Renvoyez la censure !

RENVOYEZ LA CENSURE !

31 janvier 2013 | Par : Darkness Fanzine

Le libre accès à la culture doit-il justifier tous les excès ?

On connaissait le téléchargement illégal de musique sur Internet que certains internautes peu scrupuleux justifient avec aplomb en expliquant le plus sérieusement du monde que les grandes maisons de disques gagnent bien suffisamment d’argent pour ne pas souffrir de quelques téléchargements supplémentaires réalisés ici et là pour convenances personnelles. On connaissait également le téléchargement illégal d’œuvres cinématographiques que les mêmes internautes, revendiquant le libre accès à la culture, défendent avec tout autant de mauvaise foi, pour les mêmes raisons, en ajoutant pour l’occasion que la cherté des DVD et des Blu-ray légitime bien des actes.

Voilà qu’aujourd’hui on découvre que des lecteurs indélicats scannent et mettent en ligne les PDF de magazines encore en vente, bafouant une nouvelle fois le droit d’auteur en se moquant des graves difficultés financières que traverse actuellement la presse écrite. L’Écran fantastique vient de subir cet acte de contrefaçon et Alain Schlockoff, son rédacteur en chef, se bat depuis le 29 janvier dernier contre les sites ayant eu la légèreté de mettre en ligne le lien menant au produit contrefait. Mais ce n’est pas tout, car pour le punir d’avoir osé se défendre, les pirates ont alors décidé d’aller plus loin en rendant indisponible l’accès au site Web de la célèbre revue de cinéma. Dans la foulée, tous les sites partenaires de L’Écran sont touchés, dont cinemafantastique.net. Les pirates vont-ils justifier de tels agissements par le prix exorbitant des revues proposées à la vente ? Pour le moment, le silence est de mise.

Alors que penser de toute cette lamentable affaire ? Aujourd’hui avec Internet, toute une génération pense – presque de bonne foi et avec conviction – qu’il n’est pas utile de payer pour posséder des biens culturels que l’on peut très facilement se procurer, puis jeter, en un seul clic sur la toile. Sous des prétextes fallacieux et plus que contestables, ces internautes indélicats justifient des comportements inexcusables en brandissant des tonnes d’explications, confuses et triturées, finalement bien peu convaincantes. Mais comment lutter contre le téléchargement illégal de revues ou de livres quand par ailleurs, et dans le même temps, toute une partie de la société bien-pensante explique, à longueur d’articles, que la pénalisation du téléchargement illégal de musique et de films n’est pas une bonne solution et que l’Hadopi doit disparaître ? Doit-il également y avoir, comme certains le proposent, une modulation de la réponse de la justice selon que la victime est un grand groupe de presse ou un éditeur indépendant ? Non, évidemment. En France, la réponse de la société doit être la même pour tous, que l’on soit pauvre ou puissant. Si ce qui se passe aujourd’hui avec L’Écran fantastique est inacceptable, l’acte de téléchargement illégal est tout aussi condamnable s’il touche une revue au tirage plus important même s’il est évident que les conséquences seront indéniablement bien différentes selon que les actes touchent de grosses ou de petites structures.

La banalisation de telles pratiques risque très directement de faire disparaître, plus ou moins rapidement, des dizaines de titres de la presse écrite, de mettre à la rue des dizaines d’éditeurs indépendants, de fragiliser quelques centaines d’emplois sans même parler de la dégradation de l’offre et de la diversité culturelle qui en découlera fatalement. Alors comment réagir efficacement ?

Le système mis en place avec la création de l’Hadopi ne satisfaisant pas tous les professionnels, une solution semble aujourd’hui faire l’unanimité. Guillaume Champeau annonce en effet sur le site numerama.com qu’une proposition – qui sera vraisemblablement reprise par la « mission de concertation sur les contenus numériques et la politique culturelle à l’heure du numérique » – visant à créer une amende administrative forfaitisée, d’un montant d’environ 140 euros, pourrait utilement sanctionner les abonnés à Internet dont l’accès est utilisé pour télécharger illégalement. « Ce serait en tout cas un retour aux sources pour la loi Hadopi, née des cendres de la loi DADVSI, dont le dispositif d’amendes automatisées avait été censurée par le Conseil constitutionnel […] parce que l’amende condamnait un acte de "contrefaçon" sur Internet, en créant une exception injustifiée au régime pénal normal des contrefaçons. Cette fois, l’amende automatisée viserait l’infraction de négligence caractérisée, ce qui éviterait une censure du Conseil constitutionnel. » La loi issue de la mission Lescure devrait être examinée par le Parlement au début de l’année 2013.

Commentaires

Arguments foireux et mauvaise foi ? OK en couple gagnant 1500 € par mois, une fois toutes créances réglées, il me reste plus qu’’a lire la presse gratuite et les pubs dans ma boite aux lettres. Un peu limite comme culture non ?

16 février 2013 | Par Ether & Bantine

bûcheron finlandais, mon post précédent répond de façon générale au phénomène collectif du téléchargement illégal, qui, comme l’indique l’article de Christophe Triollet, touche divers domaines. Et non à ta remarque ciblée sur un monde libéral discriminatoire, ou à un niveau avancé, dans un domaine précis, la tendance peut effectivement s’inverser, et le téléchargement illégal, apparaître, comme tu tiens à le signaler, comme un acte de "résistance culturelle". Comme tu peux le lire, ta remarque a été entendue. En d’autres termes, oui, le débat est à nuancer, et il faut se méfier des généralités. Mais statistiquement, je pense que l’argument est en général foireux et hypocrite, et que le téléchargement illégal est surtout la traduction d’une société de consommation outrancière qui se mord la queue, et se fout de la valeur de la culture (distributeurs et consommateurs inclus). A ce titre, je pourrais signaler ici combien une plate-forme de musique comme Soun Music ( http://www.soun-music.com/ ), qui veut défendre le libre accès à une culture musicale indépendante et créative, au moyen du téléchargement légal sous Creative Commons Licences, a du mal à décoller, alors que les téléchargements illégaux de musique mainstream prolifèrent. Difficile, face à ce type de phénomènes, de donner créance à une revendication massive au téléchargement illégal au nom d’un soit disant libre accès à la culture. Quant à venir pourrir, même indirectement, par piratage, un site comme CF.Net, basé sur le volontarisme... no comment.

5 février 2013 | Par Fred Bau

Fred Bau, pardon pour l’argument foireux et je suis sincèrement désolé si - du haut de ta stratosphère cinéphile - tu penses que nous sommes tous alléchés par les bouzasses (distribuées) à la American Pie 27 et Saw 36. Seulement voilà, des films tels que Symbol de Matsumoto (et par ricochet son Big Man Japan) aura mis trois ans à sortir en coffret enfin accessible ! Le magnifique Deliver Us From Evil de Bornedal et peut-être disponible sur un Amazon.uk, mais à 40€ frais d’envois compris, c’est discriminatoire ! Le cultissime Braindead ? Walou, makache ! Je bosse dans la branche, et je peux te dire que ce n’est pas glorieux.

4 février 2013 | Par bûcheron finlandais

Le bucheron finlandais n’a pas tort. Il y a trop de filtrages et perso quand je télécharge c’est aussi très souvent parceque l’on ne trouve pas les 3/4 des films fantastique qui sortent ailleurs. C’est ioen chiant alors en général je les trouve sur le net et quand ils me plaisent et finissent par chance par sortir dans l’hexagone, direct j’achète en neuf ou d’occase dans les solderies. Les distributeurs restent trop frileux. ça commence a s’arranger, mais ce n’est pas encore la joie. Et franchement attendre quelques fois plus d’un an pour voir un film que l’on est même pas certain de la sortie en France c’est vraiment barbant.

4 février 2013 | Par Alex Waw

Bûcheron finlandais, n’oublions pas tout de même le marché des imports DVD (zone 1 US, zone 0 HK, ...), qui proposent presque automatiquement des sous-titres anglais et même parfois français... Il est aisé de dézoner la plupart des lecteurs de salon et personnellement, quand un film n’est pas trouvable en zone 2 fr. (ce qui arrive bien souvent), je me dirige vers l’étranger. Je préfère par exemple acheter le sublime "Mais ne nous délivrez pas du mal" de Séria en zone 1 (Mondo Macabro) que de le télécharger honteusement, comme beaucoup le font... Je ne télécharge vraiment que quand une œuvre est introuvable de chez introuvable sur "support légal".

3 février 2013 | Par Alan Deprez

En ce qui concerne la problématique du libre accès à la culture et du téléchargement illégal, je tiens à faire une remarque : je n’ai pas l’impression que l’avènement d’internet ait été accompagné d’une amélioration considérable du niveau culturel collectif. La toile regorge d’ailleurs d’un étalage ahurissant de cynisme mercantile et de médiocrité. Inutile donc de préciser ce que je pense de cet argument foireux.

3 février 2013 | Par Fred Bau

autre motif qui pousse au téléchargement : certains films qui sont tout simplement introuvables sur le marché (France, Belgique). Quel autre choix que de partager avec un confrère fan (de Hong Kong, L.A., Buenos Aires) un film qui n’a pas reçu les faveurs des distributeurs du cru ? Si l’accès à la culture doit passer par un téléchargement illégal, c’est souvent à cause d’un filtrage arbitraire.

2 février 2013 | Par bûcheron finlandais

Ouaip t’as pas tort ! Bon tant pis je suis un voleur alors... Mais bon je me vois mal payer pour tout comme je le faisais avant. Moi au moins je reconnais qu’il m’arrive de télécharger, ce que quasiment tout le monde fait de nos jours et que peu reconnaissent. Tant que j’achète ce qui m’a plût je considère que je peux un peu plus me regarder devant la glace. Mais bon je réglerai mes compte avec le diable au moment venu... ;)

2 février 2013 | Par Alex Waw

est-ce que cela autorisé au téléchargement, Alex, je ne pense pas car tu voles les éditeurs des films que tu n’achète pas !

1er février 2013 | Par nicoteen

Perso je télécharge, mais je met un point d’honneur a acheter le dvd quand le film me plait et avec plus de 4000 DVD je ne pense pas faire partie de ceux qui effectivement ne font que ça. J’achete à peu prés une dizaine de films par mois. Exemple j’ai récement téléchargé "Dredd 3D" et il me tarde de l’acheter dés sa sortie en magasins.
Je sais bien que malheureusement peu de gens font comme moi et n’achètent jamais, ce que je trouve déplorable. Mais je pense surtout que c’est mon envie de posséder le film qui me pousse à acheter. Le téléchargement me sert surtout à filtrer mes achats. « »
Par contre je trouve en effet qu’il est scandaleux de télécharger des magazines comme le votre ou l’écran.
Comme vous l’expliquez parfaitement c’est pour moi du vol d’une petite entreprise qui tente de garder le nez hors de l’eau.
Je n’étais pas au courant de ce fait, mais je plaint vraiment Alain qui est une personne formidable et un vrai défenseur du fantastique.

31 janvier 2013 | Par Alex Waw

Non, bien évidemment. Mes propos visent l’acte de téléchargement illégal, en général.

31 janvier 2013 | Par Christophe Triollet

le téléchargement de magazines est-il plus honteux que celui des films ?

31 janvier 2013 | Par nicoteen

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