Critique de film

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Tarzan s'évade

"Tarzan Escapes"
affiche du film

Tarzan, l'homme singe, règne en maître sur son domaine, la jungle. Mais une expédition d'hommes blancs le capture et décide d'en faire une bête de cirque. Surgit alors une tribu de redoutables sauvages...

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Les critiques à propos de ce film

Critique de Tarzan s’évade - La petite évasion
Par : Fred Pizzoferrato

Ce troisième volet des aventures de Tarzan qui devait, à l’origine, s’intituler « The Capture of Tarzan » ou encore « Tarzan and the vampires » comprenait des séquences jugées fort violentes par les spectateurs de l’époque. Le climax du métrage incluait, en particuliers, l’attaque de Tarzan et ses compagnons par d’énormes chauves-souris vampires. Selon certaines sources (difficilement vérifiables à l’heure actuelle), une projection en avant-première de ce « Capture of Tarzan » s’acheva par des protestations indignées des mères de famille américaines, le film ayant terrifié leurs petites têtes blondes trop impressionnables. Que l’histoire soit vraie ou pas, « Capture of Tarzan » fut, en tout cas, considéré trop brutal par les producteurs et ces derniers demandèrent au metteur en scène James McKay de tourner de nouvelles scènes afin de remplacer les passages incriminés. Ayant refusé, McKay fut licencié et remplacé par John Farrow (futur metteur en scène du western Hondo avec John Wayne), lequel tomba amoureux de Maureen O’Sullivan sur le tournage avant de l’épouser. George B. Seitz et William A. Wellman participèrent, eux aussi, à la réalisation de ce qui devint, au final, Tarzan s’évade. Pourtant, officiellement, seul Richard Thorpe fut crédité au générique.

L’intrigue concerne Rita et Eric Parker, les cousins de Jane, qui débarquent en Afrique et lui demande de rentrer en Grande Bretagne pour récupérer un important héritage. Dans la jungle, Rita et Eric rencontrent également un nommé Jiggs Rawlins et un chasseur, le capitaine Fry, qui souhaite capturer Tarzan et l’exhiber comme un phénomène de foire. Cependant, les indigènes refusent de s’enfoncer plus profondément dans la jungle par crainte de la magie noire et l’expédition est attaquée par les féroces Gabonis. Tarzan intervient et sauve la mise aux Hommes Blancs…mais Fry, par traitrise, provoque une querelle entre Tarzan et sa compagne puis tente de prendre au piège le Roi de la jungle…

Reprenant des séquences puisées dans les deux précédents volets pour étoffer le métrage, Tarzan s’évade reste, malheureusement, bien faible et languissant. Par manque d’argent ou d’inspiration, les scènes spectaculaires ayant bâti la réputation de la saga s’effacent, remplacées par de pesantes saynètes dans lesquelles le couple composé de Tarzan et Jane batifole chastement. L’influence écrasante de la censure oblige d’ailleurs Maureen O’Sullivan à remiser au placard son petit bikini pour lui substituer une peu sexy robe courte ressemblant à un sac à patates. La recréation du confort moderne américain en pleine jungle peut toutefois amuser et la « cabane dans les arbres » dispose, à présent, d’un four rustique et d’eau courante, à la grande satisfaction de Jane la ménagère des tropiques. Un couple aimant, un animal domestique (Cheetah remplace le brave toutou gardant la propriété), il ne manque à cette famille modèle qu’un enfant mais pour cela il faudra attendre le judicieusement nommé Tarzan trouve un fils puisque la censure ne permettait pas de relations sexuelles dans ce couple non marié.

Difficile de déterminer si les cinéastes se veulent sérieux ou égratignent gentiment les clichés du bonheur domestique mais ces séquences restent suffisamment cocasses pour divertir. Dommage que Tarzan s’évade manque autant de nerf, les différentes réécritures et remontages ayant abouti, hélas, à un long-métrage peu palpitant dans lequel les morceaux de bravoure sont rares. Amputé de son climax mythique qui incluait d’agressives chauves-souris géantes venues attaquer Tarzan et ses amis, le film se termine sans panache et de manière précipitée, rendant l’ensemble globalement décevant. De plus, des situations, déjà vues dans Tarzan l’homme singe et Tarzan et sa compagne, sont rejouées avec d’infimes variations, accentuant à nouveau l’impression de bâclage, tout comme la présence de stock-shots des deux précédents volets réutilisés sans finesse. L’inclusion d’un humour plus franc s’avère pour sa part une innovation bienvenue vu la naïveté du scénario mais signe également la fin de la période « adulte » et « sombre » du personnage principal, bientôt condamné aux pitreries pas toujours du meilleur goût.
Reste aujourd’hui un humour involontaire savoureux et un racisme bon enfant réjouissant au second degré, à la manière de cet explorateur qui s’exclame « Il s’en est fallut de peu, on a failli perdre les bagages » après la chute mortelle de plusieurs porteurs dans un ravin. Les dialogues poétiques de Jane valent, eux-aussi, leur pesant de cacahouètes comme en témoigne un vibrant « Tarzan me fait vivre comme la pluie à la fin de l’été et comme le vent dans les arbres » déclamé avec le plus grand sérieux. Des passages ringards mais divertissants qui aident à supporter la mollesse de l’entreprise.

Dans l’ensemble, Tarzan s’évade manque toutefois de souffle pour convaincre et demeure un des volets les plus faibles de la saga. De rares bons moments ne peuvent compenser la sensation générale de précipitation et les trop nombreuses faiblesses d’un script mal bricolé. A réserver aux seuls inconditionnels nostalgiques.


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