donc pas un effet spécial sans affects ni personnalité (il passe de petit vieux attachant et fougueux à jeune homme doté de sagesse)
Benjamin connaît la fatalité de la vie au début de son existence (car tout le monde pense qu’il va mourir d’une terrible maladie) mais lui se montre ouvert et tourné vers les autres et la vie. Il es deviendra quelqu’un d’étonnement calme malgré les tempêtes de la vie - tout le background thématique du film - et apprendra à son amour qu’il y a un "bon" moment pour tout. Car c’est une histoire de temps rétabli, de moments suspendus comme vécus, c’est une histoire forte (et pas faible ou compassée comme vous l’entendez) car le drame y est unique et ou le temps est, concrètement comme métaphoriquement au coeur de l’histoire d’amour et dotée d’anecdotes qui amplifient la douce ironie de Fitzerald.

Souvent les grand musiciens de Hard Rock Metal sont les meilleurs pour nous composer des ballades, tendes et délicates. Fincher fait partie de ce genre d’artistes aussi doués pour plaire à ma Grand mère qu’à mon petit frère d’ado révolté. On appelle ça fédérateur et pas "establishment" et ça n’a rien de péjoratif quand cela donne le meilleur du cinéma hollywoodien et non pas une énième adaptation de comics ou de série TV mais un peu de leur culture, littérature, révélant ainsi les fondements de leur société mieux qu’une énième biopic.

Sur la route de Madison est un Chef-d’oeuvre d’ailleurs (plus que Out of Africa) et la subversion n’est pas seule garantie de qualité , elle peut etre aussi arrogante, rebellocrate et vaine. Cette définition du cinéma est discutable car la vérité n’est pas là et lorsque je lis que tout y est "joli", "précis" et que la lumière est "belle" le voir comme une aberration est quand même curieux : on a là ni une esthétique publicitaire, ni de chromo à la Pearl harbour et ce n’est pas reconnaître le merveilleux travail de direction artistique entre les peinture de Edward Hopper et les photographies de Pierre Petit. Sans compter sur la loufoque galerie de seconds rôles (et les anecdotes truculentes qui vont avec).

Fincher vient de prouver qu’il a du coeur, là ou vous y etiez attaché lorsqu’il n’en avait pas (le nihilisme de Seven et de Fight Club, l’apocalypse selon Alien 3, la manipulation de The Game, l’enfermement dans Panic Room et l’enquête désintéressée de Zodiac et leurs mises en scènes si froidement conceptuelles et surtout pas chaudement romanesques), donc qu’il continue à étonner, là est la vertu de ceux qui ne répètent pas.

9 février 2009 | Par Simone Choule

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