Rêve écarlate

24 mars 2016 | Par : Alan Deprez (Vivadavidlynch) | Des bulles

Fripon nippon !

Titre Rêve écarlate

Auteur Toshio Saeki

Éditeur Cornélius

Année 2016

Genre Arts, bizarre, érotisme (ero guro)

Artiste fascinant - à plus d’un titre -, Toshio Saeki n’a eu de cesse d’ouvrir une fenêtre sur son inconscient à travers ses œuvres et de composer avec les tabous inhérents à la société nipponne, pour créer un univers à la poésie morbide, traversé par un élan fantasmatique inouï. À l’origine d’un véritable culte, son travail s’ancre dans l’ero guro (“érotisme grotesque”), un genre dont la paternité reviendrait à l’écrivain Edogawa Ranpo et qui a essaimé dans le cinéma (on en retrouve la trace dans de nombreux pink movies ou encore dans les outrances de la défunte Sushi Typhoon), tout en continuant d’inspirer l’œuvre d’artistes précieux comme Suehiro Maruo et Junji Itō.

Toshio Saeki en triture les composantes avec une naïveté feinte, pour les amener au point de rupture, balançant entre absurdité, simplicité (apparente, car on sait qu’elle requiert la plus grande sophistication-ndr), déviance et cruauté. Rêve écarlate est le premier volume d’une intégrale de Saeki (publiée chez Cornélius) et rassemble ses illustrations/dessins paru(e)s pendant plus de 20 ans au sein du magazine SM Selecto.

Toshio Saeki n’aime rien tant que jouer avec la figure de la lolita : une lycéenne (parfois en uniforme traditionnel) à qui il fait subir les pires outrages, en la confrontant à un bestiaire varié (monstres et créatures issus du folklore japonais) ou à des vieillards difformes et grimaçants, le tout esquissé dans une ligne claire que n’aurait pas reniée Hergé. Mais faut-il constamment faire appel à des références occidentales pour cerner l’univers d’un tel artiste ?

Bien sûr que non, car l’œuvre de Saeki se suffit à elle-même : elle tire sa singularité en se nourrissant aux mamelles de l’Histoire (les affres de la Seconde Guerre mondiale et la contestation propre aux années 70), au patrimoine artistique du pays du Soleil-Levant (l’art de l’estampe) ou à l’image traditionnelle de la famille (les mères, jeunes enfants et bébés apparaissent souvent dans ses dessins).

C’est de ces éléments disparates qu’est née la “touche Saeki” ; gorgée d’étrangeté, faussement distanciée et d’une symbolique trouble. Ses saynètes macabres perturberont les esprits les plus sains. Les autres ? Qu’ils se plongent dans son monde. En revenir n’est pas garanti…

Le site des Éditions Cornélius.

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