Critique de film

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Shining

"The Shining"
affiche du film

Jack Torrance, gardien d'un hôtel fermé l'hiver, sa femme et son fils Danny s'apprêtent à vivre de longs mois de solitude. Danny, qui possède un don de médium, le "Shining", est effrayé à l'idée d'habiter ce lieu, théâtre marqué par de terribles évènements passés...

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Les critiques à propos de ce film

Critique de Shining - Let’s the shining ! (Paroles de Hair)
Par : Damien Taymans
Tags : Stephen King, Pouvoirs paranormaux, Psychologique

Stanley Kubrick est un adaptateur né. En témoigne la quasi-totalité de ses œuvres découlant de romans divers. Stanley Kubrick est un cinéphile complet. En témoigne la prolifération des genres différents au sein de son parcours filmique. Stanley Kubrick est un perfectionniste. En témoigne ce Shining à la symbolique bouleversante et à la tension omniprésente.

Pourtant, il est largement établi que le romancier n’est pas friand de l’adaptation du réalisateur d’Orange mécanique, faute à la sempiternelle torsion réalisée par Diane Johnson et Kubrick lui-même lors de la réécriture du scénario. Hormis le canevas de départ de l’œuvre de l’écrivain, rien n’est gardé si ce n’est quelques bribes de dialogues réinjectés ici et là. Les répliques se situent d’ailleurs à mille lieues de celles du bouquin et dénotent fortement avec l’univers romancé originellement. Pire, ils accusent une certaine vacuité, preuve qu’ils n’ont pas été repris tel quel du roman dont les propos des personnages sont davantage travaillés, écriture oblige.

King verra son roman jouir quelques années plus tard d’une transposition plus fidèle mais pour la télévision cette fois grâce à la complicité de Mick Garris. La version télévisuelle, pour plus fidèle qu’elle soit, n’arrivera jamais à la cheville du métrage de Kubrick qui passe pour être l’un de ses meilleurs ou en tout cas l’un de ses plus personnels. Indépendamment de la trame scénaristique imposée par le roman de King, le métrage est brillant autant par sa forme que par son pouvoir conceptuel. Shining se démarque d’ailleurs de la banale histoire de maison hantée remise au goût du jour par le maître de l’épouvante.

Un navigateur de genres, Kubrick ? Bien entendu. Mais à sa propre sauce. Peu amoureux de l’horreur gratuite, le réalisateur reformate selon ses volontés le matériau pourtant peu malléable et en livre une version personnelle extrêmement jouissive. Substituant aux apparitions fantomatiques kingiennes des visions à caractère fantasmatique, abordant l’œuvre sous un œil neuf, le grand Stanley revisite à sa manière le mythe des lieux hantés pour en faire un délire psychologique intense au sein duquel on ne peut que se sentir bouleversé.

L’hôtel Overlook n’est en rien sujet à de quelconques apparitions ectoplasmiques ou à des réminiscences psychiques. Il est seulement le lieu favorable à l’émergence de la folie meurtrière de Jack Torrance, lieu qui lui permet d’exhumer ses démons intérieurs en effectuant des projections rendues fantomatiques qui ne sont pourtant que symptomatiques. Symptomatiques de la folie naissante du personnage principal, formidablement interprété par Jack Nicholson. Le vieil hôtel abandonné devient l’endroit où s’expriment ses pulsions jusque-là refoulées, les personnages qui y déambulent représentent l’incarnation de son propre inconscient. Soumis à l’isolement, en panne d’inspiration, Jack bascule littéralement avec l’apparition des premières neiges qui lui fournissent la possibilité tant espérée : se retrouver seul avec la petite famille qui l’empêche d’être ce qu’il rêve d’être. En ce sens, Delbert Grady, présumé ancien gardien de l’hôtel qui assassina sa famille à coups de hache, n’est que le reflet de son propre ego ou de ce qu’il tend à devenir. Les jumelles ne sont que la représentation de sa schizophrénie.

Dans cette optique subsiste seulement une donnée fantastique et surnaturelle : le shining, pouvoir que possède le jeune Danny et qui lui permet de communiquer avec les détenteurs dudit pouvoir. Pouvoir télépathique tellement important qu’il constitue le titre de l’œuvre, tellement important qu’il est un des rares éléments sauvegardés par rapport à l’écrit de base. C’est en sus cette capacité qui permet à Danny et sa mère de communiquer avec l’extérieur par l’entremise du cuisinier Halloran dont le destin sera scellé dans une scène à la mise en scène grandiose.
La mise en scène de Kubrick magnifie une œuvre qui peut sembler rébarbative à certains égards (comme ses dialogues souvent insipides). D’autant que le réalisateur, amoureux de la perfection et des multiples prises de vue, se familiarise avec un nouveau procédé afin de rendre ses travellings plus précis : l’utilisation de la steadicam. Le recours à cette caméra plus précise et permettant un élargissement non négligeable du plan (utile notamment dans les couloirs de l’hôtel) sera omniprésent dans le film et contribuera à une perfection formelle sans faille (les nombreux travellings des couloirs ou la scène de l’arrivée d’Halloran).

Formellement et conceptuellement, le métrage est parfait. Kubrick est parvenu à s’éloigner de l’histoire originelle pour la magnifier davantage en la dotant de considérations psychanalytiques. Le réalisateur mène son propos vers l’abstraction la plus totale afin de multiplier les points de vue et les interprétations et d’extraire de l’œuvre une quintessence personnalisée qui ne put ravir Stephen King, sans doute jaloux que le cinéaste ait fait mieux que lui. Mais, Stephen, une fois n’est pas coutume !


Oeuvres liées :

The Shining (1997)

Commentaires sur le film

Stephen King aime-t’il le cinéma ?

5 etoiles

Stephen King nous a prouvé à deux reprises au moins qu’il est foncièrement narcissique, et que le narcissisme peut rendre très con. Avec le Shining de Kubrick, et le Christine de Carpenter. A croire au fond qu’il n’aime que lui. Ou qu’il ne supporte pas que sa grandeur littéraire puisse nourrir la grandeur cinématographique. Bref, King aime-t’il le cinéma, et surtout, les cinéastes géniaux ? Il faut croire que non.

Avec son Shining, Kubrick s’éloigne du génie de King et se rapproche de celui de Maupassant (qui est le maître de l’identité entre la folie et la solitude que l’on sait). A moins qu’il ne fasse le pont entre les deux. En tout cas, c’est tant mieux. Le fantastique est plus vaste que King. Dommage pour King qu’il l’ait oublié. Enfin, cela nous rappelle au moins une chose : nous avons tous un trou du cul.

12 juin 2011 à 18:06 | Par Plug

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