Torture Porn : le cinéma extrême

20 avril 2016 | Par : Darkness Fanzine | Des livres

Avec Torture Porn, l’horreur postmoderne de Pascal Françaix, les éditions Rouge Profond nous proposent un ouvrage de grande qualité entièrement consacré à un sous-genre cinématographique tout autant décrié qu’il fascine. L’histoire de « l’extrêmisation des thématiques et de la violence propres au cinéma d’horreur » racontée sur près de 300 pages criblées de références.

Qu’est-ce que le torture porn ?

Le succès au box office des films Saw (2004, James Wan) ou encore Hostel (2005, Eli Roth), qui tous décrivent la douleur et la torture d’êtres humains soumis au bon vouloir sadique de leurs tortionnaires, dérangent une bonne partie de la presse américaine tel David Edelstein qui, dans un article publié dans le New York Magazine en 2006, s’insurge contre la démocratisation de la monstruosité en qualifiant pour la première fois de « torture porn » cette subdivision contestée d’un nouveau cinéma d’horreur dont les fleurons, mis à l’affiche des multiplexes aux côtés de comédies populaires, tendent à banaliser à l’écran et aux yeux du public un étalage gratuit de souffrances physiques.

Paradoxalement, si la critique cinématographique reconnaît aujourd’hui aux slashers des qualités qu’elle leur déniait il y a trente ans, dont la délicatesse scénaristique de punir de mort violente les assassins sanguinaires, elle condamne avec la plus grande sévérité la gratuité morbide des torture porn, Edelstein allant même jusqu’à comparer le jaillissement du sang qu’ils inspirent au spasme de l’éjaculation du spectateur-voyeur confronté à des images destinées à éveiller ses instincts les plus bas. Une confusion entretenue par les propos du réalisateur Eli Roth revendiquant à la sortie d’Hostel, une intention consciente et assumée de mélanger sexe et violence.

Le torture porn est-il si nouveau ?

Au début des années soixante, Hershell Gordon Lewis inaugure le régime gore de l’image avec Blood Feast (1963). Un film, devenu culte, qui annonce ce que Tom Wolfe baptise en 1967, l’ère de la pornoviolence. Renvoyant brutalement à son animalité, le torture porn déshumaniserait donc l’être humain portant de ce fait une atteinte certaine à sa dignité. Ce qu’en France, les pouvoirs publics veulent absolument limiter, le Conseil d’État estimant le 11 mai 2015 que l’interdiction aux moins de 16 ans du film Saw 3D : chapitre final (2010, Kevin Greutert) était insuffisante. Le torture porn serait donc bien plus dangereux que le film gore. Un raisonnement également soutenu par le British Board of Film Classification (BBFC) lequel va encore plus loin, en interdisant purement et simplement des films comme Grotesque (2010, Kôji Shiraishi) ou The Bunny Game (2012, Adam Rehmeier) en raison d’une absence totale de discours justifiant les scènes difficiles. Là encore, la gratuité des séquences d’humiliation et de torture est sévèrement condamnée.

Le livre de Pascal Françaix ouvre les tiroirs d’un cinéma pas comme les autres et qui, au terme de développements captivants, richement illustrés par la description et l’analyse de films aux apparences parfois trompeuses, nous amène finalement à en douter. Torturn porn ravira les universitaires et les cinéphiles curieux d’en savoir davantage sur la représentation des extrêmes au cinéma.

TORTURE PORN. L’HORREUR POSTMODERNE

PASCAL FRANÇAIX

Rouge Profond, collection Débords

300 pages, 20 euros, février 2016.

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