Critique de film

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Sable noir

"Sable noir"
affiche du film

Un lieu-dit nommé « Sable noir » éloigné des grandes routes et des grandes villes. Une tradition héritée d'une légende de pirates oblige les habitants du village à s'enfermer le premier jour du mois de décembre sous peine de terrible malédiction. Malheureusement il y en a toujours qui veulent jouer les braves ou qui n'ont pas été informésâ

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Les critiques à propos de ce film

Critique de Sable noir - Florilège ensablé
Par : Damien Taymans
Tags : Fantômes, Psychologique

Lointaine l’époque où les rayons hertziens déversaient hebdomadairement voire quotidiennement leurs flots de séries fantastiques et science-fictionnelles. Les Contes de la crypte et La quatrième dimension renvoyées au rang d’archives tout juste bonnes à se voir publiées dans les librairies pour un prix qui frôle le dérisoire à l’entame de la diffusion puis atteint des plafonds sur lesquels la crise économique même ne peut influer. Désormais, le câble a timidement pris le relais et, avec lui, les chaînes spécialisées, comme en témoignent les deux anthologies des Masters of Horror et Sable noir, effort francophone diffusé sur Ciné Cinéma frisson.

Le principe de la présente anthologie est limpide : six nouvelles fantastiques rédigées par six auteurs différents qui comportent une caractéristique commune puisqu’elles se produisent toutes dans un cadre spatio-temporel imposé, à savoir le village de Sable noir le 3 novembre, jour maudit où les mots côtoient les vivants. De leur adaptation cinématographique, il n’y a qu’un pas que la production Cartel – également en charge sur le Frontière(s) de Xavier Gens – franchit aisément, proposant à plusieurs réalisateurs français en devenir de s’exercer dans un registre sinon novateur au moins original. Emanant de l’association des chaînes Jimmy et Ciné cinema frisson, l’anthologie Sable noir transpose donc à l’écran les nouvelles contenue dans le recueil publiés chez J’ai lu. Réunion d’auteurs en attente de nouveaux projets, Sable noir convoque les savoir-faire de Xavier Gens, remplaçant au pied levé Fabrice du Welz qui se retire finalement du projet, Eric Maléfique Valette, Harry Trouble Cleven, Olivier Exit Megaton, Doug Broceliande Headline et Samuel Le Bihan.

Le franchouillard Corps étranger de Valette confirme une fois de plus la qualité de l’auteur pour créer des situations atypiques profondément ancrées dans un Hexagone campagnard, loin de tous les modèles étatsuniens largement épuisés par ses homologues fantasticophiles. Un segment malheureusement entaché par un twist forcément nauséabond qui pèche de surcroit par excès explicatif et ruine quelque peu l’aura mystérieuse que le cinéaste réussit à insuffler à son épisode, le transformant en une espèce de pendant champêtre des meilleures ghost stories de ces dernières années. La ville du crépuscule, signé par le critique Doug Headline reconverti dans la real depuis le gerbant Brocéliande, explore quant à lui le quotidien d’un fan absolu de l’égérie de Fulci, Catriona McColl désireux d’en écrire la biographie qui part à la recherche d’une bande perdue, supposée maudite, tournée par l’actrice alors à un tournant décisif de sa carrière. Si la filiation avec le Cigarette burns de Carpenter ne constitue qu’une pure coïncidence (les deux segments étant contemporains), l’épisode de Headline évite soigneusement l’horreur pure et dure générée par l’œuvre carpentérienne pour se vautrer plutôt dans la gaudriole légère incapable de souligner l’hommage témoigné à l’une des icones du cinéma de genre italien et, par extension, international. Tout juste retiendra-t-on la peinture ironique d’un héros maladroit dont la passion viscérale l’apparente au François Pignon du Dîner de Cons.

Olivier Megaton au doux pseudonyme évoquant le désastre d’Hiroshima s’attèle quant à lui au troisième épisode intitulé La maison de ses rêves dont le rôle principal revient à la décidément indissociable du genre Hélène de Fougerolles. Une mise en scène léchée à son maximum au détriment d’un véritable fond qui sacre définitivement l’épisode en un exercice de style pur et dur amoindri par certaines caractérisations pauvres à souhait. Bilan différent pour l’essai de Xavier Gens, Fotographik, qui met en application sa large palette filmique au service d’une intrigue simpliste basée sur l’éternel triangle amoureux qui rend impossible toute échappatoire. Le plus long des segments de la série est également le plus énergique et l’un des plus convaincants si l’on décide de passer sous silence son aspect « drame social » parfois trop prégnant.
L’atmosphère anxiogène des quatre premières livraisons ne suffit pas à cataloguer Sable noir comme un florilège à la limite de l’horrifique. Pour s’en convaincre, les courts successifs de Le Bihan et du belge Harry Cleven. Alphonse Funèbre se transforme rapidement en une franche rigolade accentuée par un humour noir omniprésent qui, à la longue, devient profondément lourdingue et entache considérablement cette fable proche de l’univers bédéen. Du côté de l’auteur du contesté lauréat de Gerardmer (Trouble), le bilan est tout autre. Prenant le contrepied de s’acoquiner plutôt d’une tradition cinématographique européenne qu’américaine (au contraire de gens dont l’esthétique semble fortement influencée par l’empire outre-Atlantique), le cinéaste multiplie les séquences étranges, adoptant le principe des trous spatio-temporels pour affubler l’inquiétant Dominique Pinon et Nadia Fossier de multiples personnalités au grand dam de Gus, personnage principal, qui erre dans le village déserté de Sable noir pour y retrouver sa conquête. Une tournure proprement surréaliste que certains qualifieront indubitablement de « belge » pour stigmatiser la marque fabrique proche de l’aliénation notamment soulignée par le Calvaire de du Welz. Onirique, déstabilisant, le court de Cleven fait partie des bonnes surprises de ce florilège, en ce point qu’il suscite autant de sourires que d’anxiété.

Bilan mitigé au final pour cette initiative pour le moins originale qui permet de (re)voir à l’œuvre les maîtres du genre de demain (?). Un concept énorme, six fournées détonantes, un pari fou qui ne s’avère pas toujours payant mais suffit à rendre heureux les éternels impatients qui attendent depuis des années une vraie résurgence fantastique française.


Critique de Sable Noir - Du bac à sable au vrai génie...
Par : Quentin Meignant

La très appréciable série des Masters of Horror, collection de treize œuvres de 50 minutes réalisées par les plus grands maîtres du genre, fut fort à la mode voici quelques années. Inspirant visiblement divers financiers, le projet fut adapté en France par le biais d’une suite de 6 courts-métrages issus de 6 récits différents ayant pour caractéristique commune un cadre spatio-temporel identique. En effet, chacune des histoires a pour cadre le mystérieux village de Sable Noir où se déroule une aventure le 3 novembre, jour de malédiction où les morts côtoient les vivants. Alléchante, l’affiche l’est sans doute encore plus à la lecture de la liste de réalisateurs ayant participé au projet : Eric Valette (Maléfique), Olivier Megaton (Transporteur 3), Doug Headline (Brocéliande), Samuel Le Bihan, pour qui il s’agissait de la première réalisation, Xavier Gens (Frontière(s)) et Harry Cleven (Trouble) faisaient en effet ce projet de la chaîne Ciné Cinéma Frisson un ensemble très attendu. Il faut dire que, depuis quelques temps, les fantasticolphiles n’avaient plus grand-chose à se mettre sous la dent au niveau des feuilletons et autres télésuites hormis les très formatées séries de l’été de la première chaîne francophone au monde (TF1,avec, en fer de lance, des séries comme Dolmen). Dès lors, les nostalgiques d’œuvres comme L’île aux trente cercueils et autres épisodes de La Quatrième Dimension ne pouvaient qu’encourager tel projet, français de surcroît, mis sur pieds par des réalisateur du terroir ayant pour la plupart déjà plus ou moins fait leurs preuves.

Le premier de ces efforts hexagonaux fut confié à Eric Valette qui eut pour mission d’adapter la nouvelle de Jean-Bernard Pouy et José-Louis Bocquet, Corps Etranger. Valette, déjà auteur du magnifique Maléfique, fait montre ici d’une certaine inventivité scénique qui vaut à son court quelques plans large angoissants dans cette histoire dédiée aux fantômes. Un peu à l’image de certains ghost asiatiques, le réal parvient à dépeindre de mystérieuses apparitions dans un climat froid et austère. Tout ceci n’est encore rien par rapport à l’énorme surprise qui attend le spectateur à la fin de l’aventure. Si cette surprise est au demeurant décevante tant Valette était parvenu à emmener son récit vers une agréable intrigue, elle n’en demeure pas moins une véritable plongée dans la folie qui, sans nul doute, clôture brillamment ce premier court.

Doug Headline, réalisateur du très moyen Brocéliande, livre quant à lui l’ultra-référentiel Villa du crépuscule. Hommage clair et précis à Catriona McColl, véritable égérie du cinéma de Lucio Fulci, le court réinvente l’histoire de la vie de cette actrice de renom, qui participe d’ailleurs au tournage. Actrice de talent n’est pourtant pas synonyme de qualité pour ce métrage qui fait preuve d’un flou scénaristique effarant. Assez incompréhensible à cause d’une mise en scène totalement inefficace, le film d’Headline livre tout de même une entrée en matière intéressante évoquant à plus d’un titre le cinéma parfois macabre de Jean Rollin. Mais, malheureusement, hormis cette entame appréciable, La villa du crépuscule ne parvient jamais à décoller, se révélant même être complètement arythmique.

Après un si cuisant échec, il était du devoir d’Olivier Megaton de réagir pour offrir à la saga une nouvelle paire d’ailes ,les précédentes ayant été brisées en plein vol par Headline. Mais voilà, le réalisateur de Transporteur 3 livre un La maison de ses rêves particulièrement insipide. Après avoir réussi à jeter le trouble dès les premières séquences en mettant en scène une intrigue teintée de romantisme, le cinéaste ne parvient pas à trouver un liant compréhensible, la faute à un montage atemporel et arythmique fortement nuisible. Dès lors, entre un score relevant plus de la musique d’attente et une mise en scène irritante à souhait, le film de Megaton sombre totalement, laissant place à une bouillie finale inacceptable.

Il n’en va heureusement pas de même avec le Fotografik de Xavier Gens. Le réalisateur du très référentiel mais non moins jouissif Frontière(s) se livre ici corps et âme au spectateur en vrai fan du genre. Thriller gonflé en tension et troublant au possible, Fotografik jouit d’une obscurité de fort bon goût tant sur la forme que sur le fond. Ne lésinant pas sur l’action, Gens profite du superbe script de Denis Bretin, "Reflets dans un oeil mort", pour proposer un spectacle de haute qualité à grands renforts de fusillade et scène à caractère sexuel. Sans jamais se départir d’un rythme qui colle à la peau de son film, Gens parvient admirablement à mettre en scène une intrigue troublante et véritablement révélatrice de son talent. Bien guidé par son génial scénariste, Gens prouve à ceux qui en doutaient encore qu’il est un metteur en scène doté d’un immense talent.

Arrive ensuite la première réalisation de Samuel Le Bihan, Alphonse Funèbre. Si l’acteur de Xavier Gens sur Frontière(s) est encore néophyte dans le domaine, il peut compter sur son expérience en tant que protagoniste pour mettre en scène le script amusant écrit par Xavier Mauméjean. Tiré de la nouvelle "Mauvaises nouvelles d’après demain", Alphonse Funèbre se caractérise d’emblée par un humour léger et pourtant bien piquant. Multipliant les dialogues savoureux et apportant un traitement assez particulier à ses personnages, ce qui n’est pas sans rappeler sa participation sur le débridé Total Western, Le Bihan parvient à captiver en utilisant des ficelles fort peu usitées dans le cinéma de genre. Apportant même une touche assez surréaliste à son humour, le réal d’un jour tire son métrage à bout de bras… avant que celui-ci ne s’essouffle et en devienne même assez bavard. Dans un final plus explicatif que spectaculaire, Alphonse Funèbre s’est hélas transformé en un produit trop sérieux au vu d’un ensemble frôlant le délire.

Il est d’ailleurs aussi question de délire dans le En attendant le bonheur d’Harry Cleven. Le cinéaste belge, auteur du fabuleux Trouble, offre en effets dès l’entame une plongée dans la psychologie tourmentée d’un héros qui ne sait plus guère à quel saint se vouer. Dès une séquence initiale où il procède essentiellement par gros plans, Cleven instille un caractère très personne là son oeuvre. Plongée dans une folie totalement surréaliste, En attendant le bonheur fait office de véritable cauchemar à l’esthétique toute particulière. Jouant sur les couleurs et avec un cadrage toujours assez surprenant, le Belge parvient à tirer la quintessence de son œuvre et à plonger volontairement le spectateur dans une incompréhension des plus totales. Cette démarche, encore rehaussée par l’interprétation d’un Dominique Pinon plus que convaincant, sera alors le leitmotiv d’un métrage de qualité. Malgré un final un peu décevant, Cleven aura donc su relever le défi et sera parvenu à clôturer de fort belle manière la saga.

Effort rare et donc forcément encourageant du cinéma français, Sable Noir n’en reste pas moins une production en dents de scie. Sympathique grâce aux débuts de Le Bihan, tonitruant grâce à l’excellent Fotografik, agréable avec En attendant le bonheur et Corps étranger, l’ensemble perd pas mal de plumes à cause des réalisations d’Headline et Megaton. Totalement bordéliques, ces deux dernières nuisent étrangement à un ensemble pourtant assez bon. Force est d’avouer que bien des réals francophones auraient sans doute mieux fait, mais ça, c’est une autre histoire…

Commentaires sur le film

trop bon

4 etoiles

j’adore cet antologie ! enfin un vrai produit français qui vaut le coup

25 janvier 2009 à 11:01 | Par misterhell

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