Critique de film

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Sang des Templiers (Le)

"Ironclad"
affiche du film

Angleterre, XIIIème siècle. Un Chevalier Templier est chargé avec ses « sept mercenaires » de défendre le château de Rochester contre le roi John et son armée.

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Les critiques à propos de ce film

Critique de Le sang des Templiers - Piégés à l’intérieur
Par : Damien Taymans

Le 15 juin 1215, le roi d’Angleterre Jean sans Terre, défait par une guerre civile orchestrée par ses barons, est contraint de signer la Magna Carta, grande charte des libertés garantissant le droit à la liberté individuelle. Un fait historique capital de l’histoire médiévale de l’île dont on ne connaît que peu les conséquences directes. Humilié, le roi Jean prépare avec l’appui de Rome la reconquête du royaume dont il se dit dépossédé. A la tête d’une armée de combattants nordiques, il parcourt le pays pour punir les félons et répandre une nouvelle fois la terreur sur ses sujets. Le Sang des Templiers, après une brève mais néanmoins efficace description du contexte, s’attache à l’histoire du château de Rochester situé dans le Kent, au sud-est de l’Angleterre. La forteresse réputée imprenable est désormais aux mains d’une poignée de mercenaires luttant corps et âme contre leur ancien maître dont les aspirations belliqueuses provoquent des centaines de carnages à travers toute l’Angleterre.

Parmi ces résistants, Marshal, soldat de la foi de l’Ordre des Templiers, s’est résolu au silence suite à une crise de foi au lendemain de campagnes militaires particulièrement sanglantes. Face à la cruauté de son roi (le broussailleux Paul Giamatti), il s’oppose à l’autorité royale et, par extension, à celle de l’Église catholique romaine qui déclare nulle la Grande Charte et soutient les efforts de Jean. Le Sang des Templiers, présenté dans la section Films of the Third Kind au dernier festival de Neufchatel, la première demi-heure passée, reste cloîtré entre les quatre gigantesques murailles du château-fort de Rochester où se sont enterré les dissidents. Bientôt, après un premier assaut, le siège commence. Jonathan English, passionné jusqu’à l’obsession par l’histoire médiévale et amoureux de l’atmosphère singulière de ce château datant du XIIème siècle, transforme le cadre comme un personnage à part entière. C’est que la forteresse a été reconstituée pièce après pièce dans la campagne galloise : une entreprise colossale qui traduit les ambitions de ce film indépendant aux allures de blockbuster. Un casting ahurissant (James Purefoy, Paul Giamatti, Kate Mara, Brian Cox, Jason Flemyng) épaulé par une équipe technique émanant du gratin (le directeur de la photo David Eggby qui a officié sur Mad Max, Fortress et Pitch black, le storyboarder de la saga des Jason Bourne et le compositeur écossais Lorne Balfe responsable ès musiques additionnelles de quelque 20 blockbusters hollywoodiens ces dix dernières années) et 20 millions de dollars de budget. Soit moins du tiers des biftons injectés dans la relecture honteuse du mythe de Conan cette année.

Le Sang des Templiers ne se hasarde pas en caractérisations douteuses et ne cède pas à la pulsion tridimensionnelle de la superproduction dirigée par Marcus Nispel. Le seul point de comparaison entre les deux œuvres réside dans les épanchements gore qui inondent chaque scène de bataille. En l’occurrence, English réussit à trouver l’équilibre qui faisait défaut aux aventures chevaleresques de Jason Momoa : l’heure est à la précision quasi anatomique et à l’exposition ultra-réaliste de la sauvagerie de l’ère médiévale souvent considérée comme barbare par le tout-venant contemporain. Voulu dans le style de classiques comme Le Seigneur de la guerre ou Les Vikings, Le sang des Templiers se distingue de ses modèles par l’implication purement physique qu’elle réclame à ses acteurs luttant avec une telle vigueur contre le climat rude de l’automne gallois que les sérénades des personnages en deviennent secondaires. En cela, l’œuvre trouble : sitôt que le cadre ne se cantonne intra-muros, le récit découvre sa vacuité. En dépit d’une surdose de sentimentalisme prompte à faire pâlir encore davantage le couple héroïque de la saga Twilight incapables de soutenir la comparaison avec les tourments amoureux du tandem de tourtereaux (Dame Isabel tente de conquérir le cœur de Marshal qui a prêté vœu de chasteté), l’histoire tourne à vide en élimant jusqu’à la corde les thématiques chères à ce genre d’œuvres (trahison, bravoure, héroïsme, patriotisme, engagement).

Dans ce contexte, les scènes d’assaut font office de rafraichissement. Les brutes en chêne massif reprennent du poil de la bête en fracassant le crâne de leurs opposants nordiques au nom du royaume, au nom de Dieu ou au nom de tout ce qui pourrait justifier leur intarissable soif de combat. Guerriers tranchés en deux par la lame d’une épée gigantesque, démembrements, décapitations, défoncements crâniens à coups de massue, English n’épargne aucun détail et propose au spectateur de devenir le témoin privilégié de la sauvagerie à l’état pur, de celle nettement plus impressionnante mais plus héroïque que celle des batailles armées où des escouades de tireurs d’élite s’affrontent à deux cents mètres de distance. Ces séquences héroïques nous entraînent dans une sorte de vertige proche de la nausée : quand l’image-shaker s’arrête de singer la cohue, la caméra s’attarde sur quelque morceau de chair tailladé à vif.

Le Sang des Templiers est versé avec une telle générosité et le rendu historique - parfois un peu poussif - façonné avec tant de respect que l’œuvre mérite assurément le coup d’œil. Son défaut majeur reste que l’on finit par se sentir soi-même pris en état de siège tant la durée de l’ensemble ne se justifie que peu.


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