Critique de film

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Suicide club

"Jistasu Saakuru"
affiche du film
  • Année de production : 2002
  • Réalisateurs : Sion Sono
  • Scénaristes : Sion Sono
  • Acteurs : Ryo Ishibashi, Akaji Maro, Masatoshi Nagase
  • Musique : Tomoki Hasegawa
  • Genre : Thriller onirique
  • Pays d'origine : Japon
  • Durée : 1h39
  • Budget : 250 000 dollars
  • [
  • Bande annonce
  • ]
  • Récompenses : Prix du jury et deuxième place Ground-Breaker Award au festival Fant-Asia 2003

Alors quâ

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Les critiques à propos de ce film

Critique de Suicide club - Suicidal Tendencies
Par : Seb Lecocq
Tags : Asiatique

Imaginez le métro tokyoïte en pleine heure de pointe. Des centaines de personnes dans la rame, des centaines d’autres sur le quai. Hommes, femmes, enfants. Des dizaines d’adolescentes japonaises font leur apparition comme tous les jours en bavardant et riant. Le train approche et tout change, les lycéennes prennent place en ligne, se tenant par la main sur le bord du quai. Le train arrive, elles comptent…1…2…3. Elles se jettent. 54 corps d’adolescentes broyés par un train. Le sang gicle, les têtes explosent arrosant de sang l’ensemble des voyageurs, la chair se mêle au métal, le train stoppe, la masse sanguinolente le freine. Tout le monde hurle, le sang est partout, c’est la panique. Voilà comment en l’espace d’une scène incroyable le film et son réalisateur sont devenus instantanément cultes auprès de la jeunesse du monde entier. Une scène choc, effroyable, qui ouvre un film aux multiples facettes.

A l’instar de son film, Sion Sono est un personnage insaisissable. Ecrivain, poète, réalisateur, activiste politique, toujours à la pointe de l’avant-garde japonaise. Il se fait connaître dans le monde entier avec Suicide Club qui reste à ce jour son film le plus connu. Le suicide adolescent au Japon est un phénomène troublant. Tenant tout autant de la réalité sociale que de la légende urbaine, personne ne sait vraiment ce qu’il en est de ce phénomène. Club de rencontre secret, blog, mailing liste, site internet et manuel du jeune suicidaire…lorsque la vérité est trouble, les esprits vagabondent et la légende urbaine prend de plus en plus le pas sur la réalité. C’est justement à cette légende que décide de s’attaquer Sion Sono. Il le fait de façon frontale dans la démonstration de la violence, le film est gore et très dur lors des scènes de suicides, ce qui tranche avec le ton général plus onirico-pop du film. Suicide Club n’est pas un film comme les autres.

Sono prend le prétexte de l’enquête policière et du thriller pour nous balader au travers de l’esprit labyrinthique de la jeunesse japonaise et de ses nombreux dysfonctionnements. L’inspecteur Kuroda, anti-héros du film, symbolise le spectateur perdu dans un univers et un film qu’il ne comprend pas. Comment des jeunes filles à l’apparence saine peuvent décider sur un coup de tête de mettre fin à leur jour ? Il ne sait pas, hésite sans cesse à l’image du film qui tour à tour suit le chemin de l’horreur, du fantastique, de la comédie musicale pop, du drame…Sono nous fait visiter son univers et change de ton au gré de ses envies nous laissant parfois sur le carreau, seul face à nous-même et aux nombreux indices qu’il dissimule dans son intrigue et sa mise en scène. On regarde le film, on tente de comprendre mais bien souvent la seule réponse sensée que l’on trouve est la même que celle de Kuroda « What The Fuck ?? »

Suicide Club s’apparente et s’appréhende de la même façon qu’une mosaïque. De près, on ne distingue pas grande chose, juste un amas de points colorés semblable à celui représenté dans le film. Puis on prend du recul, on s’élève, on privilégie le plan d’ensemble au gros plan, les détails s’estompent, la vérité apparaît pour aussitôt s’évanouir l’instant d’après. Alors on recommence en prenant un autre point de départ, mais à chaque fois, une pièce manque, quelque chose manque, quelque chose est en trop, ça ne s’emboîte pas et on sent le réalisateur, sourire en coin, nous observer tel un démiurge.

Un film vaporeux tel un nuage de brume. Il est possible de rentrer dedans mais pas de s’en saisir, de l’appréhender dans sa totalité. Le mélange entre pop culture et horreur est parfois étrange. Souvent réussi mais aussi quelques fois catastrophique. Techniquement le film est bon et rappelle plus d’une fois le cinéma de Kiyoshy Kurosawa mais la touche Sono finit toujours par l’emporter.

Chef-d’œuvre d’avant-garde ou vaste fumisterie ? Impossible de vraiment le savoir car, à l’image du sujet qu’il aborde, il est presque impossible de répondre d’une façon ferme et définitive à cette question. Sion Sono ne le sait pas lui-même mais qu’à cela ne tienne, il ne se départira pas de son sourire en coin. Et si c’était ça sa plus grande réussite ?

Critique de Suicide club - Virgin suicides
Par : Damien Taymans

Heure de pointe. Sur un quai de gare de Tokyo, 54 lycéennes se donnent la main et outrepassent les consignes de sécurité à l’arrivée du métro sous lequel elles se jettent. Ce suicide collectif ébranle l’équipe policière chargée de l’enquête : ces jeunes filles, venues des quatre coins de la capitale et fréquentant des établissements scolaires différents, n’étaient pas censées se connaître. Cet acte incompréhensible risque de ne pas être le dernier puisque les enquêteurs découvrent sur place un rouleau constitué de plus de 200 morceaux de peau humaine agrafés les uns aux autres, dont certains appartiennent aux corps décharnés qui encombrent les voies...

Séquence-choc en entrée. La perversité de l’entame est allégée par la mélodie faussement joyeuse qui l’accompagne. Sono Sion atteste en quelques minutes à peine que Suicide club dévoie du J-horror traditionnel. Les artifices du cinéma d’horreur (multitude d’effets gore, gestion de l’angoisse) masquent un discours social provocateur, dans lequel ne manqueront pas de s’illustrer quelques cinéastes à sa suite (Hideo Nakata, Norio Tsuruta et consorts). Le scénario prend d’ailleurs sa source dans la réalité brutale du Japon contemporain, assailli par des vagues de suicides collectifs. Le phénomène n’est pas nouveau : le hara-kiri et les soldats kamikazes illustrent cette tendance historique à l’autodestruction, tandis que depuis deux décennies des forums consacrés à ces associations suicidaires inondent la toile nippone.

Sono Sion prend, de l’étranger, la température de sa nation malade, ankylosée par le malaise social, gangrénée par ces nuées de désespérés qui mettent fin à leur jour. De ce mal du pays, de cette autopsie nostalgique découle Jisatsu Sâkuru, roman poético-ésotérique de Sono Sion adapté au cinéma quelques mois après sa parution. L’artiste engagé met en scène avec Suicide club un uppercut filmique, brûlot chargeant tel un bélier l’individualisme sociétal de Japon ainsi que son icônisation (voir le groupe de pré-pubères et leut Mail me qui monopolise le petit écran ou cette fausse secte revendiquant les crimes) qui provoque la régression psychologique de la jeunesse nippone. Au même titre que les jeunes générations égarées dans un monde de distanciation et de surconsommation, entrave même du sentiment, le spectateur se perd dans les méandres de ce patchwork de séquences et de genres. Car, si quelques scènes graphiques agitent ouvertement les ficelles de l’épouvante, si les codes du thriller encadrent l’intrigue, Suicide club s’aventure également sur les plate-bandes de l’enquête policière, du drame, de la tragi-comédie.

Avec sa narration disloquée, ses repères cinématographiques flous, son absence de moralisation, Suicide club brouille les pistes et contraint le spectateur à interpréter ce qui lui est donné à voir, à se retrouver dans ce maelström sensitif. Suicide club ne se regarde pas, il se vit. Une expérience intense, renversante qui atteste que son auteur, trop souvent taxé de s’adonner aux provocations gratuites, surpasse ses homologues engoncés dans leurs confections à la chaîne d’œuvrettes vaguement horrifiques. Sono Sion propulse l’épouvante dans une autre dimension ésotérique, sociale et poétique.


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