Critique de film

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Shutter Island

"Shutter Island"
affiche du film

1954... Teddy Daniels et son coéquipier Chuck Aule, marshalls fédéraux, sont appelés sur Shutter Island, une île où a été aménagé un hôpital psychiatrique chargé de s'occuper des malades souffrant de graves troubles mentaux et ayant commis des meurtres. Une des patientes a disparu de l'établissement...

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Les critiques à propos de ce film

Critique de Shutter Island - Enfermé dehors
Par : Samuel Tubez
Tags : Psychologique

Marty fait lui aussi son come-back en ce début de l’an 2010 avec une commande, et pas des moindres, puisqu’il s’agit d’une adaptation d’un roman de Dennis Lehane (auteur, entre autres, de Gone Baby gone et de Mystic river). Un « petit » Scorsese qui a pourtant une sacrée allure et qui écrase la plupart des sorties de ce début d’année, rien de moins.

Nous sommes dans les années 50, le marshal Teddy Daniels et son coéquipier Chuck Aule sont envoyés sur l’île de Shutter Island, au cœur d’un hôpital psychiatrique où sont internés de dangereux criminels, pour enquêter sur la disparition de l’une de ses pensionnaires. Celle-ci serait sortie de sa cellule, pourtant fermée de l’extérieur, ne laissant comme seul et unique indice qu’un petit morceau de papier sur lequel est noté un chiffre…

Oubliez la bande-annonce consensuelle nous faisant croire que Scorsese nous a concocté un bon vieux thriller surnaturel correctement balisé. Non. Shutter Island, c’est une exploration de la folie dans toute sa complexité, avec toutes les émotions, tous les ingrédients qu’une telle thématique peut brasser. Sur la base d’un thriller, le réalisateur nous balade d’un genre à l’autre, sans véritablement s’arrêter à une identité clairement définie. Logique, puisque c’est là tout le sujet du métrage : l’identité. Ce n’est d’ailleurs pas bien grave si le twist final est rapidement éventé car l’intérêt du film est ailleurs (même si Scorsese fait preuve d’une jolie maîtrise pour nous amener à son épilogue, qu’il renforce en outre d’une ambiguïté ma foi assez troublante). La fascination intervient dans le moindre plan (forcément maîtrisé) et dans des séquences à la fois troublantes et tétanisantes. Le choc ressenti devant ces scènes (pour la plupart oniriques ou appartenant au passé du personnage) est parfois comparable aux visions d’effrois du Shining de Kubrick. Il faut dire que le décor, la musique et le moindre second rôle participent à l’atmosphère incroyable de cette œuvre qui évoquera aussi peut être à certains l’incroyable Shock corridor du grand Samuel Fuller. Last but not least, Leo livre une prestation absolument démente, trouvant un parfait équilibre dans un rôle pourtant relativement casse-gueule. Mais le talent du gars n’est plus à prouver, et aux côtés de son pote Marty, il atteint sans peine l’excellence des plus grands acteurs que l’histoire du cinéma ait connue.

Sous ses allures de film de commande, Shutter Island est un grand film de malade au scénario retors, parcouru de fulgurances à vous glacer le sang. A peu de choses près, Scorsese est passé à côté du chef d’œuvre. Une fois de plus.


Critique de Shutter island - On an island in the sun
Par : Maureen Lepers

A leurs façons, discrète et indéniable, Martin Scorsese et Dennis Lehane font partie de ces géants magnifiques que les USA ont engendré. Technicien rêveur, méticuleux et passionné pour l’un, écrivain désabusé, cruel mais sublime pour l’autre, les deux grands pontes de la culture américaine contemporaine ont en commun cette fâcheuse tendance à marquer les esprits à chaque nouvelle étape de leur carrière - tendance, disons-le, propre aux génies véritables, loin de l’esbroufe et de la vantardise. Au-delà du talent évident, ces deux monstres sont devenus sacrés, car ils ont contribué, l’air de rien, peut-être, à redonner leurs lettres de noblesse à des genres trop souvent, trop longtemps oubliés. Scorsese, avec sa technique implacable et son amour du cinéma de studio de l’âge d’or, crie de tout son cœur la valeur d’Hollywood et de ses talents, sans obscénité, mais avec conviction et justesse. Il donne raison aux films à acteurs, aux films à moyens et à scénarios, aux films à Oscars même, que les critiques et autres détracteurs Inrockuptibles ont trop tendance à enfoncer. Dennis Lehane lui, écrit, inlassablement les déchirures et le deuil, l’absence, les enquêtes sales et Boston, ville mythique et mitigée, qu’il aime et semble détester. Tout, dans ses romans, pue la mort et la tristesse et pourtant, on y trouve aussi l’espoir, l’amour, la renaissance, autant de lumières et de fracas qui cognent dans la tête, jusqu’à s’y imprimer. Lehane a redoré le blason du polar, parce qu’il fait croire à la rédemption, et à la valeur de toutes choses, même de la plus affreuse des cravates. Shutter Island était donc un croisement de matériaux de taille. A l’image du carrefour intellectuel évoqué dans le film, il s’agissait ici d’un carrefour de sens. Comment faire se rencontrer deux genres essentiels de la culture US, décriés et reniés, pour en faire un grand film, sans tomber ni dans la nostalgie, ni dans l’hommage pathologique et vide de substance ? Pari risqué certes, mais, n’ayons pas peur des mots, relevé avec brio.

Rarement une mise en scène aura été aussi cohérente avec son scénario. C’est cette maitrise de la grammaire visuelle qui donne au film toute son ampleur. Si Martin Scorsese fait état d’un souci certain de se tailler une place parmi les réalisateurs de légende d’Hollywood, force est de constater que ses revendications ne sont que légitimes. Le bonhomme fait preuve d’une maîtrise graphique hors du commun, qui transcende le cadre du récit. Shutter Island, c’est le nom de l’île sur laquelle sont échoués les marshals Daniels et Aule, chargés d’enquêter sur l’évasion d’une patiente d’un hôpital psychiatrique. Enquête en huis clos donc, paranoïaque et presque surnaturelle - la gonzesse s’est échappée d’une cellule minuscule, fermée de l’extérieur. Cependant, outre le décor lui-même, c’est la mise en scène, rigoureuse et carrée, qui permet le sentiment d’étouffement et fait naître la claustrophobie. Il ne s’agit pas seulement ici de multiplier les plans serrés sur les personnages et les plans larges sur l’île prisonnière de l’océan, mais plutôt d‘amener, par la force des détails et la justesse des images, le spectateur à croire à son emprisonnement progressif, en même temps que le héros. La carte topographique de l’île se fait matérialisation de la carte mentale du personnage principal et pose un constat simple : vous n’êtes pas sur une île, vous êtes dans sa tête. Vertigo (Alfred Hitchcock) et The Abandoned (Nacho Cerda) se basaient déjà sur ce principe, et réussissaient tous deux le tour de force de nous faire croire aux délires de leurs protagonistes. Scorsese va plus loin. Il pose clairement, dès le début du récit, les éléments qui permettraient de démêler l’histoire. Ils sont là, en évidence (unilatéralité du point de vue, quiproquos, anagrammes, images démentes), moqueurs et rieurs, comme s’ils savaient que le public allaient les ignorer. Le spectateur, ici, n‘est pas seulement témoin de la chute de Teddy Daniels. Il est le personnage. Il est le cerveau malade et embrumé, le cerveau blessé, mort et vengeur. Tout est en place, tout est fait pour l’aider, mais il refuse l’évidence, comme le héros ; il refuse de voir et de croire, jusqu’au basculement, terrible, fatal, de la scène finale, à la lumière de laquelle chaque séquence, chaque plan explose par sa dualité.

Pour servir mise en scène et scénario prodigues, il fallait un acteur de choix. La relation quasi filiale qui lie aujourd’hui Martin Scorsese et Leonardo DiCaprio n’a pas son pareil. Au-delà du nombre de films pour lesquels ils ont collaboré, il faut noter que c’est le cinéma de Scorsese qui a fait grandir DiCaprio, qui en a fait un acteur adulte, qui l’a délissé et métamorphosé. De films en films, comme un père fier de son fils, Scorsese pousse son acteur dans ses retranchements (on se souvient d’Howard Hugues (Aviator), barge mais sublime, et de Billy Costigan (The Departed), sur le fil, toujours, et dont la psy déclare ’I must admit your vulnérable really freaks me out right now.’), comme pour trouver ses limites, et repousser, encore, son seuil d’incapacité professionnelle. Avec Shutter Island et son interprétation de Teddy Daniels, Leonardo DiCaprio frappe très fort. Constamment au bord du gouffre, à mi-chemin entre l’effondrement et l’explosion, il mange l’espace, l’habite, lui donne vie, sans que jamais il ne lui échappe. Cependant, si rien n‘échappe à l‘acteur, le personnage lui, n‘a qu’un contrôle apparent. En vérité, tout lui échappe bien sûr ; la tempête qui s’abat sur l’île est sur ce pont plus qu’explicite. Shutter Island est une quête. L’expérience intérieure, le voyage initiatique presque, la recherche de soi prennent corps sous nos yeux, en même temps que le personnage principal se dissout et s’efface, pour n’être plus qu’un autre. Il n’est pas étonnant finalement que DiCaprio ait énormément souffert pendant ce tournage, tant les problématiques soulevées par le film sont proches de celles de l’acteur. Qui suis-je moi, qui ne vit que par l’autre, dans les yeux de l’autre, et pour un autre ? Où est ma place dans le chaos du monde ?

Epoustouflant de justesse et de cohérence, Shutter Island s’inscrit dans la lignée de ces films qui ne laissent pas indifférent, et dont chaque visionnage apporte de nouvelles réponses, mais aussi de nouvelles questions. Comme l’ouvrage de Lehane, le film est marqué par son potentiel infini, et par le malaise, le vertige d’une chute sans fond, que l’on refuse pour mieux s’y enfoncer. Si la simplification de l’intrigue du roman a pu en faire grincer quelques uns, on ne peut cependant y voir une critique tangible. Les enjeux n’en sont pas déplacés ; au contraire, ils sont éclairés et peuvent ainsi s’inscrire librement dans le langage visuel propre à leur nouveau support. Plus qu’une adaptation, Shutter Island est une résurrection, de son personnage principal d’abord, mais aussi des genres qu’il embrase.


Commentaires sur le film

Du côté de chez Lynch

5 etoiles

Un grand film qui par bien des aspects thématiques et même formels peut donner l’impression que Scorcesse s’est aventuré sur un terrain où le Lost Highway de David Lynch demeure une oeuvre inégalée à ce jour. Cette remarque vaut ce qu’elle vaut.

20 novembre 2011 à 08:11 | Par Fred Bau

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