Critique de film

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Taxandria

"Taxandria"
affiche du film

Le jeune prince Jan est envoyé dans un hôtel au bord de la mer afin de préparer ses examens. Mais entre les discours ennuyeux de son précepteur et ce phare au bout de la plage, le choix est vite fait. Parti en exploration, il rencontre Karol, sorte d’ermite qui soigne les animaux blessés et aide des sans –papiers. Karol se prend d’affection pour Jan et lui fait découvrir un monde magique : Taxandria. Taxandria est régi par la dictature de l’Eternel Présent. Suite à un cataclysme qui a mis fin à l’Ère des Machines, ce monde dévasté s’est figé en un instant éternel, dans lequel toute allusion au passage du temps est interdite. L’imagination des Taxandriens est bridée, leur conscience endormie. C’est dans ce monde que prennent place les aventures d’Aimé et Ailée, deux adolescents épris de liberté.

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Les critiques à propos de ce film

Critique de Taxandria - La rêverie surréaliste de Raoul Servais
Par : Nicolas Zinque

1994. Raoul Servais met fin à une attente interminable et présente son premier long-métrage : Taxandria. Depuis son triomphe à Cannes en 1979 (palme d’or du meilleur court-métrage pour Harpya), le cinéaste belge se consacrait à la réalisation du projet le plus ambitieux de son époque. Lors de la première, la déception est énorme du côté des journalistes belges : ils ne reconnaissent pas leur Magicien d’Ostende et leurs critiques sont au mieux mitigées. En quinze ans, Raoul Servais s’est perdu dans les dédales d’une superproduction.

Taxandria repose sur une double narration. D’un côté, le monde « réel » dont Jan est le prince (en réalité, un royaume fictif faisant référence à la Belgique). On est dans le cinéma classique, en prise de vues réelles. De l’autre côté, les aventures d’Aimé à Taxandria, monde imaginaire dont les décors sont composés de tableaux figés inspirés des œuvres de Paul Delvaux. Des acteurs en chair et en os se déplacent dans ces décors dessinés. Techniquement et esthétiquement, on se situe plutôt dans l’animation. La frontière entre les deux n’est pas si nette et tend même à s’estomper au cours du film !

Si la base de l’histoire est excellente, sa concrétisation est une catastrophe. L’intrigue principale, prenant place dans Taxandria, a été rabotée suite à des problèmes budgétaires. Le résultat est fade : on suit les personnages à travers des décors merveilleux, mais il n’y a aucune action, aucun véritable antagoniste. La dictature de l’Eternel Présent offre si peu de résistance qu’elle s’en décrédibilise. Aimé est lui-même très apathique et sa pseudo histoire d’amour avec Ailée est insipide. Quant aux péripéties de Jan, elles ont été imaginées pour boucher les trous narratifs alors qu’une bonne part des images animées avaient déjà été tournées. Le développement chaotique du film est certainement à l’origine du montage bancal, qui multiplie les raccords hasardeux (à l’image des raccords lumière des premières scènes, incohérents), les plans s’enchainant par des cut brutaux. Le montage sonore est énervant, bien que certaines musiques soient sympathiques.
C’est d’autant plus dommage que le fond de Taxandria est original, unique. Cette idée de régime totalitaire, de temps figé, ce concept de reproduction interdite et de camera obscura pour le briser ! Tant de promesses ! Mais tout est laissé à l’état d’embryon, et on sent bien que l’auteur n’a pu aller au bout de son idée, coincé entre les restrictions budgétaires et les desideratas des producteurs. Dans les points positifs, on soulignera la fusion progressive des deux intrigues Jan- Aimé. Petit à petit, le monde imaginaire s’invite dans le réel, au point que la frontière entre les deux s’efface totalement ! Pour compliquer le tout, les mêmes acteurs jouent des personnages différents dans les deux mondes ! Les évènements de Taxandria renvoient à ceux auxquels Jan et Karol sont confrontés. Pas révolutionnaire, mais efficace et bien mené. On comprend facilement que le monde de Taxandria est un récit imagé, dénonçant les régimes totalitaires et la censure. De ce point de vue, cela reste une très belle histoire, bien qu’un peu naïve par moment.

Si l’intrigue ne convainc guère, les décors qui forment le monde de Taxandria valent le coup d’oeil ! Dès la première incursion dans ce monde imaginaire, on a le souffle coupé : on découvre une ville dévastée, dont l’architecture évoque un curieux croisement entre celle de l’Atlantide et l’Europe de l’après-guerre. Les peintures y ont été arrachées, les horloges et les vitres brisées. L’atmosphère est teintée de surréalisme, à l’image de cette communication sous forme de téléphone arabe : une chaine de gentlemen en (très) haut de forme transmet les messages du palais à Aimé.

Taxandria, c’est avant tout une esthétique unique dont les origines se perdent dans le surréalisme : le film est en effet adapté partiellement de l’univers graphique du peintre belge Paul Delvaux, dont l’œuvre est souvent rattachée au surréalisme. Mais rien ne symbolise mieux Taxandria que la collaboration entre Raoul Servais et François Schuiten. Appelé pour la confection des décors, ce dessinateur belge est célèbre pour sa série Les Cités obscures (scénario de Benoit Peeters). C’est lui qui va insuffler à Taxandria ce caractère unique et rendre palpable cette atmosphère figée en adéquation parfaite avec le thème du film.

Difficile également de ne pas lier Taxandria à la Servaisgraphie, procédé de trucage inventé par Servais lui-même et qu’il utilisera à pleine puissance dans le court-métrage Papillons de nuit. Dans le long-métrage, la servaisgraphie n’est utilisée que pour la confection des décors. Les personnages sont incrustés via un procédé numérique (le système Toccata) révolutionnaire à l’époque, mais peu fonctionnel. Servais rêvait de mouvements stylisés pour ses personnages (à l’instar des agents qui communiquent par téléphone arabe) afin de symboliser la léthargie dans laquelle vivent les Taxandriens. Mais les producteurs, craignant un film trop expérimental, imposent des personnages plus classiques.

Taxandria est une œuvre atypique, à mi-chemin entre le film d’animation et le film en prise de vues réelles. Aujourd’hui encore, il est cet ofni (objet filmé non identifié) dans le cinéma d’animation, tant par les péripéties qui l’ont vu naitre que par son esthétique unique. Le projet de Raoul Servais a été altéré, broyé et remonté, mais il s’en dégage toujours ce doux parfum que seul le Magicien d’Ostende est capable de créer. Œuvre majeure mais pas chef- d’œuvre, Taxandria est à voir pour l’expérience unique qu’il procure.


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