Critique de film

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The Weight

"The Weight"
affiche du film

Jung, employé bossu d'une morgue, vivote entre morts et vivants et se transforme en passeur de fortune sitôt qu'un être atteint l'au-delà...

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Trailer - The Weight (2012)
Par : Damien Taymans

Les critiques à propos de ce film

Critique de The Weight - Un pavé dans la mort
Par : Damien Taymans
Tags : BIFFF 2013

"Ce qu’on appelle raison de vivre est en même temps une excellente raison de mourir" pointait avec justesse L’Homme révolté de Camus. D’accord, mais de mort lente, aurait rajouté Jung, thanatopracteur bossu, atteint d’arthrite et du tuberculose. Mister pas-de-bol, en somme. Et pour assombrir encore davantage le tableau, le bonhomme a connu une enfance pas toujours rose (il est abandonné et grandit dans un orphelinat) en compagnie d’une marâtre ’achement sévère et d’un demi-frère en plein doute sexuel qui n’a pour seul objectif que de se disséquer la larve encombrante qui pend à son entre-cuisses. Dans ces conditions, Jung aurait pu devenir Freud et disserter sur les troubles émotifs sous-ventriers de ses contemporains plutôt que de recoudre des cadavres amochés dans sa morgue. C’est un sacerdoce pour lui, rendre son existence moins laide en rendant les trépassés plus beaux...

The Weight est assurément une déclinaison intéressante sur les liens étroits entretenus par Eros et Thanatos ainsi qu’aux relations troubles unissant les satyres à Vénus. La tragédie se joue, lancinante, dans une atmosphère lourde et surréaliste : les monstres se succèdent sur la scène, jouent au jeu de l’amour, puis saluent pour revenir à l’acte suivant. Tous participent au même tableau, sous l’oeil de son créateur, Jeon Kyu-haw qui pénètre sa propre œuvre, emprunte le scalpel de son héros pour disséquer chacun de ses personnages et, à traverse eux, explorer toutes les facettes de la faiblesse humaine, parmi lesquels résident les instincts les plus bas. Sous ce fardeau se compose une polyphonie étrange, volontiers dissonante, rappelant entre autres Freaks de Tod Browning dans son art de dépeindre poétiquement l’anormalité, de créer le Beau à partir de l’abject, de renverser les valeurs.

The Weight alourdit encore un peu plus le fardeau en bout de course en permettant à deux "insectes", pour paraphraser l’un des personnages du film, de commenter l’existence des autres, qu’ils considèrent comme déprimante. La frontière entre les mondes des morts et des vivants se dissipe, la disparition des monstres est elle-même anecdotique. Autant que celle des simples mortels. La boucle est bouclée. Le film de Jeon Kyu-haw est une nouvelle illustration, avec le Pieta de Kim Ki-Duk, du brio de la création cinématographique sud-coréenne marginale.


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