Scream queen

Stéphanie Kern Siebering

14 mai 2009 | Par : Gore Sliclez

Le monopole des States serait-il menacé ? Le géant américain qui a institutionnalisé la Scream Queen au rang d’icône du cinéma d’horreur connaît depuis peu un nouveau rival dans la course aux crieuses de charme. La France, en même temps que la renaissance du cinéma de genre, présente désormais une vague de scream queen frenchies qui n’ont rien à envier à leurs consœurs d’Outre-Atlantique. Dernière (mais aussi première) en date, Stéphanie Kern Siebering, une comédienne Lorraine ravissante qui s’est prise au jeu et accepte désormais de confier son (joli) visage aux mains du maquilleur fou David Scherer. Depuis Stéphanie, collectionne des rôles plutôt bien gore sous la houlette de réals comme Thierry Paya (Ouvert 24/7) ou encore Françoise Ellong (Miseria) et ambitionne déjà de travailler sur son propre projet.

C’est donc tout logiquement que nous avons contacté la belle pour une interview vérité. Un réel investissement pour notre rédaction tombée sous le charme et qui parie déjà sur l’avenir de Stéphanie Kern Siebering, nouvelle égérie d’un cinéma français indépendant couillu et prometteur qui tente désespérément de se faire une place au soleil. Et quoi, celui-ci ne doit pas toujours rester uniquement au-dessus de Cannes...

- Vous avez une formation de musicienne, une autre aux Cours Florent à
Paris, vous avez un brevet d’études cinématographiques et… un
baccalauréat scientifique ! Et ben , plutôt beau CV non ?

Eh bien merci, si vous le dites…. C’est vrai que je fais beaucoup de
choses, mais je ne m’en rends pas compte… je suis du genre hyperactive
 !!! Quand j’étais plus jeune, mes parents devenaient fou !!! J’ai
toujours mené milles activités de front, c’est pour cela que comédien
est une profession idéale pour incarner différentes vies. Il est vrai
aussi que j’ai un parcours très atypique. Je serai toujours triste de
ne pas avoir pu suivre une seule et unique voie de façon
conventionnelle, comme : les conservatoires de province, puis une
grande école à Paris, etc etc…. mais j’ai toujours été une originale
malgré mon envie d’être comme tout le monde ! Finalement, la
normalité, c’est pas mon truc !! Après, ça ne veut pas dire que je
fais n’importe quoi, mais j’ai besoin de la flamme de la passion.
L’audiovisuel est une deuxième passion ; le piano, la guitare, le
chant une troisième… et ainsi de suite…

- Vous cumulez également différents emplois : présentatrice sur MOSAIK
Télévision, théâtre, actrice au cinéma et réalisatrice occasionnelle.
Vous avez de l’ambition !! Quelle est la casquette que vous préférez ?

Je suis comédienne. C’est dur à dire, on doute tout le temps… mais
finalement c’est ça ! Quand mon prof d’art dramatique m’a recommandé
de porter des jupes, c’était pour mon bien de comédienne !! J’ai été
technicienne de cinéma et de tv, et même si l’audiovisuel me fait
vibrer et la musique me transporte, incarner des personnages reste un
plaisir incomparable qui surpasse tout. Être animatrice-présentatrice
m’a beaucoup servi. La caméra fait prendre conscience de son image, de
sa posture, de ce qu’on dégage… on voit tout (le fait de ne pas se
tenir droite, de parler trop vite, le stress etc…) Quand vous passez
chaque semaine à l’écran, vous prenez conscience de tout ça. J’ai
animé de belles émissions, mais bizarrement, cela ne m’a pas donné
confiance en moi, mais une aisance nouvelle !! J’ai toujours eu envie
de raconter des choses, et cela peut prendre différentes formes dont
l’écriture et la réalisation, mais il faut arrêter de tourner autour
du pot ! Ce que je désire, c’est travailler avec des réalisateurs, des
metteurs en scène passionnés qui ont envie de défendre quelque chose
et qui auront envie de me diriger vers la souffrance, l’agacement, la
folie, la joie d’un personnage etc…

- Vous faîtes parfois du théâtre d’improvisation, une facette plutôt
difficile non ? Cela vous aide-t-il pour votre carrière ?

Je fais des stages, je participe à des ateliers, et aussi de l’impro,
oui, il le faut. Tout se cumule, un comédien a besoin de se nourrir de
tout ! Théâtre, cinéma, animation, voix-off, ou impro. Mais surtout,
je pense qu’il doit se former toute sa vie ! J’ai vu que des écoles
privées promettent d’être comédien en tant ou tant d’années, comment
peut-on affirmer de telles choses ??!! ça n’existe pas ! C’est un
talent, pourquoi pas, un charisme certainement, mais c’est aussi du
travail, du travail, et du travail, puis des rencontres, des castings,
des coups dans les dents et ça repart !

- Vous avez joué dans le film Bess aux côtés de Guy Marchand. Vos impressions ?

Je n’ai pas exactement joué à ses côtés, c’est aussi ça, la magie du
cinéma ;-) ! Dans ce film d’Audrey Bellini, le perso de Bess avait
une scène au téléphone avec son père (Guy Marchand). Mais comme Guy Marchand était surchargé ; il tournait notamment « Fargas » à la tv,
La réalisatrice a pris sa caméra et son assistant et ils ont tourné,
très rapidement, sur le plateau de la série, la séquence du téléphone.
A la base, il s’agissait d’une très belle scène ; c’était ma première
expérience émouvante au cinéma, où le dialogue était très fort avec
mon père, je me souviens avoir beaucoup pleuré ; mais malheureusement, il n’a pu apprendre son texte. Du coup, au montage, ça n’a donné qu’un dialogue en sens unique où Guy Marchand (me) parle au téléphone.

- Votre court-métrage « Amours Buissonnières » est une réadaptation de la scène culte montrant Sally simuler l’orgasme face à Harry dans le
film « When Harry met Sally ». Pourquoi cette scène justement ?

Ce film est avant tout un exercice de style, et non un court-métrage à
part entière. Il n’aura aucune vie car je n’ai aucun droit sur ces
dialogues. Je voulais agrémenter ma bande-démo d’une comédie. Avec un ami, nous travaillions cette scène pour le plaisir ! Nous l’avons un
jour répété sur un pont en campagne et un couple en pleine action dans
un buisson a crû qu’on se moquait de lui ! Nous avions notre chute
sous les yeux !!! Et comme les dialogues posés autour d’une table
m’intéressent moins, j’ai tout transposé à l’extérieur ! J’aime oser
des choses, l’idée de la scène de l’orgasme était logique ! Alors j’ai
rassemblé une équipe de 15 personnes en 9 jours, ai bénéficié de
l’aide logistique de Singapour 1939 productions, de la télévision
Mosaik, ainsi que de United Films ! Et il ne m’a coûté que 95 euros.
Mais jouer sans directeur d’acteurs, c’est extrêmement difficile !
J’ai besoin d’un « 3ème œil » ! L’exercice ne me tente pas de sitôt ;
un jour peut-être avec une équipe plus solide, une confiance en mon
assistant et mon équipe lumière sans bornes et une meilleure
organisation.

- Dans le nouveau film de Thierry Paya « Ouvert 24/7 » vous êtes une
cannibale lesbienne ! Vos impressions sur ce rôle et sur le tournage
en général ?

Le jour où le scénariste Colin Vettier, m’a proposé de passer le
casting de « Question de Goût », qui est le 1er segment du film « 
Ouvert 24/7 », il a crû que j’allais « lui en vouloir » de me proposer
un rôle horrifique !! Les comédiennes ont sûrement des aprioris sur ce
genre de cinéma. Pour moi, c’était avant tout un défi, le personnage
de Delphine est plein de complexité : fraîche, jeune, innocente,
spontanée qui devient victime d’une manipulation sur fond de
cannibalisme qui va la rendre folle. Tour à tour martyr puis
meurtrière, sans parler de cette histoire d’amour excentrique ! Voilà
tout le défi d’interprétation d’un tel personnage, un travail mené de
concert avec un nouveau directeur d’acteur que j’ai agréablement
découvert, Thierry Paya.
Pour parler de l’ambiance du tournage, le ravissement suprême est en
train de se produire alors que nous tournons le 3ème segment « 
Wenn’se in’d Stadt komme ». Tout s’harmonise parfaitement, les gens
sont ultra-motivés, ouverts, bosseurs, et consciencieux. J’ai constaté
l’évolution de l’équipe qui ne cesse de se compléter de gens de plus
en plus enthousiastes, de plus en plus professionnels et on avance
plus rapidement ! Tourner avec Thierry Paya, c’est tourner dans le luxe
des films fait un peu « sous la table » dirons-nous !! Il a un don
pour rassembler les gens autour de ses films et pour assurer le
confort de ses comédiens… j’ai d’ailleurs fait la remarque à ma
nouvelle partenaire de jeu, Morgane Housset, (une jeune comédienne à
suivre) de ne pas s’habituer si elle compte continuer à tourner dans
ce genre de films…

- Je peux vous dire que la rédac de CinemaFantastique est déjà en
ébullition avant de voir la scène…

Merci, vous n’êtes pas au bout de vos surprises…

- Vous aimez le cinéma de genre ou est-ce un hasard que de tourner
dans « Ouvert 24/7 » ?

Depuis ce tournage, j’ai rencontré quantité d’autres jeunes
réalisateurs français de genre très prometteurs et avec lesquels j’ai
envie de travailler… et de grandir… J’aime quand un réalisateur me dit
que je vais en prendre plein la figure, au sens figuré comme au
propre. Avec des prothèses et du sang, le nez balafré, le genou
éclaté, et puis prendre des risques avec des rôles éloignés. Les rôles
« fantastiques » sont autrement plus intenses pour les femmes que le
cinéma traditionnel où elles incarnent parfois de simples maîtresses
de maison… Je ne dis pas que je ne veux pas en faire, mais avouez que
le défi est bien plus captivant. Et nous sommes très loin des clichés
des filles qui ne font que crier. Je ne suis pas le phototype de la
scream queen avec des gros seins, et des jambes de rêves. J’ai une
bouille de gamine avec des cheveux bouclés. J’ai la mine plutôt
pétillante mais quand je ne souris pas, je dégage une certaine
dépression et je peux mettre de la folie dans mes yeux… ça me plaît
beaucoup, j’y prends du plaisir !!

- Vous aussi vous êtes fan de David Scherer ? C’est la star dans le
Nord Est non ?

Mon sujet préféré !! David Scherer est une star mais n’a pas de fans !
Il n’a que des gens très respectueux et très admiratifs de son travail
 !! Quand David Scherer débarque sur un plateau, le réalisateur arrête
de tourner et vient le saluer d’abord ! C’est ainsi que je l’ai connu
sur le tournage de Thierry Paya, il nous a apporté une assiette de
doigts pour une scène, faut le faire quand même !! Il est plus
important que les acteurs et c’est bien normal, je vous avouerais. Il
arrive que des acteurs n’honorent pas son travail ; ils sont
impatients, fument, rient, chantent ou bien téléphonent pendant que
David travaille sur leur corps. Ils ne se concentrent pas et, du coup,
portent très mal les prothèses en n’investissant pas leurs personnages
 ! J’ai constaté cela de mes yeux !! Et ça me révolte pour lui. Il est
normal que les réalisateurs le respectent plus qu’un acteur, d’autant
plus que ce jeune homme respire la bonne humeur, la joie, les grosses
blagues, le coca et le Mc Do, bref… la gentillesse incarnée. Sans
parler de l’humilité et du professionnalisme. Malheureusement pour
lui, il s’est trouvé sur ma route, et depuis je ne le lâche plus, le
maître du gore et moi, c’est une drôle d’histoire, une vie de fou,
entourée de fous mais des fous passionnés qui s’aiment… Ahhhhhh David Scherer…..

- Vous avez un côté femme fatale et très énergique. Ce sont des
qualités que vous aimez entretenir ?

Wow !! On ne m’a jamais dit ça… Merci, mais bon, en même temps, je
n’écoute jamais les compliments… J’accepte assez mal ma féminité… Lors
de mon dernier shooting, j’ai pris une claque avec ce côté « femme » !
Jusqu’à il y a 2 ans encore, j’étais mal dans ma peau, je ne portais
pas des talons et encore moins des jupes. C’est un parcours
initiatique peuplé de jolies rencontres dont mon coach, Roger, ma
maquilleuse, Sylvia, et mon coiffeur, Pierre, et qui m’aident à
affiner cette image. Mais ce n’est pas important, l’image c’est pour
la ville et les rencontres, par contre, ce que j’entretiens, c’est le
travail, les personnages et l’énergie ! M’amuser avec des caractères
radicalement opposés ! Thierry Paya m’a fait confiance pour son 3ème
segment afin d’y incarner une fermière lorraine qui parle le patois
locale « le platt », et la transformation physique y est importante !
La jeune fille est usée du travail à la ferme et de ce que fait subir
le père à ses filles. Un perso comme celui-ci par exemple, ne rentre
pas du tout dans les canons de la beauté, lol.

- Quelles sont vos références cinématographiques en général ?

En général ? Je fais mon éponge. C’est-à-dire que je me plonge dans
les références cinématographiques du réalisateur avec lequel je vais
travailler ! Mais sinon j’apprécie tout particulièrement les
performances d’acteurs ! Et là, je ne peux pas m’empêcher de vous
parler d’Isabelle Adjani dans « Possession » d’Andrzej Zulawski, mais
il y a aussi « l’été meurtrier », « Camille Claudel », « La Reine
Margot », des chefs d’œuvres surprenants !! Et sinon, j’adore tout
particulièrement l’univers des réalisations de Michel Gondry !!! Avec
mon frère, qui est artiste, nous lui vouons un culte sans limites…

- Que pensez-vous de cette effervescence cinématographique actuelle en région Lorraine ? D’où vient cet élan selon vous ?

Sincèrement, je suis moi-même lorraine, je n’observe pas un engouement particulier, même si bizarrement, j’ai obtenu mon premier cachet dans le film de Gérard Mordillat qui se tournait à 2 pas de chez mes parents… en ce qui concerne les hayangeois d’ouvert 24/7, cela fait
longtemps qu’ils font des films. Je sais juste que la rencontre entre
Collin et Thierry a été le déclic et que le point d’orgue a été David
Scherer ainsi que les comédiens avec qui il a voulu travailler.

- Vivez-vous désormais à Paris ?

Je vis dans le TGV !!! Je me déplace au gré des tournages, au gré des
représentations car je travaille également dans une compagnie qui fait
des spectacles pour enfants et qui se déplace dans 4 pays du Nord de
l’Europe en plus de la France. J’ai énormément de chance de voyager
pour ma passion. Du gentil personnage des spectacles pour enfants à la
lesbienne cannibale, il n’y a qu’un pas que je franchis avec beaucoup
de joie et de plaisir.

- Quels sont vos projets pour l’avenir ? Quelques mots également sur « Sursis », "Heart of the sunrise"et de "Rip her to shreds"…

« Sursis » est un coup de cœur car son jeune réalisateur de Nancy,
Sébastien Lane, est adorable (ah oui, encore la Lorraine c’est vrai
 !!), et qu’il a un scénario intelligent. Les conditions de tournage
ont été effroyables, il a s’agit de la période des grands froids où
nous avions atteint les -12°C, même dans les loges !! C’est
enrichissant de découvrir qu’on peut encore repousser ces limites,
tourner une petite scène romantique en pleine nuit, les pieds glacés,
avec une petite veste comme si de rien n’était… Et puis, j’ai fais une
petite cascade sur un grillage gelé, ça aussi, c’était sympa.
« Heart of the sunrise » et « Rip her to shreds » de Guilhem Sendras
sont deux scénarios avec 2 très beaux rôles de femmes. Encore une
fois, on va contre les clichés des « scream queen » ! Ici, il y a
l’aventure d’une jeune femme, avec du glamour, de l’action, de la
peur, du fantastique ! En plus, le réalisateur collectionne les films
de la nouvelle vague ainsi que ceux du cinéma américain des années 80
(Carpenter, Clive Barker), avec des héroïnes comme Anna Karina ou
Caroline Munro… donc c’est plutôt flatteur de se voir proposer ces
rôles de femme.

Et puis, au moment même où je vous écris, je tourne « Miséria » de Françoise Ellong, à Paris, une incarnation de la mort, vision très
fantastique. Un tournage dans la plus grande banlieue de France qu’est Saint-Denis. Des conditions de tournage très pénibles : la nuit, le froid, une petite tenue, les pieds nus devant des bennes à ordures,
des prothèses à porter toute une nuit, des habitants peu coopératifs,
aventure périlleuse et dangereuse, mais encore une fois vécue avec
beaucoup de plaisir et d’émotions. Une équipe de maquillage fx au top,
David Scherer accompagné de Cédric Amann ainsi que de Viriginie
Tafani, tous les 4, avons formé un groupe solide et énergique. Chacun
a respecté le travail de l’autre... c’était parfait ! Et malgré les
obstacles qui se sont mis en travers du chemin de la réalisatrice,
elle a fait son film !! J’espère travailler à nouveau avec elle sur
des projets encore plus ambitieux !!

- Vos impressions sur votre entrée dans notre rubrique « Scream Queen of the Week » ?

Je pense que j’en ai déjà assez dit non ? Ça révèle combien je me
sens bien dedans...

Pour en savoir plus : www.stephanie-siebering.com

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