Critique de film

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Rosemary's baby

"Rosemary's baby"
affiche du film

Malgré les conseils de leur vieil ami Hutch, Guy Woodhouse et sa jeune femme, enceinte, s'installent dans un immeuble new-yorkais vétuste, considéré par leur ami comme une demeure maléfique. Aussitôt, leurs voisins, Minnie et Roman Castevet, vieux couple d'Europe centrale, imposent leur amitié et leurs services. Si Guy accepte facilement ce voisinage, Rosemary s'en inquiète...

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Les critiques à propos de ce film

Critique de Rosemary’s baby - Au service de Satan ?
Par : Damien Taymans
Tags : Diable et démons

Détenteur des droits du roman Un bébé pour Rosemary d’Ira Levin, William Castle effectue une parade de séduction auprès de la Paramount afin d’ajouter à son curriculum personnel une transposition cinématographique du livre. Mais la réputation de petit réalisateur de péloches horrifiques bisseuses coûte la réalisation à Castle, finalement relégué au poste de producteur au profit d’un metteur en scène plus « sérieux ». Paradoxalement, le projet échoit à Roman Polanski, auteur du très décalé Bal des vampires qui vient de connaître un échec retentissant aux Etats-Unis dans une version intégralement remontée par les distributeurs. Pour son premier film américain, Polanski se retrouve dans la grande profondeur et doit s’appliquer à réussir son crawl afin de ne pas sombrer sous les diktats de la major qui voulut stopper le tournage étant donné le nombre de jours de retard accumulés par le cinéaste et les frais supplémentaires à débourser pour lui permettre de terminer son film. C’est que ledit tournage ne s’est pas déroulé sans heurts : entre un Sinatra omniprésent qui pique ses crises de jalousie à l’encontre de son épouse du moment, Mia Farrow et les chicaneries de John Cassavetes qui fait sa starlette, Polanski éprouve bien des difficultés à imposer son style et à boucler les journées efficacement.

Adaptation libre du roman de Levin, Rosemary’s baby en conserve pourtant la trame initiale et le souci du détail, précisément dans la peinture des personnages à travers leur quotidien. Rompant avec les œuvres horrifiques classiques et les franchises de la moitié du siècle, Polanski souligne le réalisme de la situation en faisant effectuer à ses personnages des gestes quotidiens, machinaux qui leur confèrent une certaine crédibilité. L’œuvre dépasse le produit livresque aux peintures fantastiques éculées, le cinéaste édulcorant certaines séquences afin d’étayer la thèse de la paranoïa vécue par Rosemary. A aucune moment, et ce malgré un amas de preuves convergentes, le récit ne laisse filtrer la tangibilité des événements subis par l’héroïne. Au contraire, il s’ingénie à laisser planer le doute et laisse libre cours à l’interprétation du spectateur, chargé de récolter les indices et d’échafauder ses propres hypothèses. Œuvre suggestive de bout en bout, Rosemary’s baby sonde son héroïne par le truchement d’une introspection persistante, allant jusqu’à dépeindre dans ses moindres détails ses visions nocturnes et ses délires fantasmés. Fragilisée par une grossesse difficile, hantée par des voisins envahissants, minée par les drames qui ne cessent de se produire autour d’elle (la cécité de l’acteur, le suicide de l’adoptée des Castevet et la mort de son ami), Rosemary nourrit de sérieux doutes et édifie des théories délirantes sur une prétendue secte sataniste, thèse que de plus en plus de faits et de coïncidences appuient. La difficulté majeure de l’entreprise de Polanski résidait clairement dans ce recul volontaire et cette absence d’explications claires, l’auteur préférant distiller tous ces ressentiments au gré d’un flou artistique agissant autant dans la forme que dans le fond (ainsi, le bébé a-t-il pu être perçu par nombre de spectateurs alors que le métrage ne le montre jamais, ce qui atteste de la maestria du cinéaste en matière d’images suggestives).

Véritable témoignage des pratiques les plus courantes des organisations satanistes, Rosemary’s baby fut ébranlé d’un drame tragique l’année suivante concernant directement le cinéaste Polanski puisqu’il retrouva dans sa maison cinq cadavres, parmi lesquels se trouvait celui de Sharon Tate, son épouse, enceinte de huit mois, qui avait été éventrée et battue à mort, selon les rites de la secte de Charles Manson. Une tragédie qui traduit l’impact laissé par ce chef-d’œuvre filmique qui outrepasse son simple statut de film de son temps (le satanisme et la question de l’avortement très présents dans les débats américains de l’époque) pour se payer un accessit légitime au panthéon des péloches les plus effrayantes de ces cinquante dernières années.

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