Critique de film

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Surveillance

"Surveillance"
affiche du film

Deux agents du FBI arrivent dans une petite ville perdue pour enquêter sur une série de meurtres. Ils retrouvent sur place trois témoins : un policier à la gâchette facile, une junkie complètement déconnectée et une petite fille de huit ans encore sous le choc. Au cours des interrogatoires, les agents découvrent rapidement que les témoins donnent chacun une version différente des faits, dissimulant manifestement une partie de la vérité.

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Les critiques à propos de ce film

Critique de Surveillance - La vérité si je mens...
Par : Seb Lecocq
Tags : Serial killer

En l’an de grâce 1950, le grand Akira Kurosawa adaptait Roshomon, une nouvelle du non moins immense écrivain japonais Ryunosuke Akutagawa, L’histoire est en apparence très simple mais permet à Kurosawa de travailler sur le point de vue, la subjectivité et le mensonge en filmant un même fait raconté par trois personnes différentes. Bien vite, grâce à la maîtrise filmique du réalisateur, on se rend compte que les trois histoires sont différentes en tous points. Dans Surveillance, le principe est à peu près similaire. Jennifer Lynch, fille de David, use de cette technique afin de mettre à nu ses témoins et faire de ce fait éclater une vérité bouleversante.

Le début du film est plutôt réussi : une scène de meurtre assez violente perpétuée par un homme au visage brulé et défiguré nous est montrée dans un ralenti esthétisant entrecoupé de fondus au noir. L’ambiance est d’entrée posée et manifestement Jennifer Lynch a tiré les leçons de ses erreurs et ne réitérera pas celles commises sur Boxing Helena, qui reste à ce jour un très mauvais souvenir. Plus question cette fois de marcher sur les plates-bandes de papa, Jennifer entend bien se forger un prénom dans le milieu impitoyable d’Hollywood.

Le début du film démarre sur un rythme assez lent, voire lancinant. Décors et personnages écrasés par la chaleur, désert à perte de vue. Seul une bande de bitume, un commissariat et quelques caravanes attestent de l’existence d’une forme de vie dans ce no man’s land étouffant. C’est dans ce lieu désolé que sont envoyés deux agents du F.B.I afin d’enquêter sur un meurtre perpétré par un serial killer. Les deux agents, ersatz de Mulder et Scully du désert, se heurtent à l’autorité des flicaillons du coin. En quelques scènes d’apparence anodine, Jennifer Lynch pose les bases de cette histoire : la vérité ne sera pas simple à faire éclater tant les témoins semblent peu fiables.

Outre Rashomon cité plus haut, Surveillance nous rappelle au bon souvenir d’œuvres tel que le savoureux Basic de John Mc Tiernan ou un petit film méconnu, le Suspect Ideal des frères Pate. Dans ces films déjà, il était question d’enquête, d’interrogatoire et de manipulations. La comparaison s’achève là car l’investigation de Surveillance ne porte pas a priori sur le meurtre montré en début de métrage mais sur un accident de la route qui a mal tourné. Jennifer nous entrainerait-elle vers des sentiers escarpés et louvoyants afin de mieux endormir notre vigilance ? Par cette ruse subtile, la réalisatrice transfère le spectateur dans la position de ses protagonistes, le laissant découvrir la vérité dans le flot d’informations données par les différents témoins.

Passé une première demi-heure durant laquelle un léger ennui commence à poindre, le film prend son rythme de croisière. L’angoisse et le malaise pointent le bout de leur nez au détour de quelques scènes assez intenses et fortes en émotions. Comme son père, Jennifer Lynch parvient à instaurer une ambiance poisseuse avec trois fois rien comme le prouve ce simple contrôle d’identité qui tourne à la séance d’humiliation. A ce stade du film, la vérité est encore loin d’éclater mais le spectateur s’implique de plus en plus et joue lui aussi un rôle au sein de l’enquête. Collectant les versions, démontant les plaidoyers, suspectant le moindre badaud, le témoin que nous sommes tente de trouver une faille dans le système, aidé par une photographie léchée signée Peter Wunstorf qui utilise une trichromie afin d’appuyer la distinction entre chaque version de l’histoire et une photo plus neutre pour éclairer le commissariat. La force de ce film tient dans l’équipe mise sur pied par la production. Pour épauler une réalisatrice encore débutante (son premier film date de plus de douze ans), on retrouve une brochette d’acteurs confirmés garantissant une interprétation solide qui donnera du corps à l’histoire. Julia Ormond, Bill Pullman et Michael Ironside, tous excellents dans leurs rôles respectifs.

Petit à petit, la botte de paille diminue et l’aiguille apparaît. Les intentions de la réalisatrice paraissent plus claires et on voit enfin des liens se tisser entre le double meurtre d’entrée et cette sombre histoire d’accident. Tout semble s’éclairer, l’intrigue devient limpide …mais la vérité est parfois ailleurs. Le film se termine en nous bousculant un peu dans nos convictions et en nous faisant réfléchir sur le pouvoir des apparences qui constituent le fondement de nos croyances perpétuelles.

Porté par une magnifique photo, des comédiens solides, une ambiance parfois malsaine proche de La Colline a des Yeux ou du Twin Peaks de papa, le métrage tient toutes ses promesses. Entretenant de véritables liens avec le cinéma de son paternel, le film de Jennifer s’en démarque également pour se métamorphoser en une oeuvre personnelle et singulière.


Critique de Surveillance - C’est bien une fille à papa, ça !
Par : Romain Mollet

Quand les premières images sont apparues sur le net, on en venait à se demander si le génie n’était pas génétique dans la famille Lynch. Et bien en fait, la réponse est Non. Si Surveillance s’avère être un thriller redoutablement efficace dans l’ensemble, la moindre tentative d’incursion dans un univers "Lynchien" relève du cliché (voir la scène d’introduction, qui rappelle INLAND EMPIRE en plus sanglant), et malgré les certaines similitudes avec un certain Twin Peaks, on est vraiment bien loin de l’ampleur dérangeante d’un Sailor & Lula ou Lost Highway, malgré un traitement sonore irréprochable.

Une fois la comparaison passée (mais elle l’a cherché !), Jennifer Chambers Lynch se révèle pourtant être une réalisatrice intéressante. Dans son film, elle prend pour protagonistes des personnages médiocres : une famille innocente trop pauvre pour partir en vacances (la petite Ryan Simpkins est fantastique), deux flics qui s’amusent à emmerder ceux qu’ils devraient protéger, deux jeunes qui se bourrent le pif de cocaïne, d’éther et autres conneries dans le genre. Tous passent à la moulinette de deux agents fédéraux (le duo parfait et impensable Bill Pullman/Julia Ormond) chargés d’éclairer une sombre affaire de massacre routier dont ils sont témoins. Or, aucun des témoignages ne concorde à la réalité des faits.

C’est là le parti-pris du film : nous installer au fur et à mesure dans une ambiance cauchemardesque qui, dès lors, ne s’arrêtera jamais. Même si s’alternent des séquences au poste digne de celui de Twin Peaks et des flash-back des victimes pas si innocentes. Dans ce film, les enfoirés sont ceux auxquels on s’attend le moins, même si tous possèdent un certain côté salaud. Ainsi, lorsque se construit le récit à travers les paroles des témoins, le spectateur n’a plus qu’une seule solution : attendre et contempler le carnage perpétuel qui s’offre à ses yeux. Les agents de police abusent de leurs pouvoirs et vident leur pulsions sadiques sur de pauvres conducteurs qui en ressortent traumatisés.
C’est déjà éprouvant, mais ce n’est rien face au grand bain de sang redouté qui nous attend. Et de ce côté-là d’ailleurs, Chambers Lynch ne lésine pas sur l’hémoglobine, et nous gratifie de quelques scènes choc et quelque peu gores.

Et ça tient la route, passionne étrangement et se laisse admirer par un spectateur à la fois fasciné et torturé par l’aspect malsain du film. Aspect renforcé par un final qui, s’il est franchement tiré par les cheveux, s’avère réellement surprenant, confirmant que les personnages que préfèrent aborder les Lynch sont toujours des tarés.

N’est pas David Lynch qui veut, pas même sa fille, mais ce Surveillance reste une très bonne surprise en nous emmenant dans un infernal dédale psychologique où la notion de positif est inexistante. Et ça fait franchement du bien, parfois.


Critique de Surveillance - Lynch family
Par : Samuel Tubez

Signant ici son second long métrage, Jennifer Lynch (fille de qui vous savez) livre un polar du plus bel effet qui est malheureusement passé inaperçu lors de sa sortie en France en juillet 2008 et qui s’apprête désormais à sortir directement en dvd. Il est donc vivement conseillé de se précipiter chez votre revendeur le plus proche !

Deux agents du FBI arrivent dans une petite ville perdue pour enquêter sur une série de meurtres. Ils retrouvent sur place trois témoins : un policier à la gâchette facile, une junkie complètement déconnectée et une petite fille de huit ans encore sous le choc. Au cours des interrogatoires, les agents découvrent rapidement que les témoins donnent chacun une version différente des faits, dissimulant manifestement une partie de la vérité.

Pas de doute, on est bien ici en terrain lynchéen. Entretenant plus d’une connexion avec le cinéma de son père (qui co-produit en outre ce Surveillance), Jennifer Lynch parvient toutefois à faire de son film un polar ultra tendu possédant une personnalité propre. Pourtant le film commence doucement, on retrouve des tics, un travail sur le son et un décalage constant qui font inexorablement penser à Twin Peaks ou encore Lost Highway, mais très vite, la réalisatrice monte en tension et maintient dès lors le spectateur en haleine jusqu’au dénouement. Ce faisant, Miss Lynch plonge sans compromis dans une violence des plus éprouvantes, et ce qu’elle soit physique ou psychologique. Sa vision du genre humain est carrément désespérée, ses personnages étant tous plus tarés et pervers les uns que les autres. Au sein du casting, qui est d’ailleurs globalement parfait, on trouve la tronche de l’excellent Michael Ironside, la petite Ryan Simpkins (une jolie révélation qu’on reverra prochainement dans le bouleversant Gardens of the night) ainsi que les formidables (mais malheureusement trop souvent sous-exploités) Bill Pullman et Julia Ormond. Dirigés de main de maître au sein de décors minimalistes rendus véritablement étouffants (et ce qu’il s’agisse d’un petit local 3h1jl634d’interrogatoire ou d’une portion de route au milieu du désert), les protagonistes suent, souffrent et suffoquent, tout comme le spectateur cloué à son siège en attendant un final peut être libérateur. Peut être…

Grâce à ce second long métrage, Jennifer Lynch prouve non seulement qu’elle a un immense talent mais qu’elle possède également une sacrée paire de couilles susceptible de rendre jaloux le plus burné des réalisateurs mâles. Une jolie claque dans la gueule qui laisse inexorablement quelques traces. Et nom de Dieu, parfois ça fait vraiment du bien de s’en prendre une bonne !


Commentaires sur le film

Une jolie p’tite surprise, joliment emballée qui plus est !

3 etoiles

coups de coeurCoup de coeur !

Le talent serait-il héréditaire ? Apparemment oui, Mlle Lynch nous le prouve ici - même si David "papa" Lynch n’est pas bien loin (puisqu’il est le producteur exécutif). SURVEILLANCE est un régal pour les yeux - de l’efficace mise en scène aux mouvements de caméra aériens, en passant par la superbe photographie etc etc etc. De plus, le film est construit autour d’un vrai scénario et avec de (très) bons acteurs, c’est pas rien (de nos jours). Surveillance est un thriller, ou disons plutôt un super divertissement durant lequel (qu’on aime ou pas) il est impossible de s’ennuyer : entre les scènes d’action, de meurtres, d’interrogatoire - et ce de plusieurs points de vue : l’histoire change à chaque fois qu’un personnage raconte ’sa’ version des faits. ça n’arrête jamais ! Un régal. [NOTE = 7/10]

27 mars 2009 à 06:03 | Par Wolvy

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