Renvoyez la censure !

RENVOYEZ LA CENSURE !

2 janvier 2016 | Par : Darkness Fanzine

Une année d’interdictions au cinéma

Il est donc l’heure de faire le bilan d’une année de restrictions en salles, en s’attardant plus particulièrement sur le cinéma français et britannique. Si en France, seuls le long métrage Little Gay Boy (A. Hickling, 2014) en 2015 a été interdit aux moins de 18 ans en raison « de nombreuses scènes de violence sadomasochiste qui montrent l’humiliation et la dégradation d’un jeune homme, une des scènes apparaissant comme une scène de sexe non simulée », et le court de 24 minutes Iron Maiden (2015, Virgil Vernier) pour « une séquence de sexe non simulée se référant explicitement à l’univers de la ’’vidéo sexuelle entre amateurs’’ », par la ministre de la Culture sur proposition de la Commission de classification en 2015, on compte plus d’une centaine de films interdits aux mineurs par le British Board of Film Classification (BBFC) en Grande-Bretagne ! Attardons-nous un peu sur cette liste étonnante.

100 films interdits aux mineurs au Royaume-Uni en 2015

Sur les 104 interdictions recensées sur le site en ligne du BBFC, 64 films interdits aux moins de 18 ans en salles sont des œuvres cinématographiques réalisées entre 2013 et 2015. On relève des films très différents, sanctionnés très souvent pour leur langage plus que par leur violence ou certaines scènes de sexe (dans l’ordre mensuel décroissant, de décembre à janvier 2015) :

Yakusa Apocalypse (T. Miike), Love (G. Noé), Kill your Friends (O. Harris), The Hateful Eight (Q. Tarantino), The Green Inferno (E. Roth), Nina Forever (C. & B. Blaine), AAAAAAAAH ! (S. Oram), The Lesson (P. Valchanov), Rise of the Footsoldier II (R. Harnett), Straight Outta Compton (F. Gary Gray), Essex Boys : The Truth (C. Matthews), The Queen of Ireland (C. Horgan), Chemsex (W. Fairman), Swung (C. Kennedy), North v. South : Long Time Coming (S. Nesbit), Cherry Tree (D. Keating), Dressed as a Girl (C. Rothbart), Shelter (P. Bettany), Bound to Vengeance (J. Cravioto), Legend (B. Helgeland), The Diary of a Teenage Girl (M. Heller), Aferim ! (R. Jude), A Girl at my Door (J. Jung), Bone Tomawak (S. C. Zalher), Knock, Knock (E. Roth), We are still Here (T. Geoghegan), Love you More (S. Taylor-Wood), Howl (P. Hyett), The Messenger (D. Blair), Pasolini (A. Ferrara), The Taking (D. Brunt), Essex Boys Law of Survival (S. M. Smith), The Treatment (J. Hyams), Trouble Every Day (C. Denis), Hard to Be a God (A. Yuryevich), Buttercup Bill (R. Bennett), Welcome to New York (A. Ferrara), The Goob (G. Myhill), Everly (J. Lynch), The Human Centipede III (Final Sequence) (T. Six), The Tribe (M. Slaboshpitsky), Housebound (G. Johnstone), Electric Boogaloo (M. Hartley), A Funny Kind of Love (K. Lawson), Blind (E. Vogt), The Boy Next Door (R. Cohen), Honeytrap (R. Johnson), Nymphomaniac vol. I (L.von Trier), Nymphomaniac vol. II (L. von Trier), The Duke of Burgundy (P. Strickland), Tokyo Tribe ( (S. Sono), Return to Sender (F. Mikati), Fifty Shades of Grey (S. Taylor), Wyrmwood (K. Roache-Turner), German Concentration Camps Factual Survey, Hyena (G. Johnson), Snow in Paradise (A. Hulne), Hackney’s Finest (C. Bouchard), Rigor Mortis (J. Mak), Something must Break ( E. M. Bergsmark), The Asylum (M. Nispel), Oldboy (S. Lee), We Still Kill the Old Day (S. Bennett).

A côté des sorties en salles de l’année, le BBFC s’est également prononcé sur des films de cinéma exploités en vidéo, pour la première fois ou sous un nouveau format. Parmi ces œuvres, des Video Nasties dont nous vous parlons dans le 16ème numéro de Darkness Fanzine :

- Emanuelle and the Last Cannibals (1977, J. D’Amato) est classé X lors de sa sortie en salles en mars 1978 (87’4’’), avant d’être interdit aux mineurs en février 2002 exploité chez Orbit Video (87’24’’) avec 1’58’’ de coupures. Il sort chez 88 Films Limited, toujours interdit aux moins de 18 ans en décembre 2015, dans une version de 176’17’’ sans coupes du BBFC.

- Nightmares in a Damaged Brain (1981, R. Scavolini) est classé X en salles au mois d’avril 1982 (92’43’’), puis il est interdit aux mineurs en mars 2002 chez International Trading diffusé sous le titre Nightmare (95’55’’) sans coupures du BBFC. Il sort de nouveau sous son titre original chez Anchor Bay, toujours interdit aux moins de 18 ans en octobre 2005, dans une version de 96’2’’. 88 Films Limited l’exploite en décembre 2015 dans une version interdite aux mineurs de 94’57’’.

- The Seven Minutes (1971, R. Meyer) est classé X en juillet 1971 (93’42’’), puis il est interdit aux mineurs et exploité en vidéo en novembre 2015, dans une version de 110’45’’ sans coupes du BBFC, exploité chez Arrow.

- Mean Street (1974, M. Scorsese) est classé X lors de sa sortie en salles en février 1974 (111’49’’) avant d’être interdit aux mineurs au mois de novembre 2015, exploité en vidéo chez Icon Home (107’25’’) sans coupes exigées du BBFC.

- True Romance (1993, T. Scott) est interdit aux mineurs en salles dans une version de 118’32’’ expurgée de 3’’ de coupes exigées par le BBFC. Le film, toujours interdit aux moins de 18 ans, est autorisé à être commercialisé sans coupures en octobre 2015, distribué chez Park Circus dans une version de 121’.

- What Have You Done to Solange ? (1972, M. Dallamano) est rejeté par le BBFC en 1972. Il est autorisé avec 2’15’’ de censure pour une version de 99’23’’ autorisée en salles aux plus de 18 ans en 1996. Le film est interdit aux mineurs dans un format de 106’26’’ sans coupes, distribué par Arrow en octobre 2015.

- Day of the Dead (1985 G.A. Romero) est interdit aux mineurs lors de son exploitation en salles en juillet 1986, privé de 34’’ sur une durée de 100’22’’. Le film est commercialisé en octobre de la même année dans une version de 96’37’’. Altitude le sort sur 96’37’’ en octobre 2015.

- Live Like a Cop, Die Like a Man (1976, R. Deodato) est classé X en octobre 1976 sur 94’53’’. Il est interdit aux mineurs dans une version de 92’36’’ distribué en septembre 2015 par 88 Films Limited.

- Tenderness of the Wolves (1973, V. Lommel) est classé X lors de sa programmation dans les cinémas anglais en mars 1976, exploité dans un format de 81’59’’. Il est interdit aux mineurs et commercialisé sur 82’4’’ en septembre 2015.

- Ghost Story (1981, J. Irvin) est classé X en décembre 1981 dans une version de 110’29’’. Ils sort en vidéo cinq ans plus tard sur 105’3’’. Finalement, Second Sight Films le commercialise avec une interdiction aux mineurs, en août 2015, sur une durée de 106’4’’.

- Death Trap (1976, T. Hooper) est classé X en octobre 1978, interdit aux moins de 18 ans en août 1992 pour une sortie vidéo amputée de 25’’ sur 86’49’’. Arrow le sort en août 2015, sans coupes mais interdit aux mineurs sur 90’45’’.

- Horror Hospital (1973, A. Balch) est lui aussi classé X en avril 1978 sur 89’58’’ de projection en salles. Il faut attendre juillet 2015 pour découvrir une version de 86’46’’ interdite aux mineurs, commercialisée chez Odeon.

- La Grande bouffe (1973, M. Ferreri) est rejeté par le BBFC en 1973. Il sort interdit aux mineurs en janvier 1994 sur 124’32’’, et dans une version de 131’8’’ en juillet 2015 distribué par Arrow.

- Dead and Buried (1981, G. Sherman) est naturellement classé X en avril 1981 sur 94’57’’. Interdit aux moins de 18 ans en 1990 pour une durée de 93’22’’ et 30’’ de censure, il est exploité chez Icon dans une version de 90’5’’ en juin 2015.

- Kick Boxer (1989, M. Disalle) est interdit aux mineurs en août 1988 avec une version de 101’44’’ amputée de 1’17’’. Une année plus tard, le film est exploité sur 97’58’’ censuré d’une seule seconde. Enfin, Lionsgate commercialise un film de 93’29’’ en avril 2015.

- The Blood of Dr Jekyll (1981, W. Borowczyk) est interdit aux moins de 18 ans en janvier 1984 censuré de 1’57’’ sur 89’31’’. Le film est amputé de 44’’ pour une durée totale de 84’22’’ en juillet 1987. En mars 2015, le film est toujours interdit aux mineurs mais exploité sur 91’9’’ chez Arrow.

- The Hunting Party (1971, D. Medford) est classé X en juin 1971 sur 110’44’’. Il sort en avril 1986 interdit aux moins de 18 ans dans une version de 104’17’’ et 1’43’’ de coupures. En mars 2015, le BBFC l’autorise sur 106’18’’ chez Media Sales avec 2’’ de coupes en raison d’un plan de cruauté animale interdit par la loi.

- The Long Good Friday (1981, J. Mackenzie) est classé X en février 1982 sur 113’50’’. Il est interdit aux mineurs sur 109’22’’ en avril 1987, puis autorisé dans une version de 115’5’’ distribué par Arrow.

- Blood and Black Lace (1965, M. Bava) reçoit un X au moment de sa sortie en salles en décembre 1965. En août 1986, il est interdit aux mineurs, autorisé dans une version de 79’18’’. En février 2015, Arrow propose une copie de 88’10’’.

- Lisa and the Devil (1974, M. Bava) est classé X lors de sa sortie en salles sous le titre The House of Exorcism en janvier 1977. Interdit aux moins de 18 ans en novembre 1992, il est exploité sous le titre Lisa and the Devil sur une durée de 91’46’’. Il est autorisé aux plus de 15 ans en décembre 2012 sur 91’24’’, avant d’être de nouveau interdit aux mineurs, distribué sous son titre original en janvier 2015 dans une version de 87’39’’ distribuée par Arrow.

A côté de ces 20 titres, 20 autres ont été confirmés dans leur niveau d’interdiction initial, pour une exploitation chez un nouveau distributeur : Enter the Void (2009, G. Noé), Irreversible (2002, G. Noé), Bound (1996, L. Wachowski), The Limey (1999, S. Soderbergh), At any Price (2012, R. Bakrani), Split Second (1992, T. Maylan), When the Sky Falls (2000, J. Mackenzie), Trick or Treat (C. M. Smith), Mean Guns (1997, A. Pyun), Damage (1992, L. Malle), The Decline of Western Civilization Part II (1988, P. Spheeris), Videodrome (1983, D. Cronenberg), Magnolia (1999, P. T. Anderson), American Psycho (2000, M. Harron), A.W.O.L. (1990, S. Lettich), GoodFellas (1990, M. Scorsese), Turnout (2011, L. Sales), Drive (2011, N. W. Reth), Commando (1985, M. L. Lester), Swimming to Cambodia (1987, J. Demme), et Mother’s Day (1980, C. Kaufman).

La France demeure le pays le plus tolérant (permissif) au monde

En plus des deux films interdits aux mineurs par la ministre sur proposition de la Commission, on compte 6 films interdits aux moins de 16 ans avec ou sans avertissement :

- Hyena (G. Johnson, 2015) est exploité en mai 2015, interdit aux moins de 16 ans, la Commission expliquant qu’à la « la violence extrême du film et au climat général marqué par la corruption de la police, la prostitution, la drogue et les meurtres en tous genres, s’ajoutent des scènes gore susceptibles de heurter un public de moins de 16 ans ».

- Loin de mon père (K. Yedaya, 2014) est sorti en salles en février 2015, interdit aux spectateurs de 16 ans. Le film raconte l’histoire d’une « relation incestueuse entre un père et sa fille et sur la violence physique et psychique que celle-ci a subie depuis son plus jeune âge » comportant « des scènes de sexe et de viol réalistes » qui, selon la Commission, « risque de ne pas être compris d’un public de jeunes adolescents ».

- Suburra (S. Sollima, 2015) est sorti en décembre 2015, interdit aux mineurs de 16 ans, en raison de la multiplication des « scènes d’exécutions sommaires, de passages à tabac et de prises de drogue, dans une atmosphère de violence permanente ».

- The Beast (H. Herbots, 2015), programmé au cinéma en décembre 2015, est interdit aux moins de 16 ans pour des « scènes de pendaison et d’autopsie d’un jeune enfant sont particulièrement éprouvantes », la Commission expliquant en outre, que « la violence exacerbée de la fin, mettant en scène les agissements meurtriers d’un pédophile, est de nature à choquer les mineurs de 16 ans ».

- The Smell of Us (L. Clark, 2014) est sorti en salles en janvier 2015, interdit aux mineurs de 16 ans, la Commission relevant que « la description d’une jeunesse en désarroi marquée par des scènes de sexe réalistes, de drogue et de prostitution » justifie ce niveau d’interdiction avec l’avertissement suivant : « Certaines scènes de ce film sont de nature à heurter un jeune public. »

- Love (G. Noé, 2015) est interdit en salles aux moins de 16 ans par la ministre de la Culture, avant que la justice administrative n’impose une interdiction à tous les mineurs en juillet, puis en septembre 2015.
La justice et le cinéma français en 2015

L’année 2015 a été une année riche en rebondissements devant le juge administratif en France, l’association Promouvoir n’ayant pas lâché un seul instant les films pour lesquels, selon elle, une interdiction à tous les mineurs s’imposait contrairement aux décisions prises par la ministre de la Culture.

- Saw 3D. On peut rappeler qu’après sa réussite devant le juge des référés du tribunal administratif de Paris, en janvier et février 2014, afin d’obtenir des restrictions plus sévères pour les deux volumes de Nymphomaniac (2013, L. von Trier), Promouvoir a obtenu l’annulation du visa d’exploitation du film Saw 3D : chapitre final (2010, Kevin Greutert) en mai 2015, le Conseil d’État estimant que l’interdiction aux moins de 16 ans avec avertissement décidée en 2010, était insuffisante.

- Love. Après avoir rappelé qu’en juillet 2015 la ministre de la Culture avait accordé au film Love (2015, G. Noé) un visa d’exploitation assorti d’une interdiction aux moins de 16 ans accompagnée de l’avertissement selon lequel « les très nombreuses scènes de sexe sont susceptibles de heurter la sensibilité du spectateur », le Conseil d’État a précisé en septembre 2015 que le juge des référés du tribunal administratif de Paris a parfaitement justifié l’annulation du visa, le film « comportant de nombreuses scènes de sexe non simulées », et d’ajouter qu’en l’état actuel du droit, un film qui comporte des scènes de sexe non simulées doit nécessairement être interdit aux moins de 18 ans.

- 50 Nuances de Grey. Après que le Conseil d’État ait rejeté en juin 2015, le recours de Promouvoir formé contre l’ordonnance du juge des référés qui avait rejeté sa demande d’annulation du visa autorisant le film 50 Nuances de Grey (2014, S.Taylor) aux plus de 12 ans, le tribunal administratif de Paris a rejeté en septembre 2015 la requête de Promouvoir demandant l’interdiction du film aux moins de 18 ans. L’affaire n’est pas encore terminée.

- La Vie d’Adèle. Saisi en référé en 2014, le juge des référés du tribunal administratif de Paris a d’abord rejeté la requête de Promouvoir en l’absence d’urgence. Poursuivant son action dans le cadre de la procédure normale, Promouvoir a finalement obtenu l’annulation du visa autorisant La Vie d’Adèle : chapitres 1 et 2 (2015, A. Kechiche) aux spectateurs de plus de 12 ans en décembre 2015, la Cour administrative d’appel de Paris estimant que le film qui raconte la passion amoureuse entre deux jeunes femmes, comporte « plusieurs scènes de sexe présentées de façon réaliste » qui justifient la protection « du jeune public », donc un niveau d’interdiction qui ne doit pas se limiter aux seuls mineurs de 12 ans. L’affaire est toujours en cours.

La multiplication des affaires portées devant la justice, a conduit Fleur Pellerin, la ministre de la Culture et de la Communication, à commander à Jean-François Mary, le président de la commission de classification des œuvres cinématographiques, un rapport et des propositions pour réfléchir à la révision éventuelle du dispositif actuel pour les films de grande violence ou comportant des scènes de sexe non simulées. Les conclusions devraient être présentées au cours du mois de janvier 2016.

Les autres faits en France

Le film Timbuktu (2014, A. Sissako, 2014) est déprogrammé du cinéma municipal à la demande Jacques-Alain Bénisti, le maire de Villiers-sur-Marne, craignant que le film ne fasse « l’apologie du terrorisme ». La projection du film L’Apôtre (2014, C.-M. Carron) prévue en janvier 2015 à Nantes, a été annulée à la demande de la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) face « aux risques d’attentats ». En janvier 2015, la sortie scolaire permettant à des collégiens et des lycéens de découvrir des films en version originale sous-titrée dont Pride (2014, M. Warchus) a été annulée après que des parents se soient émus du choix d’un film faisant la « promotion de l’homosexualité ». En février 2015, le sénateur Pozzo di Borgo, inquiet de la sortie en France d’American Sniper (2015, C. Eastwood) mettant en scène « de manière extrêmement violente et réaliste, l’exécution par un soldat américain, pendant la guerre d’Irak, de 160 personnes de confession musulman », a demandé le report de sa sortie en salles ou, à tout le moins, son interdiction aux spectateurs de moins de 16 ans. En février 2015, Costa-Gavras dénonce la censure économique du film Maintenant, ils peuvent venir (2015, S. Brahimi), ce dernier ne trouvant pas de distributeur en France. En février 2015, L’Eau douce qui coule dans mes veines (2013, M. Kermagoret) est d’abord classé « tous publics » par la Commission de classification malgré deux scènes de sexe non simulées. Renvoyé en assemblée plénière en mars 2015 à la demande du réalisateur, il est finalement interdit aux moins de 12 ans. L’affiche originale de Bonté divine illustrant la comédie du réalisateur croate Vinko Bresan, a été modifiée pour son exploitation en France, les afficheurs JCDecaux, Media Kiosque, et Media Transports refusant de la distribuer un visuel proposant « un prêtre tenant une capote ». Après les attaques terroristes perpétrées le 13 novembre 2015 au cœur de Paris, le distributeur Pretty Pictures et le producteur Radar Films ont pris la décision de repousser la sortie du film Made in France (2014, N. Boukhrief) initialement programmée le 18 novembre 2015. Rappelons que le film, tourné entre août et octobre 2014, avait déjà rencontré des difficultés en avril 2015, aucun distributeur ne souhaitant alors promouvoir l’histoire d’une cellule djihadiste qui se prépare à passer à l’action dans Paris, infiltrée par un journaliste, après les attentats terroristes de janvier 2015. L’affiche a également été modifiée.

La censure au cinéma à travers le monde en 2015

Alors qu’en France Welcome to New York (2014, A. Ferrara), s’inspirant librement de l’affaire du Sofitel, a été exploité directement sur le marché de la vidéo à la demande (VOD) en 2014, la sortie du film aux États-Unis, programmée en mars 2015, a provoqué la colère noire de son réalisateur, la version distribuée par IFC Films ayant été censurée de 16 minutes. En avril. 2015, le ministre de la Culture turc a demandé aux organisateurs du Festival du cinéma d’Istanbul la déprogrammation du documentaire Bakur (North, 2014, Ç. Demirel et E. Mavioglu) présentant les camps d’entraînement des combattants kurdes du PKK à la frontière Nord de la Turquie. La société Central Partnership a retiré sa demande de licence de distribution, à la demande des autorités russes, pour le film Enfant 44, en raison de « la distorsion de faits historiques et l’interprétation particulière d’événements se déroulant avant, pendant et après » la Seconde Guerre mondiale. Près de 80 cinéastes, producteurs français et européens ont dénoncé l’interdiction totale de Much Loved (2015, N. Ayouch) au Maroc décidée par le ministre de la Communication en mai 2015 décelant « un outrage grave aux valeurs morales et à la femme marocaine, et une atteinte flagrante à l’image du Maroc ». En mai 2015, la Cour suprême de la province du Pendjab, dans le nord du Pakistan, a validé l’interdiction du film indien Phantom (2015, K. Khan, 2015), estimant que la bande-annonce du long métrage contenait de la « propagande odieuse », et constitue « une menace directe pour la vie du plaignant et de ses associés ». Rana Plaza (2015, N. Islam Khan) est interdit par la Haute cour de Justice du Bangladesh après une plainte dénonçant des scènes d’horreur et de violence susceptibles d’altérer le moral des travailleurs du textile. Sur un fond d’histoire d’amour, le film relate la tragédie de l’effondrement d’un immeuble de huit étages qui, en avril 2013, a provoqué la mort de 1 127 ouvriers de l’industrie du textile. Gayby Baby, un documentaire de Maya Newell sur les enfants de parents homosexuels, a été interdit de diffusion dans les écoles de Nouvelle-Galles du Sud, le ministre de l’Éducation de Nouvelle-Galles du Sud ayant demandé aux écoles de ne pas montrer le film pendant les heures de classe. Alors qu’il devait être diffusé en septembre 2015 à Kinshasa, L’Homme qui répare les femmes - La colère d’Hippocrate (2015, T. Michel et C. Braeckman) a été interdit en République Démocratique du Congo (RDC), le ministre des Médias estimant que le documentaire, qui raconte le combat du gynécologue Denis Mukwege pour soigner les victimes de viols mais aussi les défenseurs des droits humains, traduit « une volonté manifeste de nuire, de salir l’image de notre armée et aucun pays au monde ne peut le tolérer ». En octobre, le gouvernement a finalement levé « la décision d’interdiction du film ». Le film Red Rose (2015, S. Farsi) qualifié de « pornographique » et « d’anti-iranien », a été interdit en Iran en septembre 2015. Le ministère de la Culture thaïlandais a interdit la projection du film Arbat, qui raconte l’histoire d’un moine bouddhiste amoureux d’une jeune fille, alors que sa sortie était initialement prévue en octobre 2015. Le scénario adaptant le roman House of Flesh de Yusuf Idris, a été refusé par la Commission de censure égyptienne pour « incitation à l’inceste ». Après deux années de procès, le cinéaste iranien Keywan Karimi est condamné à six ans de prison et 223 coups de fouet en octobre 2015, pour « blasphème » et « propagande contre le régime » décelés dans le documentaire Writing the City (Neveshtan Rooy-e Shahr, 2012) certaines scènes, décrivant les manifestations qui ont suivi la réélection du président Mahmoud Ahmadinejad, ayant fortement déplu aux autorités. Un peu trop sexy, l’affiche originale du dernier Hunger Games a pu être exposée partout en Israël, sauf à Jérusalem et à Bnei Brak pour ne pas choquer la sensibilité des religieux ultra-orthodoxes dans ces deux villes. En décembre 2015, Spectre a été retouché à la demande du Central Board of Film Certification (CBFC) indien, son président expliquant que la suppression des deux scènes de baiser permettent désormais au film d’être vu par tous les publics, dont les enfants.

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