Scream queen of the week

Stéphanie Kern Siebering

Le monopole des States serait-il menacé ? Le géant américain qui a institutionnalisé la Scream Queen au rang d’icône du cinéma d’horreur connaît depuis peu un nouveau rival dans la course aux crieuses de charme. La France, en même temps que la renaissance du cinéma de genre, présente désormais une vague de scream queen frenchies qui n’ont rien à envier à leurs consœurs d’Outre-Atlantique. Dernière (mais aussi première) en date, Stéphanie Kern Siebering, une comédienne Lorraine ravissante qui s’est prise au jeu et accepte désormais de confier son (joli) visage aux mains du maquilleur fou David Scherer. Depuis Stéphanie, collectionne des rôles plutôt bien gore sous la houlette de réals comme Thierry Paya (Ouvert 24/7) ou encore Françoise Ellong (Miseria) et ambitionne déjà de travailler sur son propre projet.

C’est donc tout logiquement que nous avons contacté la belle pour une interview vérité. Un réel investissement pour notre rédaction tombée sous le charme et qui parie déjà sur l’avenir de Stéphanie Kern Siebering, nouvelle égérie d’un cinéma français indépendant couillu et prometteur qui tente désespérément de se faire une place au soleil. Et quoi, celui-ci ne doit pas toujours rester uniquement au-dessus de Cannes...

- Vous avez une formation de musicienne, une autre aux Cours Florent à Paris, vous avez un brevet d’études cinématographiques et… un baccalauréat scientifique ! Et ben , plutôt beau CV non ?

Eh bien merci, si vous le dites…. C’est vrai que je fais beaucoup de choses, mais je ne m’en rends pas compte… je suis du genre hyperactive  !!! Quand j’étais plus jeune, mes parents devenaient fou !!! J’ai toujours mené milles activités de front, c’est pour cela que comédien est une profession idéale pour incarner différentes vies. Il est vrai aussi que j’ai un parcours très atypique. Je serai toujours triste de ne pas avoir pu suivre une seule et unique voie de façon conventionnelle, comme : les conservatoires de province, puis une grande école à Paris, etc etc…. mais j’ai toujours été une originale malgré mon envie d’être comme tout le monde ! Finalement, la normalité, c’est pas mon truc !! Après, ça ne veut pas dire que je fais n’importe quoi, mais j’ai besoin de la flamme de la passion. L’audiovisuel est une deuxième passion ; le piano, la guitare, le chant une troisième… et ainsi de suite…

- Vous cumulez également différents emplois : présentatrice sur MOSAIK Télévision, théâtre, actrice au cinéma et réalisatrice occasionnelle. Vous avez de l’ambition !! Quelle est la casquette que vous préférez ?

Je suis comédienne. C’est dur à dire, on doute tout le temps… mais finalement c’est ça ! Quand mon prof d’art dramatique m’a recommandé de porter des jupes, c’était pour mon bien de comédienne !! J’ai été technicienne de cinéma et de tv, et même si l’audiovisuel me fait vibrer et la musique me transporte, incarner des personnages reste un plaisir incomparable qui surpasse tout. Être animatrice-présentatrice m’a beaucoup servi. La caméra fait prendre conscience de son image, de sa posture, de ce qu’on dégage… on voit tout (le fait de ne pas se tenir droite, de parler trop vite, le stress etc…) Quand vous passez chaque semaine à l’écran, vous prenez conscience de tout ça. J’ai animé de belles émissions, mais bizarrement, cela ne m’a pas donné confiance en moi, mais une aisance nouvelle !! J’ai toujours eu envie de raconter des choses, et cela peut prendre différentes formes dont l’écriture et la réalisation, mais il faut arrêter de tourner autour du pot ! Ce que je désire, c’est travailler avec des réalisateurs, des metteurs en scène passionnés qui ont envie de défendre quelque chose et qui auront envie de me diriger vers la souffrance, l’agacement, la folie, la joie d’un personnage etc…

- Vous faîtes parfois du théâtre d’improvisation, une facette plutôt difficile non ? Cela vous aide-t-il pour votre carrière ?

Je fais des stages, je participe à des ateliers, et aussi de l’impro, oui, il le faut. Tout se cumule, un comédien a besoin de se nourrir de tout ! Théâtre, cinéma, animation, voix-off, ou impro. Mais surtout, je pense qu’il doit se former toute sa vie ! J’ai vu que des écoles privées promettent d’être comédien en tant ou tant d’années, comment peut-on affirmer de telles choses ??!! ça n’existe pas ! C’est un talent, pourquoi pas, un charisme certainement, mais c’est aussi du travail, du travail, et du travail, puis des rencontres, des castings, des coups dans les dents et ça repart !

- Vous avez joué dans le film Bess aux côtés de Guy Marchand. Vos impressions ?

Je n’ai pas exactement joué à ses côtés, c’est aussi ça, la magie du cinéma ;-) ! Dans ce film d’Audrey Bellini, le perso de Bess avait une scène au téléphone avec son père (Guy Marchand). Mais comme Guy Marchand était surchargé ; il tournait notamment « Fargas » à la tv, La réalisatrice a pris sa caméra et son assistant et ils ont tourné, très rapidement, sur le plateau de la série, la séquence du téléphone. A la base, il s’agissait d’une très belle scène ; c’était ma première expérience émouvante au cinéma, où le dialogue était très fort avec mon père, je me souviens avoir beaucoup pleuré ; mais malheureusement, il n’a pu apprendre son texte. Du coup, au montage, ça n’a donné qu’un dialogue en sens unique où Guy Marchand (me) parle au téléphone.

- Votre court-métrage « Amours Buissonnières » est une réadaptation de la scène culte montrant Sally simuler l’orgasme face à Harry dans le film « When Harry met Sally ». Pourquoi cette scène justement ?

Ce film est avant tout un exercice de style, et non un court-métrage à part entière. Il n’aura aucune vie car je n’ai aucun droit sur ces dialogues. Je voulais agrémenter ma bande-démo d’une comédie. Avec un ami, nous travaillions cette scène pour le plaisir ! Nous l’avons un jour répété sur un pont en campagne et un couple en pleine action dans un buisson a crû qu’on se moquait de lui ! Nous avions notre chute sous les yeux !!! Et comme les dialogues posés autour d’une table m’intéressent moins, j’ai tout transposé à l’extérieur ! J’aime oser des choses, l’idée de la scène de l’orgasme était logique ! Alors j’ai rassemblé une équipe de 15 personnes en 9 jours, ai bénéficié de l’aide logistique de Singapour 1939 productions, de la télévision Mosaik, ainsi que de United Films ! Et il ne m’a coûté que 95 euros. Mais jouer sans directeur d’acteurs, c’est extrêmement difficile ! J’ai besoin d’un « 3ème œil » ! L’exercice ne me tente pas de sitôt ; un jour peut-être avec une équipe plus solide, une confiance en mon assistant et mon équipe lumière sans bornes et une meilleure organisation.

- Dans le nouveau film de Thierry Paya « Ouvert 24/7 » vous êtes une cannibale lesbienne ! Vos impressions sur ce rôle et sur le tournage en général ?

Le jour où le scénariste Colin Vettier, m’a proposé de passer le casting de « Question de Goût », qui est le 1er segment du film «  Ouvert 24/7 », il a crû que j’allais « lui en vouloir » de me proposer un rôle horrifique !! Les comédiennes ont sûrement des aprioris sur ce genre de cinéma. Pour moi, c’était avant tout un défi, le personnage de Delphine est plein de complexité : fraîche, jeune, innocente, spontanée qui devient victime d’une manipulation sur fond de cannibalisme qui va la rendre folle. Tour à tour martyr puis meurtrière, sans parler de cette histoire d’amour excentrique ! Voilà tout le défi d’interprétation d’un tel personnage, un travail mené de concert avec un nouveau directeur d’acteur que j’ai agréablement découvert, Thierry Paya. Pour parler de l’ambiance du tournage, le ravissement suprême est en train de se produire alors que nous tournons le 3ème segment «  Wenn’se in’d Stadt komme ». Tout s’harmonise parfaitement, les gens sont ultra-motivés, ouverts, bosseurs, et consciencieux. J’ai constaté l’évolution de l’équipe qui ne cesse de se compléter de gens de plus en plus enthousiastes, de plus en plus professionnels et on avance plus rapidement ! Tourner avec Thierry Paya, c’est tourner dans le luxe des films fait un peu « sous la table » dirons-nous !! Il a un don pour rassembler les gens autour de ses films et pour assurer le confort de ses comédiens… j’ai d’ailleurs fait la remarque à ma nouvelle partenaire de jeu, Morgane Housset, (une jeune comédienne à suivre) de ne pas s’habituer si elle compte continuer à tourner dans ce genre de films…

- Je peux vous dire que la rédac de CinemaFantastique est déjà en ébullition avant de voir la scène…

Merci, vous n’êtes pas au bout de vos surprises…

- Vous aimez le cinéma de genre ou est-ce un hasard que de tourner dans « Ouvert 24/7 » ?

Depuis ce tournage, j’ai rencontré quantité d’autres jeunes réalisateurs français de genre très prometteurs et avec lesquels j’ai envie de travailler… et de grandir… J’aime quand un réalisateur me dit que je vais en prendre plein la figure, au sens figuré comme au propre. Avec des prothèses et du sang, le nez balafré, le genou éclaté, et puis prendre des risques avec des rôles éloignés. Les rôles « fantastiques » sont autrement plus intenses pour les femmes que le cinéma traditionnel où elles incarnent parfois de simples maîtresses de maison… Je ne dis pas que je ne veux pas en faire, mais avouez que le défi est bien plus captivant. Et nous sommes très loin des clichés des filles qui ne font que crier. Je ne suis pas le phototype de la scream queen avec des gros seins, et des jambes de rêves. J’ai une bouille de gamine avec des cheveux bouclés. J’ai la mine plutôt pétillante mais quand je ne souris pas, je dégage une certaine dépression et je peux mettre de la folie dans mes yeux… ça me plaît beaucoup, j’y prends du plaisir !!

- Vous aussi vous êtes fan de David Scherer ? C’est la star dans le Nord Est non ?

Mon sujet préféré !! David Scherer est une star mais n’a pas de fans ! Il n’a que des gens très respectueux et très admiratifs de son travail  !! Quand David Scherer débarque sur un plateau, le réalisateur arrête de tourner et vient le saluer d’abord ! C’est ainsi que je l’ai connu sur le tournage de Thierry Paya, il nous a apporté une assiette de doigts pour une scène, faut le faire quand même !! Il est plus important que les acteurs et c’est bien normal, je vous avouerais. Il arrive que des acteurs n’honorent pas son travail ; ils sont impatients, fument, rient, chantent ou bien téléphonent pendant que David travaille sur leur corps. Ils ne se concentrent pas et, du coup, portent très mal les prothèses en n’investissant pas leurs personnages  ! J’ai constaté cela de mes yeux !! Et ça me révolte pour lui. Il est normal que les réalisateurs le respectent plus qu’un acteur, d’autant plus que ce jeune homme respire la bonne humeur, la joie, les grosses blagues, le coca et le Mc Do, bref… la gentillesse incarnée. Sans parler de l’humilité et du professionnalisme. Malheureusement pour lui, il s’est trouvé sur ma route, et depuis je ne le lâche plus, le maître du gore et moi, c’est une drôle d’histoire, une vie de fou, entourée de fous mais des fous passionnés qui s’aiment… Ahhhhhh David Scherer…..

- Vous avez un côté femme fatale et très énergique. Ce sont des qualités que vous aimez entretenir ?

Wow !! On ne m’a jamais dit ça… Merci, mais bon, en même temps, je n’écoute jamais les compliments… J’accepte assez mal ma féminité… Lors de mon dernier shooting, j’ai pris une claque avec ce côté « femme » ! Jusqu’à il y a 2 ans encore, j’étais mal dans ma peau, je ne portais pas des talons et encore moins des jupes. C’est un parcours initiatique peuplé de jolies rencontres dont mon coach, Roger, ma maquilleuse, Sylvia, et mon coiffeur, Pierre, et qui m’aident à affiner cette image. Mais ce n’est pas important, l’image c’est pour la ville et les rencontres, par contre, ce que j’entretiens, c’est le travail, les personnages et l’énergie ! M’amuser avec des caractères radicalement opposés ! Thierry Paya m’a fait confiance pour son 3ème segment afin d’y incarner une fermière lorraine qui parle le patois locale « le platt », et la transformation physique y est importante ! La jeune fille est usée du travail à la ferme et de ce que fait subir le père à ses filles. Un perso comme celui-ci par exemple, ne rentre pas du tout dans les canons de la beauté, lol.

- Quelles sont vos références cinématographiques en général ?

En général ? Je fais mon éponge. C’est-à-dire que je me plonge dans les références cinématographiques du réalisateur avec lequel je vais travailler ! Mais sinon j’apprécie tout particulièrement les performances d’acteurs ! Et là, je ne peux pas m’empêcher de vous parler d’Isabelle Adjani dans « Possession » d’Andrzej Zulawski, mais il y a aussi « l’été meurtrier », « Camille Claudel », « La Reine Margot », des chefs d’œuvres surprenants !! Et sinon, j’adore tout particulièrement l’univers des réalisations de Michel Gondry !!! Avec mon frère, qui est artiste, nous lui vouons un culte sans limites…

- Que pensez-vous de cette effervescence cinématographique actuelle en région Lorraine ? D’où vient cet élan selon vous ?

Sincèrement, je suis moi-même lorraine, je n’observe pas un engouement particulier, même si bizarrement, j’ai obtenu mon premier cachet dans le film de Gérard Mordillat qui se tournait à 2 pas de chez mes parents… en ce qui concerne les hayangeois d’ouvert 24/7, cela fait longtemps qu’ils font des films. Je sais juste que la rencontre entre Collin et Thierry a été le déclic et que le point d’orgue a été David Scherer ainsi que les comédiens avec qui il a voulu travailler.

- Vivez-vous désormais à Paris ?

Je vis dans le TGV !!! Je me déplace au gré des tournages, au gré des représentations car je travaille également dans une compagnie qui fait des spectacles pour enfants et qui se déplace dans 4 pays du Nord de l’Europe en plus de la France. J’ai énormément de chance de voyager pour ma passion. Du gentil personnage des spectacles pour enfants à la lesbienne cannibale, il n’y a qu’un pas que je franchis avec beaucoup de joie et de plaisir.

- Quels sont vos projets pour l’avenir ? Quelques mots également sur « Sursis », "Heart of the sunrise"et de "Rip her to shreds"…

« Sursis » est un coup de cœur car son jeune réalisateur de Nancy, Sébastien Lane, est adorable (ah oui, encore la Lorraine c’est vrai  !!), et qu’il a un scénario intelligent. Les conditions de tournage ont été effroyables, il a s’agit de la période des grands froids où nous avions atteint les -12°C, même dans les loges !! C’est enrichissant de découvrir qu’on peut encore repousser ces limites, tourner une petite scène romantique en pleine nuit, les pieds glacés, avec une petite veste comme si de rien n’était… Et puis, j’ai fais une petite cascade sur un grillage gelé, ça aussi, c’était sympa. « Heart of the sunrise » et « Rip her to shreds » de Guilhem Sendras sont deux scénarios avec 2 très beaux rôles de femmes. Encore une fois, on va contre les clichés des « scream queen » ! Ici, il y a l’aventure d’une jeune femme, avec du glamour, de l’action, de la peur, du fantastique ! En plus, le réalisateur collectionne les films de la nouvelle vague ainsi que ceux du cinéma américain des années 80 (Carpenter, Clive Barker), avec des héroïnes comme Anna Karina ou Caroline Munro… donc c’est plutôt flatteur de se voir proposer ces rôles de femme.

Et puis, au moment même où je vous écris, je tourne « Miséria » de Françoise Ellong, à Paris, une incarnation de la mort, vision très fantastique. Un tournage dans la plus grande banlieue de France qu’est Saint-Denis. Des conditions de tournage très pénibles : la nuit, le froid, une petite tenue, les pieds nus devant des bennes à ordures, des prothèses à porter toute une nuit, des habitants peu coopératifs, aventure périlleuse et dangereuse, mais encore une fois vécue avec beaucoup de plaisir et d’émotions. Une équipe de maquillage fx au top, David Scherer accompagné de Cédric Amann ainsi que de Viriginie Tafani, tous les 4, avons formé un groupe solide et énergique. Chacun a respecté le travail de l’autre... c’était parfait ! Et malgré les obstacles qui se sont mis en travers du chemin de la réalisatrice, elle a fait son film !! J’espère travailler à nouveau avec elle sur des projets encore plus ambitieux !!

- Vos impressions sur votre entrée dans notre rubrique « Scream Queen of the Week » ?

Je pense que j’en ai déjà assez dit non ? Ça révèle combien je me sens bien dedans...

Pour en savoir plus : www.stephanie-siebering.com

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